Le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (Unifor), section locale 1937, Alain Gagnon, est venu annoncer une contribution récurrente de 20 000 dollars par semaine, accompagné d’une délégation du Saguenay. Il est en compagnie de Clément Masse le président du syndicat d'ABI.

Don de 22 000 $ par semaine aux lockoutés d'ABI

BÉCANCOUR — Après neuf semaines de lock-out et des négociations dans l’impasse, c’est un don majeur qui attendait, jeudi, les travailleurs syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour. En effet, le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA), section locale 1937 d’Unifor, Alain Gagnon, est venu annoncer une contribution récurrente de 22 000 dollars par semaine, accompagné d’une délégation du Saguenay, et devant plusieurs dizaines de lockoutés d’ABI.

«Nos membres ont accepté de cotiser dix dollars de leur paie et la section locale met l’équivalent, ce qui représente une somme d’environ 22 000 $ par semaine. Quand on sait combien c’est important dans un conflit de travail d’avoir les ressources financières suffisantes pour soutenir les travailleurs, on pense que notre geste pourra aider. Le nerf de la guerre, c’est d’avoir les sous et de tenir le fort. On veut que l’argent aille aux membres dans la rue», a déclaré M. Gagnon, à son arrivée, en autobus, à Bécancour, avec une trentaine de représentants de la section locale 1937.

Selon lui, «plus les gens vont avoir un salaire décent sur le bord de la ligne, plus le message va être clair à l’employeur qu’ils sont prêts à l’accoter pour avoir des ententes négociées justes et convenables pour tout le monde», a-t-il confié en entrevue au Nouvelliste.

Ce don s’ajoute aux nombreux autres qui sont en train de se récolter un peu partout auprès des sections locales d’Unifor au Québec à l’initiative du directeur québécois Renaud Gagné.

La section locale 1937 d’Unifor–SNEAA représente près de 1200 membres qui travaillent dans les installations de Rio Tinto à Arvida, Laterrière, site Vaudreuil et autres.

Pour M. Gagnon, «quand une compagnie met des gens en lock-out comme ça, c’est qu’ils ont refusé de trouver des solutions avec la partie syndicale sur les enjeux du fonds de pension et les règles de mouvement de main-d’œuvre sur l’ancienneté».

«Si le conflit repose vraiment sur le fonds de pension et sur les règles d’ancienneté, c’est inacceptable et ça n’a pas de sens parce qu’il y a toujours des solutions qui sont possibles. C’est pour cela qu’on a bien l’intention de soutenir nos confrères des Métallos jusqu’au bout dans leur conflit», a-t-il fait savoir.

Ce coup de pouce survient près d’une semaine après la rencontre infructueuse des parties devant le conciliateur. On se rappelle que la direction d’ABI a même décidé de retirer son offre finale après s’être présenté à la table sans mandat de négocier.

«Quand on arrive dans une impasse comme ça, les employeurs vont faire le jeu de la négo. Il fallait s’en attendre qu’ils retirent leur offre comme d’habitude. On va appuyer nos confrères dans leurs enjeux», a commenté M. Gagnon, capable de témoigner que des solutions existent à la suite du renouvellement de leur propre convention collective jusqu’en 2020.

Pour le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, qui s’apprête à dévoiler une bonification des allocations aux lockoutés, «cela démontre à l’employeur qu’il y a une solidarité». Et depuis le 9 mars dernier, la situation est au point mort. «C’est une rencontre qui n’a servi à rien. C’était une mascarade. Et on ne sait pas sur quoi l’employeur travaille. Ça va se terminer à une table de négociations», a-t-il martelé.

La semaine dernière, la direction d’ABI avait soutenu que ses objectifs étaient d’assurer la pérennité de l’usine et de parvenir à une entente négociée. «Cependant, les moyens de pression du syndicat durant ces négociations ont causé une détérioration importante des conditions d’opération dans l’usine, créant des dangers pour les employés, mettant les biens en péril, menaçant l’approvisionnement des clients et affectant négativement le rendement financier», aura précisé l’employeur dans un communiqué de presse.

«Comme nous l’avons noté dans les injonctions que nous avons été obligés de déposer, il y a eu des ralentissements de production qui ont eu un impact très négatif sur notre processus de production ainsi que sur nos équipements», renchérissait l’entreprise auprès du Nouvelliste.

Ainsi, le rejet par le syndicat d’une offre équitable et concurrentielle n’a laissé d’autre choix à la direction d’ABI que de prendre des mesures pour protéger ses employés et les actifs de l’usine. «En conséquence, l’offre rejetée le 10 janvier ne peut plus servir de base pour un règlement futur», avait annoncé la présidente-directrice générale d’ABI, Nicole Coutu.

Cette dernière avait clairement dit que «l’usine a besoin de changements fondamentaux dans sa façon de travailler pour réussir à long terme».

À son avis, ABI n’est pas aussi compétitive qu’elle devrait l’être et cette situation doit être améliorée pour réussir à long terme. Par conséquent, la structure opérationnelle d’ABI doit être réévaluée, disait-elle, en visant l’amélioration significative de la productivité et de l’organisation de la main-d’œuvre afin d’assurer une constance pour ses clients.

«La direction d’ABI est ouverte à travailler avec le syndicat pour développer ces solutions et l’invite à fournir des idées qui permettront d’atteindre ces objectifs. La direction prépare des propositions qui incluront les changements nécessaires pour assurer l’avenir d’ABI, tout en demeurant disponible à rencontrer le syndicat», concluait Mme Coutu.

«Le nerf de la guerre, c’est d’avoir les sous et de tenir le fort. Oui, il y a l’allocation de grève, mais substantiellement parlant, si toutes les unités syndicales peuvent leur remettre un don. Dans l’esprit de nos membres, on veut que l’argent aille aux membres dans la rue. Si le monsieur a un montant X, on veut entendre le mot Y après. Et si tout le monde fait comme nous autres, plus les gens vont avoir un salaire décent sur le bord de la ligne, et plus le message va être clair à l’employeur qu’ils sont prêts à l’accoter pour avoir des ententes négociées justes et convenables pour tout le monde», a-t-il expliqué au Nouvelliste.