Il y avait foule devant la succursale de Mirabel de la Société québécoise du cannabis, mercredi, au Jour 1 de la légalisation du cannabis.

Deux heures de route pour du pot

MIRABEL — Un résident d’Ottawa avouant avoir développé une « passion » pour le cannabis n’a pas hésité à faire environ deux heures de route pour se rendre à Mirabel, mercredi matin, afin d’en acheter en toute légalité.

Martin n’avait pas trop le choix de se tourner vers la petite succursale des Laurentides de la Société québécoise du cannabis (SQDC) pour obtenir du cannabis le jour même de sa légalisation au pays. L’Ontario n’offre pour l’instant que la vente en ligne, tandis qu’aucune succursale n’est encore ouverte en Outaouais.

L’homme qui dit consommer de la marijuana depuis « au moins 30 ans » avait jeté un coup d’œil rapide à la variété de produits sur le site web de la SQDC, mais avait déjà une bonne connaissance des produits légaux puisqu’il détient une prescription pour le cannabis médical.

« Le cannabis pour moi, c’est une passion, donc j’ai une bonne idée de ce qui va se vendre et des produits qu’il va y avoir, a-t-il mentionné au Droit en attendant de pouvoir entrer dans les locaux de la SQDC. Je vais voir l’offre des autres producteurs pour voir la variété de produits. Certains produits semblent alléchants. »

Une longue file

Coincée entre un centre de location vidéo et un restaurant offrant pizzas et shawarmas, la succursale mirabelloise de la SQDC a attiré une foule à majorité masculine, surveillée par des agents de sécurité. Ils étaient près d’une centaine de clients sur place avant l’ouverture des portes, qui a eu lieu à 10 h.

Des effluves de cannabis — nécessairement acheté illégalement avant le 17 octobre — flottaient à divers endroits dans la file qui s’est rapidement allongée dans le stationnement du petit immeuble commercial, allant jusqu’au trottoir du boulevard Curé-Labelle.

Le premier en file a indiqué être arrivé vers 7 h 15. Deuxième client, Simon est ressorti de la SQDC une quinzaine de minutes après l’ouverture en levant ses deux petits sacs bruns dans les airs, sous les applaudissements des gens qui attendaient toujours leur tour, car environ 15 clients pouvaient entrer à la fois.

Simon a dépensé environ 240 $ pour se procurer le maximum de 30 grammes par visite permis à la SQDC, le tout réparti dans huit contenants. « Ce n’est pas assez », a lancé le résident de Blainville, qui affirme être pleinement fonctionnel même s’il consomme « à peu près dix grammes par jour ».

Même si le cannabis est « plus cher » à la SQDC que sur le marché noir, Simon estime que ça en vaut la peine. « Je préfère acheter légal même si c’est un peu plus cher, dit-il. Je ne veux pas arriver en prison pour acheter du pot à deux piastres moins cher. Je ne veux pas me faire arrêter par la police pour quelque chose que je peux acheter ici. »

Consommateur de marijuana depuis une quinzaine d’années, après avoir cessé la prise de Ritalin à l’adolescence, Simon a par ailleurs trouvé que les employés de la SQDC ne connaissent pour l’instant que « la base » sur les produits offerts.

Résident d’un petit village des Laurentides situé à une quarantaine de minutes de route au nord de Montebello, Vincent souhaitait pour sa part trouver « de nouvelles choses » à la SQDC. 

Le jeune homme de 23 ans qui dit consommer de la marijuana depuis 12 ans déjà a confié qu’il faisait lui-même pousser des plants de cannabis — ce qui demeure interdit au Québec. Il n’écarte toutefois pas la possibilité de continuer à s’approvisionner à la SQDC s’il y trouve « une qualité » dans les produits offerts.

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UN CONTENANT LÉGAL POUR DU POT ILLÉGAL

L’un des nombreux clients qui se sont rendus mercredi à la succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC) de Mirabel a confié sans détour qu’il souhaitait surtout se procurer un contenant légal de marijuana pour ensuite s’en servir afin d’y entreposer des produits achetés sur le marché noir. 

Le jeune homme, qui n’a pas voulu s’identifier, n’était pas très impressionné à sa sortie du commerce du boulevard Curé-Labelle, mercredi avant-midi. «Ils ne sont même pas capables de dire qu’est-ce que ça goûte», a-t-il déploré. 

Il s’est tout de même acheté un contenant contenant 3,5 grammes de cannabis sous forme de fleur séchée au coût de 28$, un prix plus élevé que ce qu’il achète normalement sur le marché noir. 

«C’est sûr que je vais continuer à aller où je vais [d’habitude]», a-t-il dit. Ce qu’il a acheté mercredi servira donc pour ses futurs achats sur le marché noir. 

«Ça va être juste pour me faire passer légal, a-t-il fait savoir. Je vais traîner ça dans mon char, dans mon petit contenant, et je vais garder le contenant très précieusement.»

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Le propriétaire des Serres Bertrand, Stéphane Bertrand, avec son premier achat.

PREMIER ACHAT POUR UN PRODUCTEUR

Un producteur de cannabis fera l’essai pour la toute première fois de l’un de ses produits, acheté mercredi en toute légalité à Mirabel. 

Stéphane Bertrand, des Serres Bertrand de Mirabel, a passé plus d’un quart de siècle à cultiver des tomates avant de faire le saut dans le marché de la marijuana. Une aventure familiale qui a notamment été relatée dans le documentaire Pot inc., sur les ondes de Moi et cie. 

M. Bertrand a été l’un des premiers à faire une transaction dans la succursale mirabelloise de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

« On a fait notre premier achat, c’est un genre de vaporisateur », a-t-il indiqué à sa sortie, en confiant n’avoir jamais consommé de cannabis de sa vie. « C’est quand même léger et c’est ce que je voulais, a-t-il précisé. Moi, je ne cherche pas l’effet euphorique. Comme consommateur novice, c’est sûr que j’ai cherché à avoir un produit pour relaxer. »