La famille Laroche veille à remplir les caisses de maïs sucré et à ce qu’il y ait du change pour les clients qui passent faire leurs emplettes.

Du maïs en libre-service à Granby: cultiver la confiance

La pénurie de main-d’œuvre fait parfois grincer les dents à plusieurs acteurs de l’industrie agricole, mais c’est plutôt le sourire aux lèvres que des lecteurs nous ont rapporté une solution novatrice d’un producteur de Granby.

Sylvain Laroche est un producteur laitier qui, depuis un an, s’est lancé dans la production maraîchère. Plutôt que de payer un employé, une dizaine d’heures par jour, afin de répondre aux quelques clients qui passent sur son terrain pour acheter leur douzaine de maïs au prix de 6 $, il vend ses produits en libre-service dans un kiosque, au 123 chemin René à Granby.

« Le pot pour recueillir l’argent est quand même fixé et on veille à ce qu’il y ait toujours une vingtaine de dollars en change et à remettre du maïs régulièrement pendant la journée », affirme M. Laroche. Au cours de la journée, ils sont plusieurs à y jeter un coup d’œil et à remplir la charrette de maïs frais.

Il ajoute que les kiosques en libre-service représentent une tendance qui se voit de plus en plus chez les producteurs. Elle s’explique par le manque de main-d’œuvre et le coût élevé de cette dernière.

Sylvain a lui-même été derrière le kiosque au sein de l’entreprise familiale, lorsqu’il était plus jeune. À l’époque, l’achalandage et le travail n’étaient pas le même. L’entreprise avait alors un plus grand historique de vente maraîchère et il passait sa journée à aller chercher des caisses et répondre aux clients.

Aujourd’hui, à sa première année dans la production maraîchère, il vend entre 15 et 20 douzaines de maïs par jour. La « journée serait longue et plate » pour la personne qui serait l’unique responsable, avance-t-il.

Au terme des dix premières journées à employer cette méthode, le nombre de maïs vendu concorde toujours avec les ventes.

« S’il manque 1 $ à quelqu’un pour payer sa douzaine, le client suivant qui vient pour deux douzaines laisse un peu plus de change », dit-il, serein. Ce qui demeure plus rentable que de payer un employé au salaire minimum pour une dizaine d’heures par jour.

Sylvain croit que cela deviendra une habitude et espère que les clients se disent : « On a de l’argent liquide, on va arrêter acheter du blé d’Inde ! ».

Une tendance répandue

Cette pratique n’est pas née de la dernière pluie. Elle est même très répandue aux États-Unis. Yan Gordon, de la ferme « Les Potagers des nues mains », à Sutton, offre ses produits dans un réfrigérateur en libre-service depuis 2014.

« C’est né d’une frustration répétée des clients qui n’arrivaient pas à se présenter lors des heures d’ouverture du kiosque à la ferme », explique-t-il. Puisque la plupart des clients sont des amis, le libre-service ouvert 24 h s’impose comme solution.

Le seul hic : certains clients ne paient pas la journée même leurs produits. Ils peuvent attendre jusqu’à deux semaines avant de payer leur dû, ce qui rend la tenue d’un inventaire quotidien pour l’évaluation des pertes très difficile.

« Ce que je remarque depuis que je fais du libre-service, c’est que je fais plus de ventes, affirme le producteur du 190 chemin Perkins, à Sutton. Même si je me fais voler un peu, à la fin de la semaine j’ai quand même plus d’argent que lorsque les gens ne pouvaient tout simplement pas se présenter. »

D’autres producteurs, comme le Ferme de la colline du chêne, à Bromont, offrent aussi leurs produits dans un réfrigérateur en libre-service.

Yan Gordon conclut en disant que « c’est payant de faire confiance au monde. Ça fait du bien au moral, autant qu’au portefeuille ».