Plusieurs champs de fourrage, de luzernes et de trèfles, par exemple, n’ont pas résisté aux intenses périodes de froid qui ont sévi l’hiver dernier. Les racines des plants sont mortes. C’est ce qui explique les couleurs brunâtres dans certains champs.

Des champs brûlés par l’hiver

Nourrir les vaches laitières et les bovins s’avérera encore difficile et coûteux cette année pour les producteurs de la région. Le pénible hiver, où se sont entremêlées des périodes de redoux et de froid, a eu comme conséquence de recouvrir leurs champs de fourrage de glace tuant les racines des plants. Résultat : plusieurs ont dépensé des milliers de dollars pour ensemencer à nouveau leurs champs.

« Ç’a été un hiver infernal. Tout est mort. Tout a gelé », raconte Jean Delorme, un producteur laitier qui opère trois fermes sur le boulevard David-Bouchard à Granby et une à Brigham. « Les champs n’ont pas résisté au froid, au dégel, au gel. Les racines ont été atteintes », dit-il pour expliquer ce qui s’est produit avec ses champs de luzernes et de trèfles.

Ses champs, dont celui de 26 hectares qui se trouve en face du Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin sur la rue Drummond, arborent un brun pâle, un signe de brûlure, dit-il. Seules de petites poches de verdure, dans des valons et près des fossés, sont visibles.

« On a été obligé de tout resemer. On n’avait pas le choix. On a besoin de foin pour les animaux », rappelle-t-il.

L’achat de nouvelles semences et les travaux pour les semer sur les 81 hectares (200 acres) de ses terres ont coûté 21 000 $ à M. Delorme. Il a opté pour des semences fourragères moins nourrissantes pour ses bêtes, comme le millet et le dactyle.

Alors que la luzerne et le trèfle ont des taux de protéines de 24 %, ses futurs fourrages n’auront que des taux de 16 à 17 %. Il devra dépenser quelques milliers de dollars pour acheter des suppléments afin de hausser la valeur en protéines de son foin avant de le donner à son cheptel.

Le temps froid et pluvieux d’avril et de mai a aussi un impact financier sur l’entreprise de M. Delorme. Les pousses de ses champs qui ont survécu à l’hiver sont très en retard. Il pourrait perdre jusqu’à deux récoltes de foin cette année, estime-t-il. Le tout pourrait lui coûter 100 000 $ puisqu’il devra acheter du foin pour nourrir ses bêtes.

Le problème n’est pas isolé, confirme le dernier bulletin de l’état des cultures au Québec de la Financière agricole du Québec, publié vendredi.

On y lit que les températures froides ralentissent « la croissance du foin et des pâturages » et que le « manque de foin en 2018, combiné à un début végétatif lent, retarde la mise au pâturage du bétail. »

Ces températures ralentissent également les épandages ainsi que la pousse des semis et des plantations. Ils ont une semaine de retard, en moyenne, selon les agronomes de la Financière agricole.

Les températures causent aussi une « émergence lente pour les cultures annuelles ayant besoin de chaleur tels le maïs, le soya et les pommes de terre » et affectent l’éclosion des bourgeons ainsi que la croissance des plants de fraises en Montérégie.

La fleuraison des pommiers a aussi « plus d’une semaine de retard par endroits », lit-on dans le document publié sur le site internet de l’agence gouvernementale.

Plusieurs producteurs laitiers et bovins se retrouvent dans la même situation que M. Delorme, souligne Réjean Racine, président de la section de Brome-Missisquoi de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Les champs de la partie ouest de sa région, de Farnham à Pike River, ont particulièrement été affectés, a-t-il dit.

« Ce sont des endroits où il n’y a pas beaucoup d’arbres, de forêts pour briser le vent. C’est plus exposé au froid et ça rend les champs vulnérables à la formation de glace qui étouffe les champs », a-t-il dit en entrevue.

Des pertes de 70 %

M. Racine estime que 70 % des champs de luzernes et de trèfles dans ce secteur ont été brûlés. Ils ont été resemés, a-t-il dit.

« Ce sont de très grandes zones qui ont été brûlées par la glace. C’est terrible. Ça va prendre quelques années aux producteurs à s’en remettre. »

Le temps froid nuit par ailleurs aux champs qui ont été épargnés par la glace, signale M. Racine. Leur croissance est au ralenti et leurs propriétaires pourraient perdre une récolte, accentuant la pénurie de foin, dit-il.

Cela entraînera une hausse des coûts pour nourrir les animaux, conclut le syndicaliste. De plus, les prairies où broutent les animaux sont également touchées par le temps froid des dernières semaines. L’herbe dans ces pâturages pousse très lentement.

Le fourrage se détaille ces jours-ci à près de 300 $ la tonne, indique M. Racine. La rareté du produit en est responsable, dit-il. « Les réserves sont très basses. Ça donne des prix de 300 $ la tonne, ce qui n’a pas de bon sens. Plein de producteurs vont devoir en acheter pour nourrir leurs animaux. Ça n’a rien de drôle. »

Le tarif oscille habituellement entre 200 $ et 225 $ la tonne, a dit M. Racine.

UNE AUTRE ANNÉE DE COMPENSATIONS ? 

Les analystes de la Financière agricole du Québec seront occupés dans les prochains mois à calculer les pertes subies par les producteurs de foin. Comme en 2018, des millions de dollars devraient leur être versés cette année à titre de compensations pour la perte de rendement de leurs champs.

C’est une situation de déjà-vu pour les producteurs québécois. L’an dernier, le gel de l’hiver combiné à la sécheresse vécue durant l’été leur a causé des pertes de 59,9 millions de dollars, révèle le bilan annuel de la Financière agricole. Les producteurs de la Montérégie ont obtenu des compensations d’un peu plus de 4,5 millions de dollars. Parmi ceux-ci, ceux de la MRC Brome-Missisquoi ont touché des compensations de 484 400 $, tandis que ceux de la MRC d’Acton en ont reçu totalisant 358 900 $, ceux de Rouville 79 700 $ et ceux de la Haute-Yamaska 68 800 $.

La Financière agricole offre des assurances de rendement pour trois situations météorologiques précises : gel, sécheresse et excès de pluie. Les producteurs de fourrage peuvent choisir un niveau de protection allant de 70 à 88 % de la valeur de leur production. Les analystes de l’organisation étatique déterminent la perte de rendement dans chaque région à partir des données colligées dans des stations météorologiques. Les assurés sont dédommagés selon les calculs réalisés.

L’hiver 2019 semble avoir été particulièrement difficile en Montérégie, signale Jacinthe Larochelle, directrice régionale de la Montérégie à la Financière agricole. Un total de 196 producteurs de foin a déjà communiqué avec son organisation pour signaler des pertes dans leurs champs. « On suit la situation de près », assure-t-elle.

Les pertes de rendement seront calculées au terme de la saison de culture, soit à l’automne, a dit Mme Larochelle.

Le Québec compte 5363 producteurs de fourrage. La Montérégie en a 782.