La poursuite intentée par un jeune homme contre un quinquagénaire l’a été pour agressions et harcèlement sexuels, menaces en vue d’obtenir des faveurs sexuelles et pour avoir dénoncé ses pratiques sexuelles à ses proches.

Des pratiques sexuelles peu communes au coeur d'un litige civil

TROIS-RIVIÈRES — Un jeune homme d’une vingtaine d’années a entrepris des poursuites civiles de 135 000$ contre un chargé de cours pour agressions et harcèlement sexuels, menaces en vue d’obtenir des faveurs sexuelles et pour avoir dénoncé ses pratiques sexuelles à ses proches.

Les événements en cause sont survenus à Trois-Rivières entre 2014 et 2017. Ils ont pour toile de fond des pratiques sexuelles de type fétichiste entre des hommes, tout particulièrement le «puppy play». Il s’agit en quelque sorte de jeux de rôle où des hommes s’habillent en cuir, portent des cagoules en forme de tête de chien et adoptent le comportement des animaux. Dans un tel contexte, les noms des personnes impliquées dans ce litige civil ne seront pas divulgués pour éviter tout préjudice.

La présumée victime avait 19 ans lorsqu’elle a rencontré le chargé de cours universitaire, qui était pour sa part âgé de 58 ans. Il était alors étudiant en techniques policières. Sur un plan intime, il se disait incertain de sa sexualité. Les deux hommes se sont connus via internet et ont eu des relations homosexuelles. Rapidement, le jeune homme s’est confié sur ses fantasmes fétichistes, ce qui a donné lieu à des achats d’accessoires dans des sex-shops par son amant. Il a également accepté d’être pris en photo nu dans le cadre de ses fantasmes.

Or, le chargé de cours serait devenu de plus en plus contrôlant et exigeant sexuellement au fil du temps. Le jeune homme aurait voulu mettre fin à leurs relations ou du moins, prendre du recul, mais sans succès puisqu’il craignait la réaction de son amant qui se disait dépressif et suicidaire. Il aurait donc continué à le fréquenter et à le satisfaire sexuellement en dépit de ses réticences.

Entre-temps, le jeune homme, qui s’était inscrit sur un site internet fétichiste, a commencé à rencontrer d’autres personnes avec qui il y avait une expérimentation réciproque de leurs fantasmes. Il aurait encore une fois essayé de mettre fin à sa relation avec le quinquagénaire qu’il considérait malsaine mais, tout en restant amis. Il aurait plutôt eu droit en retour à des crises d’hystérie et surtout des menaces de porter plainte contre lui pour l’avoir soi-disant persécuté. «Qui penses-tu que les autorités vont croire: un jeune qui a des activités sexuelles bizarres et qui n’a pas de preuve ou un sage professeur d’université qui a toutes les preuves écrites et des photos depuis le début?», lui aurait-il déclaré.

Le jeune homme a pris ses menaces au sérieux, d’autant plus que son amant lui aurait avoué en mars 2015 avoir constitué un dossier contre lui en conservant ses textos, courriels, photos de nudité et les captures d’écran des sites sur lesquels le jeune homme s’était affiché. Du coup, il l’aurait informé qu’il allait transmettre le tout à sa famille et ses amis s’il refusait de le fréquenter à nouveau et de lui obéir.

Il aurait aussi insisté sur le fait qu’il n’avait aucune chance d’avoir une carrière dans la police ou l’armée en raison de sa moralité douteuse et qu’il posait des gestes illégaux en se «prostituant» avec lui. Dans son esprit, le jeune croyait alors que le chargé de cours allait détruire les informations compromettantes contre lui. Il craignait aussi de s’engager dans un processus judiciaire incertain. Pour toutes ces raisons, il aurait donc continué de répondre à ses demandes sexuelles.

Mais après un certain temps, il aurait cessé de le visiter. En contrepartie, il soutient avoir été victime de harcèlement et de menaces.

Effectivement, à l’automne 2015, le chargé de cours aurait communiqué avec le père du jeune homme pour lui révéler les détails de sa vie privée sous prétexte qu’il était en danger et voulait le protéger. Cela a eu pour effet de forcer le jeune à révéler son homosexualité et ses pratiques fétichistes à toute sa famille. Le chargé de cours aurait également transmis via les réseaux sociaux des informations intimes sur ses pratiques sexuelles à la sœur, la mère, le beau-frère et les amis du jeune homme.

Le harcèlement se serait également manifesté lors d’entraînements sportifs en 2017 à Trois-Rivières; le jeune homme a aperçu le chargé de cours en train de l’espionner dans les gradins.

C’est pourquoi il a déposé une poursuite contre son présumé agresseur pour lui réclamer 135 000$ pour les ennuis, le stress, les cauchemars, la dénonciation de sa vie privée, les agressions sexuelles dont il a fait l’objet, l’obligation d’engager des poursuites, le «manque de scrupules de cet homme», «sa méchanceté et son acte de revanche». Du coup, il demande qu’une injonction permanente soit prononcée pour qu’il cesse toute forme de harcèlement et de cyberintimidation et qu’il détruise toute photographie intime.

En contrepartie, le chargé de cours a répliqué en engageant lui aussi une poursuite civile contre le jeune homme pour lui réclamer 50 000$. Il accuse le jeune d’avoir institué contre lui des procédures judiciaires sans fondements, qui contiennent des fausses accusations et des allégations diffamatoires portant atteinte à sa réputation. Il soutient qu’il n’a jamais agressé sexuellement, menacé et/ou harcelé le jeune homme mais que c’est plutôt le contraire. De plus, il précise dans sa requête que ce dernier s’est affiché de son plein gré sur les sites internet concernés. En retour, la mise en demeure et la poursuite de 135 000$ lui auraient fait vivre un grand choc émotionnel, au point qu’il est devenu dépressif et entretient des idées noires et a subi un préjudice psychologique important.

Aucune date d’audiences n’a encore été fixée dans cette affaire.