Détenu vulnérable agressé par un autre détenu: une peur constante

«J’étais toujours sur mes gardes. Je regardais derrière mon épaule. J’avais peur d’aller prendre ma douche.»

Kevin*, 29 ans, explique à la juge Johanne Roy de la Cour du Québec les sévices qu’il dit avoir endurés pendant deux mois, à la fin de l’été dernier, aux mains de Jonathan Bertrand-Beaulieu, un ancien boxeur de 27 ans.

Un paravent sépare le plaignant de l’accusé. 

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Lorsque Kevin est entré dans la salle d’audience, tous les regards se sont tournés vers lui. Il est habitué. Sa stature, comparable à celle d’un enfant de 10 ans, ne passe jamais inaperçue.

Kevin souffre d’une maladie génétique qui a entraîné un sévère retard de croissance. Toute sa vie, il dit avoir été martyrisé et ridiculisé à cause de sa petite taille.

Il est détenu depuis la fin mars 2018 pour un vol qualifié et une fraude. Dans le passé, il a déjà été condamné pour des possessions simples de drogue et des bris de probation.

Kevin ne sait pas pourquoi Jonathan Bertrand-Beaulieu, un détenu de son secteur à sécurité minimale de l’Établissement de détention de Québec, a commencé à s’en prendre à lui.

Il raconte que, pendant deux semaines, Bertrand-Beaulieu l’étranglait, parfois plusieurs fois par jour, en lui faisant des prises du sommeil, jusqu’à lui faire perdre conscience. Le manège a cessé lorsque Kevin a fait appel au «vieux de la wing», un détenu respecté et influent.

Mais c’est à ce moment, dit Kevin, que Bertrand-Beaulieu a commencé à se présenter dans sa cellule pour lui tripoter les parties génitales ou lui donner des coups de pénis sur la tête. Comme deux détenus témoins l’ont fait avant lui, Kevin raconte, avec des mots clairs et graphiques, l’épisode où, allègue-t-il, Bertrand-Beaulieu a tenté de lui insérer une petite fiole d’eau de javel dans l’anus et l’autre moment où l’accusé aurait réussi à placer son doigt dans son anus. 

Kevin témoigne n’avoir jamais été capable de se débattre face à un individu deux fois plus grand que lui, qui s’entraîne à chaque sortie de cour.

La loi de l'omerta

Le plaignant affirme qu’il tentait d’éviter son agresseur, en restant seul le moins possible. «J’espérais qu’il n’allait pas faire ça devant d’autre monde», dit Kevin.

Pourquoi ne pas avoir parlé tout de suite aux agents correctionnels, demande la procureure de la Couronne, Me Mélanie Tremblay. «En prison, c’est la loi de l’omerta, résume Kevin. Ce qui se passe dans le secteur, reste dans le secteur.»

Après la dénonciation le 26 septembre, Jonathan Bertrand-Beaulieu a été déplacé de secteur. 

Kevin a retrouvé la paix, mais était hanté par les événements. Il dit avoir triplé les rencontres avec sa psychoéducatrice.

«Pour me vider l’esprit le plus possible, pour que ça sorte», explique-t-il. Il a aussi dû prendre une médication pour dormir. «Je revivais les scènes.»

Jonathan Bertrand-Beaulieu, qui fait face à des accusations de voies de fait graves, d’agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement, n’a pas témoigné pour sa défense.

Le procès se terminera par les plaidoiries dans une dizaine de jours.

* Prénom fictif. L’identité du plaignant est protégée par une ordonnance de non-publication.