DPJ sous tutelle: le CIUSSS prêt à accueillir «toute aide additionnelle»

« On est prêts à accepter toute aide additionnelle pour améliorer la situation actuelle. On veut, comme le ministre et comme tout le monde, assurer le bien-être des enfants », a formulé la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie — CHUS, Annie-Andrée Émond, jeudi soir. L’établissement, qui affirme « prendre acte » de la décision du ministre délégué Lionel Carmant, a tenu à se faire rassurant quelques heures après l’annonce de la mise en tutelle de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie.

« On est bien conscients que la situation doit évoluer positivement et il faut absolument poursuivre le travail qu’on a déjà entamé. On le perçoit vraiment comme un levier supplémentaire pour arriver à nos objectifs le plus rapidement possible », ajoute-t-elle, insistant sur les actions entreprises dans les derniers mois pour réduire les délais d’attente.

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La direction a notamment été placée sous la supervision directe du PDG Stéphane Tremblay à la fin janvier, et un conseiller stratégique à la direction générale, Jean-Pierre Hotte, a été nommé en renfort il y a quelques semaines

L’établissement tient également à préciser que toutes les activités de la DPJ de l’Estrie sont maintenues. « C’est important parce qu’on a reçu de nombreux appels de nos partenaires, avance Mme Émond. La population semble inquiète. On poursuit nos activités régulières et de protection de la jeunesse. Ça ne change absolument rien. Les équipes, les gestionnaires et notre directrice de protection de la jeunesse sont toujours au travail et le poursuivent avec engagement. »

D’un point de vue décisionnel, il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur des changements, estime Anie-Andrée Émond. « Avant de pouvoir répondre, on va devoir attendre la nomination d’un mandataire spécial, lire le mandat et rencontrer la personne. Ce qui est certain, c’est que tout le monde reste en poste. Il y aura un niveau de supervision qui va changer, mais on n’a pas eu le mandat encore, alors c’est prématuré pour nous de le commenter. » 

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, nommera un mandataire spécial au cours des prochains jours. 

Blâmée depuis la fillette de Granby  

La DPJ de l’Estrie subit son lot de reproches depuis le drame de la fillette de Granby, une enfant de 7 ans qui a trouvé la mort dans de tragiques circonstances en avril 2019 et qui était connue de la DPJ. Celle-ci avait été hospitalisée après avoir été retrouvée dans la résidence de son père et de sa belle-mère dans un état critique. Des proches auraient souhaité que l’enfant soit retirée de son milieu de vie, mais la DPJ ne serait pas intervenue. 

Le directeur de la DPJ de l’Estrie à l’époque du drame, Alain Trudel, avait été relevé de ses fonctions sans salaire à sa demande. Lui ont succédé Alain St-Pierre comme directeur intérimaire, puis Johanne Fleurant, qui est en poste depuis août 2019.

L’enquête interne du CIUSSS de l’Estrie - CHUS avait démontré que « ce n’est pas une personne ni un service qui peut être montré du doigt, mais bien un système complet qui a failli de plusieurs façons et à plusieurs moments au cours de la vie de la jeune fille », expliquait quelques mois après le drame le PDG de l’établissement, Stéphane Tremblay.  

De son côté, la décision du juge Mario Gervais du tribunal de la jeunesse, rendue en janvier dernier, avait largement jeté le blâme sur la DPJ de l’Estrie pour cette affaire. 

Le 18 février dernier, lors des audiences publiques de la Commssion spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse à Sherbrooke, le PDG du CIUSSS de l’Estrie — CHUS, Stéphane Tremblay a déposé un mémoire comptant quatre recommandations, dont la mise en place d’une DPJ nationale et d’une porte unique pour l’accès aux services. Il avait également affirmé que « l’Estrie n’est pas une région pire que les autres » et que la région était « en fait très représentative de l’état des services aux enfants en situation de vulnérabilité à travers le Québec », en insistant sur le besoin d’un « changement de paradigme » dans la façon de donner des soins et services dans la province. 

Actuellement, 17 enfants font l’objet de signalements à la DPJ de l’Estrie chaque jour.