Pierre Gingras, copropriétaire de La Grillade de Saint-Alphonse-de-Granby et de La Goudrelle à Mont-Saint-Grégoire
Pierre Gingras, copropriétaire de La Grillade de Saint-Alphonse-de-Granby et de La Goudrelle à Mont-Saint-Grégoire

Des cabanes à sucre tirent la sonnette d’alarme

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Une quarantaine de propriétaires de cabanes à sucre et de salles de réception se sont réunis mardi à Montréal, afin de presser le gouvernement du Québec à mettre sur pied un programme d’aide d’urgence pour les aider à surmonter la crise à laquelle ils font face à cause de la pandémie. « On a été les premiers fermés et ils nous ont oubliés », déplore Pierre Gingras, copropriétaire de deux érablières en Montérégie.

Même si les rassemblements autorisés sont passés de 50 à 250 personnes depuis le 3 août, les cabanes à sucre et les salles de réception sont loin d’avoir repris leurs activités normales.

La plupart des mariages, des baptêmes, des fêtes prénatales, des congrès d’affaires, et bien d’autres événements, sont reportés à l’an prochain, rapporte la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui a appuyé la demande de ces PME, mardi.

Pierre Gingras, copropriétaire de La Grillade de Saint-Alphonse-de-Granby est plongé dans une situation similaire, alors que tous les événements estivaux sont annulés.

« On n’a pas pu travailler depuis le 15 mars. On n’a aucune rentrée d’argent, mais encore des dépenses comme l’électricité et les taxes », explique M. Gingras qui est aussi copropriétaire de l’érablière La Goudrelle à Mont-Saint-Grégoire avec ses frères Michel et Luc.

L’entrepreneur avance avoir perdu 75 % de son chiffre d’affaires cette année en raison des contrecoups liés à la COVID-19. Il a tenu a participé au rassemblement à Montréal, puisque ses entreprises subissent les impacts de la COVID et des restrictions sanitaires.

« Tout a été cancellé d’ici aux partys de Noël », confirme-t-il, précisant qu’il est loin d’être la seule entreprise œuvrant dans l’événementiel à être dans cette position. Heureusement, les sept partys de Noël prévus à l’horaire tiennent toujours pour l’instant.

Mais si les restrictions sanitaires demeurent les mêmes, il craint de perdre jusqu’à 95 % de son chiffre d’affaires, puisqu’il redoute que certains choisissent aussi d’annuler les festivités hivernales.

C’est déjà le cas à l’érablière La Goudrelle, où toutes les célébrations des Fêtes ont été annulées.

« Même si les rassemblements ont été élevés à 250 personnes, les compagnies ne sont pas intéressées à faire un party où les employés doivent porter un masque, maintenir une distanciation sociale aux tables, où ils n’ont pas le droit de danser et qu’ils doivent consommer l’alcool assis seulement. Ça fait beaucoup de contraintes qui entachent le but de l’événement », dit Isabelle Dubreuil, responsable de l’érablière La Goudrelle, qui fête ses 50 ans d’existence cette année.

Bien que la saison des sucres représente 45 % de ses revenus annuels, les mois de mai, juin et juillet constituent une période faste pendant laquelle les rentrées d’argent sont significatives. Mariage, service de traiteur, graduation sont tous des événements dont les érablières ont été privées depuis l’arrivée du virus.

Des prêts difficiles à rembourser

Si les entreprises ont pu bénéficier de prêts, il n’en demeure pas moins que M. Gingras se questionne toujours à savoir comment il arrivera à les rembourser sans revenus supplémentaires.

« Pour le remettre, il faut travailler. Si on nous prête encore de l’argent, on ne sera jamais capable de le remettre. On ne peut plus s’endetter. C’est pas des prêts qu’on veut, c’est de l’aide », relève-t-il.

Au-delà du stress financier, Mme Dubreuil nage en pleine incertitude quant aux prochains mois.

« L’état d’urgence est là. On fait nos préparations de nourriture à l’automne, mais là on ne sait pas si on doit les faire. C’est très difficile de planifier sans savoir si on va ouvrir. Et si on ouvre, quelles seront les contraintes... est-ce que ça va nécessiter des investissements ? » se questionne-t-elle.

Une vague de fermetures?

Une étude publiée par la FCEI, indique que « les petites entreprises n’ont toujours pas retrouvé leurs niveaux de main-d’œuvre ou de ventes normaux ».

« Seules 62 % sont complètement ouvertes, 37 % utilisent leur capacité de main-d’œuvre normale ou ont des effectifs plus importants que d’habitude, et 26 % ont retrouvé ou dépassent leur niveau de ventes habituel », souligne l’étude.

Selon les évaluations de la FCEI, le nombre de PME canadiennes risquant de fermer de façon permanente à cause de la COVID-19 se situe dans une fourchette de 55 000 à 218 000 (de 5 % à 19 % de toutes les PME). « Cette large fourchette démontre le degré élevé d’incertitude des propriétaires d’entreprise face à l’avenir. »

Les secteurs les plus vulnérables sont celui des arts et des loisirs (salles de réception, salles de spectacles) et celui de l’hébergement et de la restauration (restaurants, hôtels, traiteurs, etc.) où respectivement 30 % et 27 % des entrepreneurs envisagent sérieusement de déclarer faillite ou de mettre fin à leurs activités en raison de la COVID-19.

On parle de la fermeture potentielle de près de 33 750 PME au Canada uniquement pour ces deux secteurs.