Pierrette Messier-Peet fait partie des élues qui militent pour que des mesures soient mises en place afin d’améliorer le climat de travail au sein des conseils municipaux.
Pierrette Messier-Peet fait partie des élues qui militent pour que des mesures soient mises en place afin d’améliorer le climat de travail au sein des conseils municipaux.

Des élues dénoncent le sexisme dans les conseils municipaux

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Huit élues et ex-élues du monde municipal ont fondé cette semaine un groupe militant pour un meilleur encadrement de la gouvernance municipale, à commencer par le comportement de certains élus qui agiraient de façon inappropriée envers leurs consœurs. Intimidation, incivilité, harcèlement, diffamation de même que gestes et paroles traduisant un manque de respect: ces femmes, dont deux conseillères du Canton de Bedford, dénoncent haut et fort ce qu’elles qualifient de « pratiques dépassées bien installées » au sein des conseils municipaux du Québec.

« C’est un monde d’hommes à encore bien des endroits », lâche Barbara Potvin, conseillère municipale depuis 22 ans et membre fondatrice du groupe Élues pour la modernisation de la gouvernance municipale (EMGM).

Sans vouloir entrer dans les détails ni pointer du doigt un de leurs confrères, celle-ci et sa collègue Pierrette Messier-Peet reconnaissent, à demi-mot, que le climat est parfois tendu à la municipalité du Canton de Bedford.

« Ce qui m’a le plus renversé, c’est le niveau d’incivilité autour de la table du conseil », s’est contentée de dire la seconde, arrivée à l’hôtel de ville en 2017 avec beaucoup d’enthousiasme et la tête pleine d’idées.

Outre Mmes Messier-Peet et Potvin, le groupe comprend les ex-mairesses de Saint-Agapit et de Saint-Georges-de-Clarenceville, Sylvie Fortin-Graham et Renée Rouleau, la mairesse de Saint-Jacques-le-Mineur Lise Sauriol, la mairesse de Chandler Louisette Langlois ainsi qu’une ex-conseillère de Sainte-Clothilde, Geneviève Bourdon et une conseillère de Saint-Jérôme, Nathalie Lasalle.

« On s’est rencontrées via les réseaux sociaux, raconte Mme Messier-Peet, à travers des articles de journaux qui dénonçaient ce qu’on vivait chacune de notre côté. On s’est connectées et on a d’abord formé un réseau d’entraide. »

« Je n’en reviens toujours pas d’apprendre certaines histoires de mes consœurs dans d’autres municipalités, souligne Mme Potvin. Elles ne sont pas toujours bien traitées. Si elles osent exprimer un désaccord, elles sont mises de côté. Il était temps qu’on se regroupe pour faire bouger les choses. »

Les membres du groupe EMGM sont claires: elles ont lancé cette initiative à titre de citoyennes et ne cherchent en aucun cas l’approbation des différents conseils municipaux au sein desquels elles siègent.

Devant les parlementaires

Un mémoire a été déposé à l’Assemblée nationale dans l’espoir de comparaître en commission parlementaire dans le cadre de l’étude du projet de loi 49, qui touche une refonte des règles d’éthique et de déontologie des élus municipaux. Celui-ci sera rendu public au moment de la tenue des audiences de la Commission sur l’aménagement du territoire. Il renferme les témoignages des huit fondatrices du mouvement, qui, semble-t-il, en ont vu des vertes et des pas mûres dans leurs municipalités respectives.

Ce mémoire présente également quelques recommandations à l’attention de la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest, le tout afin de mieux encadrer les relations entre les élus. On souhaite entre autres que le projet de loi mène à la création d’un « environnement plus équitable, respectueux, transparent et démocratique pour les femmes en politique municipale », que les structures législatives et la gouvernance en milieu municipale tiennent davantage compte de la réalité vécue par les femmes et que des mesures de prévention, du soutien, de la formation et de la médiation soient offerts aux élus qui traversent une crise.

« Ça nous prend des outils, mentionne Barbara Potvin. En ce sens, le projet de loi 49 tombe à point et on veut profiter de la commission parlementaire pour faire changer les choses. »

« En resserrant le code de déontologie des élus et en mettant en place des mécanismes, le gouvernement a le pouvoir de mieux encadrer ce qui se passe aux tables du conseil. Actuellement, il n’existe aucun recours si on ne parvient pas à se faire entendre », relate Mme Messier-Peet.

Ces pistes de solution, estiment ces élues, permettront aux femmes de demeurer en politique et pourraient en inciter d’autres à s’impliquer.

En annexe au mémoire, Mme Messier-Peet a réalisé une revue de presse exhaustive de cas où des femmes élues ont été invectivées ou ont été prises à partie par leurs confrères masculins. « J’ai constaté que beaucoup ont fini par démissionner en cours de mandat, relève-t-elle. Alors quand on entend dire qu’on invite les femmes à se présenter en politique, il faudrait aussi que des mécanismes soient mis en place pour leur permettre de rester. »

Le groupe EMGM a déjà reçu plusieurs appuis au sein du milieu municipal, et ce, à travers la province. Des conseillers et des maires de sexe masculin sont également du nombre, se réjouissent les membres.

« Après tout, il y a aussi des hommes qui sont victimes d’incivilité, rappelle Mme Messier-Peet. C’est un mouvement qui part de femmes, mais on souhaite que les solutions qu’on apporte profitent à tout le monde. »

Plus de transparence

Les deux élues sont également signataires d’une lettre ouverte réclamant plus de transparence de la part des conseils municipaux. Cela inclut la mise en application de la recommandation 51 du rapport de la Commission Charbonneau qui encadrerait la tenue des huis clos.

Actuellement, plaident ces conseillers municipaux, beaucoup de sujets sont débattus dans le cadre de séances plénières alors qu’ils devraient l’être en public, ce qui prive les citoyens de beaucoup d’informations ayant mené aux décisions du conseil municipal. « Parfois, de véritables décisions politiques s’y prennent, et ce, sans que la population ni les médias soient au courant. La population ne peut alors connaître le positionnement individuel des élus qui les représentent ni les raisons qui ont poussé un conseil municipal à pencher pour une option plutôt qu’une autre. Parfois, la population n’est informée que lorsque les décisions sont déjà prises, et il est alors souvent trop tard pour agir », fait-on valoir dans la lettre ouverte publiée la semaine dernière.

Enfin, clarifier les circonstances dans lesquelles les délibérations peuvent être tenues à huis clos permettrait de limiter les incivilités vécues par certaines élues, puisque c’est souvent là que des propos disgracieux seraient tenus.

« La situation est aussi généralement plus difficile en milieu rural qu’en milieu urbain, notamment parce qu’il y a moins de médias qui couvrent les assemblées de conseil, relève Pierrette Messier-Peet. Dans une ville dont les conseils municipaux sont couverts par des journalistes, l’incivilité envers une élue se retrouverait dans les médias. Dans les petites municipalités en milieu rural, on n’a pas la même exposition alors ça passe un peu sous le radar. »

Mercredi, la députée indépendante Catherine Fournier a déposé une motion à l’Assemblée nationale en soutien à la sortie des élus. La motion a toutefois été battue par la Coalition avenir Québec, qui a mentionné que la recommandation 51 était somme toute déjà appliquée avec la mise en place de certains mécanismes de plaintes.