Un enfant de 8 ans a subi des attouchements sexuels de la part d’un homme à qui la DPJ Mauricie et Centre-du-Québec avait confié la garde.

DPJ: agressé malgré des avertissements

TROIS-RIVIÈRES — Un jeune garçon de huit ans a subi des attouchements sexuels de la part d’un homme à qui la Direction de la protection de la jeunesse de la Mauricie Centre-du-Québec avait confié la garde. Selon ce que Le Nouvelliste a pu apprendre, ces événements se seraient produits malgré les tentatives d’avertissement du père de l’enfant qui soupçonnait que l’homme s’adonne à ce genre de pratiques sur son garçon. Le père, à qui l’enfant a de nouveau été confié depuis, envisage sérieusement de poursuivre la DPJ pour ce qu’il qualifie être de la négligence dans ce dossier.

Précisons d’emblée que dans ce dossier, aucune accusation criminelle n’a encore été portée à ce jour, ce qui explique que nous ne pouvons pas identifier l’homme suspecté d’attouchements. Le jeune garçon, que nous appellerons Félix (nom fictif), ne peut non plus être identifié en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, ce qui implique que nous devons également taire l’identité de son père.

L’intervention de la DPJ dans la vie de Félix remonte à il y a près de deux ans, moment où différentes mesures ont dû être prises pour assurer son bien-être. Selon l’organisme, l’enfant évoluait dans un milieu difficile, avec des parents séparés et incapables de s’entendre, qui devaient par ailleurs composer chacun avec diverses difficultés personnelles. Dans les circonstances et à plusieurs occasions, Félix a été confié à un couple d’amis des parents chez qui il avait l’habitude de se faire garder, dans le but de le maintenir dans un environnement significatif pour lui.

Or, selon un rapport produit par la DPJ et qui sera présenté en cour prochainement pour permettre au père de reprendre la garde de son fils sous certaines conditions, le père aurait prévenu la DPJ en février 2018 qu’il avait de bonnes raisons de croire que l’homme chez qui Félix demeurait était un pédophile. Confronté à ces allégations par la DPJ, l’homme a indiqué ne faire face à aucune accusation criminelle en ce sens.

Toujours selon ce rapport, la DPJ a effectué, le 23 mars 2018, une «évaluation de risque de récidive» à l’intérieur du Programme d’évaluation et de traitement des agressions sexuelles auprès de l’homme qui gardait Félix. «Nous avons procédé à cette évaluation par prévention», spécifie le rapport.

«Pourquoi ont-ils cru bon d’évaluer son risque de récidive si ce n’était pas parce qu’ils soupçonnaient quelque chose eux aussi? On n’évalue pas quelqu’un en matière de récidive par pur hasard. Je ne comprends pas pourquoi on a permis à mon garçon de rester à cet endroit s’il y avait le moindre soupçon», a indiqué le père en entrevue téléphonique.

Il aura finalement fallu quatre mois de plus et un signalement à la DPJ pour que des intervenants rencontrent Félix en juillet 2018 et le questionne par rapport à des allégations d’attouchements sexuels de la part de l’homme qui le gardait. Selon le rapport produit par la DPJ, ces allégations étaient bel et bien fondées.

«(Félix) nous verbalise que (l’homme) le borde le soir, qu’il lui flatte le dos et le ventre et lui donne un bisou sur la joue. Il nous dit que (l’homme) lui fait des choses qu’il n’aime pas. Quand il lui flatte le ventre, il trouve cela désagréable. Il dit que parfois, (l’homme) lui accroche les parties intimes. Il lui aurait dit d’arrêter, mais que (l’homme) lui aurait répondu qu’il essayait bien fort d’arrêter», peut-on lire dans le rapport.

L’enfant a aussitôt été retiré du milieu et un interdit de contact avec ce couple a été ordonné.

Aujourd’hui, en plus d’envisager des poursuites contre la DPJ, le père de Félix déplore qu’aucun service ne lui ait été proposé à la suite de cette histoire.

«On n’a pas eu d’aide. J’ai engagé moi-même une travailleuse sociale au privé pour venir nous aider, parce que moi tout seul, je me sens incapable d’intervenir auprès de lui quand il est question de cette histoire», explique celui qui est persuadé que Félix garde des séquelles de ces attouchements. «(L’homme) était une personne significative pour lui avant que tout ça n’arrive. Mais il n’a plus jamais reparlé de lui. C’est clair qu’il est marqué», croit celui qui ajoute avoir de nombreuses choses à reprocher à la DPJ dans toute cette histoire. «Ils se sont plantés sur toute la ligne, c’est une aberration», lance-t-il.

Robert Levasseur, directeur de la protection de la jeunesse – directeur provincial en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Le directeur de la protection de la jeunesse de la région fera des vérifications internes sur ce dossier

«Je suis très préoccupé, très sensible à ce qui m’a été rapporté aujourd’hui. Notre préoccupation est, et demeurera toujours, l’intérêt de l’enfant». C’est en ces mots que Robert Levasseur, directeur de la protection de la jeunesse – directeur provincial en Mauricie et au Centre-du-Québec, a réagi à l’histoire mise au jour par Le Nouvelliste.

En poste depuis quelques mois seulement, M. Levasseur n’était pas en fonction lorsque les allégations de pédophilie ont été soulevées par le père de Félix aux intervenants au dossier. C’est par le biais du Nouvelliste qu’il a appris les détails entourant cette histoire et a pu prendre connaissance des données comprises dans le rapport produit à la suite des événements.

Évidemment, chaque dossier traité par la Direction de la protection de la jeunesse demeure confidentiel. Toutefois, M. Levasseur a indiqué, vendredi après-midi, qu’il s’engageait personnellement à faire les vérifications à l’interne pour comprendre ce qui avait pu se produire dans ce dossier, et ce, tant pour l’intérêt de l’enfant que pour le bon fonctionnement de l’organisation en général.

De façon générale, explique M. Levasseur, lorsqu’un enfant doit être retiré temporairement de la garde de ses parents, on tente de le placer dans un milieu qui est significatif pour lui. Toutefois, les pratiques dictent qu’à chaque moment, il doit y avoir une vérification des antécédents judiciaires des personnes à qui l’on confie une garde temporaire qui soit effectuée au plumitif.

Par ailleurs, lorsqu’une situation d’abus physique ou sexuel est observée envers un enfant, une enquête multisectorielle est automatiquement déclenchée, et le dossier est alors soumis aux autorités policières qui mèneront leur enquête. Les enquêteurs ont par la suite la possibilité de soumettre le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui a le pouvoir de porter des accusations au criminel. Quant à la DPJ, une enquête est également déclenchée, avec différentes mesures qui peuvent être appliquées.

Il n’a pas été possible de savoir, vendredi, si le dossier avait bel et bien été soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Robert Levasseur rappelle en outre que lorsqu’un citoyen est insatisfait des services rendus par la DPJ, il dispose aussi de plusieurs recours, allant du commissaire aux plaintes jusqu’à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

«Ce qui est certain, c’est que notre intérêt premier demeure celui de l’enfant», martèle-t-il.