Trois draveurs maniant des billes de bois sur la rivière des Outaouais vers 1939.

Draveurs et cageux, héros nationaux de l’Outaouais

Les draveurs et les cageux de l’Outaouais pourraient être élevés au rang de «héros nationaux» par l’Assemblée nationale du Québec. C’est le souhait que caressent de nombreux acteurs du milieu culturel de la région et la démarche commence à prendre forme.

« Gatineau est le nid du phénomène industriel qui a donné naissance à la drave et aux cageux et qui a ensuite permis au Québec de se développer », insiste Alexandre Pampalon, président d’A.B.C. Stratégies, l’organisme qui mène actuellement le dossier dans le but d’obtenir une reconnaissance nationale pour ces hommes hors de l’ordinaire qui ont marqué l’imaginaire collectif par leur courage et leur témérité. 

« Il y a eu de la drave ailleurs au Québec, mais les draveurs et les cageux, c’est très identitaire pour nous, ici, c’est très spécifique à la région, poursuit M. Pampalon. L’industrie, c’est ici qu’elle est née. Les énormes pins blancs dont avait besoin l’Angleterre pour construire sa flotte navale pendant le blocus de Napoléon, c’est ici qu’ils étaient. »

Vers 1900. Train de bois flottant sur la rivière des Outaouais. En observant bien, on voit les piliers du pont Alexandra dont la construction venait de débuter.

Le métier de cageux – ou de raftsmens en anglais – était très dangereux. Il a d’ailleurs complètement disparu vers la fin du XIXe siècle.

Les cageux sont ces hommes qui faisaient flotter sur les rivières les gigantesques trains de bois qui partaient de Gatineau et qui se rendaient jusqu’à Québec. Ces cages de bois flottantes pouvaient faire 1,6 kilomètre de long et 60 mètres de large. Elles réunissaient des milliers de billots de bois.

En 1823, Philemon Wright avait déjà fait flotter plus de 300 trains de bois de l’Outaouais, jusqu’à Québec. Le tout premier train de bois est parti de Gatineau en 1806. Il a été nommé le Columbo. L’œuvre d’Isabelle Regout, Dompteurs d’écueil, récemment inaugurée au Musée de l’Auberge Symmes, est d’ailleurs un hommage à cet événement. 

Dès 1830, l’Outaouais était considérée comme LE plus gros chantier de bois au monde. Plus de 8000 travailleurs forestiers étaient en activité dans la région, dont 3500 étaient des draveurs.

Le plus légendaire d’entre tous est évidemment Jos Montferrand. Il a été, pendant ses 30 ans en Outaouais, bûcheron, draveur, contremaître de chantier et maître de cage (chef cagous), avec parfois jusqu’à 100 hommes sous sa tutelle.

Les accidents de travail étaient légion. Dans la seule année 1845, 80 accidents mortels sont comptabilisés dans les chantiers de l’Outaouais. 

A.B.C Stratégies s’affaire depuis déjà plusieurs mois à rallier les milieux de l’histoire et de la culture derrière l’idée de la reconnaissance nationale des draveurs et cageux de l’Outaouais.

Des approches préliminaires ont été faites auprès de certains députés et l’organisme devrait bientôt bénéficier de l’appui officiel de la Fédération histoire Québec, qui regroupe 55 000 membres au Québec. « L’intérêt est évident », affirme M. Pampalon.

Le président de la fédération et ancien conseiller municipal dans le secteur Aylmer, Richard Bégin, indique que son conseil d’administration pourrait se pencher sur une résolution d’appui à cette demande dès la fin janvier. « Je crois qu’il y a lieu de faire reconnaître les draveurs et les cageux comme des héros nationaux, dit-il. La nouvelle loi sur le patrimoine culturel prévoit d’ailleurs la reconnaissance de personnages qui ont marqué notre histoire. »