La demande d’aide des jeunes auprès du Centre de prévention suicide-Accalmie a augmenté de 14% depuis le confinement.
La demande d’aide des jeunes auprès du Centre de prévention suicide-Accalmie a augmenté de 14% depuis le confinement.

Des battements de coeur à sauver

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
POINT DE VUE / C’était au printemps 2003. Un soir du mois de mai, une cinquantaine de parents endeuillés par le suicide d’un enfant ou d’un proche s’étaient rassemblés devant le conseil d’administration de feu-la Régie régionale de la Santé. Ce soir-là, leur cri du cœur allait être entendu par les gestionnaires du réseau régional: le plan d’action pour la prévention du suicide serait adopté, et on donnerait même l’aval à la construction d’une maison d’hébergement pour personnes vivant une crise suicidaire.

Ce soir-là, ce sont les premiers battements de cœur de l’Accalmie- Maison d’hébergement pour personne suicidaire, qui se faisaient entendre.

Mais avant que ce cœur ne batte, des dizaines d’autres s’étaient arrêtés prématurément, emportés parfois par le désespoir, parfois par la maladie mentale, d’autres fois par d’immenses peines qui semblaient insurmontables. Autant d’histoires, autant de vies qui ne voyaient plus le monde qu’en noir et blanc. Est-ce que l’Accalmie aurait pu toutes les sauver? Le combat de ces parents allait au-delà de ce questionnement. À travers le plus grand chagrin qu’une personne puisse vivre, celui de perdre un enfant, ils choisissaient de se tenir debout pour trouver une solution afin que personne d’autre ne traverse ce qu’ils avaient traversé.

On ne peut jamais soupçonner, et encore moins juger, ce qu’une personne vit à l’intérieur d’elle-même. Quand on parle de sauver une vie, le temps ne peut pas non plus être compté. Une ressource comme le Centre de prévention suicide-Accalmie n’a pas le luxe de bénéficier de semaines, ou même de jours, pour répondre à l’appel. Lorsque la personne téléphone, c’est tout de suite qu’il faut décrocher, parce que rien ne nous garantit qu’elle rappellera plus tard...

Une telle mission, ça demande du cœur, du courage, de la volonté et beaucoup d’empathie... mais ça demande aussi de l’argent. Et le modèle philanthropique de la ressource a forcément mangé sa claque avec la pandémie et toute la distance qu’elle nous a imposée.

Mais la pandémie n’aura pas donné de grand coup qu’au financement des organismes communautaires. Elle a fait une belle jambette à toute une société et particulièrement à une jeunesse qui en a eu lourd à porter sur ses épaules. Éloignés de l’école et des amis, confinés avec les parents qui tentaient de faire du mieux qu’ils pouvaient malgré le télétravail, déracinés de leur routine et de leurs habitudes, privés de repères et de moments précieux à une période cruciale de la vie, une période qui forge la personne qu’on va devenir. On ne saura probablement que dans quelques années à quel point le confinement aura secoué nos jeunes.

Pourtant, le Centre de prévention suicide-Accalmie le sait déjà, en partie. Depuis le mois de mars, la demande d’aide venant de la portion jeunesse a augmenté de 14 %. Des 5000 demandes d’aide enregistrées depuis le début de la pandémie, 1650 l’ont été en action jeunesse.

Si le chiffre peut paraître énorme, il est aussi rassurant puisqu’il nous force à constater que les jeunes, bien que ça puisse encore paraître tabou, demandent de l’aide.

Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de prévention du suicide. Et en cette année 2020, elle aura une signification particulière. Parce que cette année, on aura su que rien ne peut être tenu pour acquis, que tout peut basculer en un claquement de doigts, qu’une bestiole microscopique peut venir à bout de ce que certains ont mis des années à bâtir, que même le droit d’enlacer ceux qu’on aime peut nous être arraché du jour au lendemain.

Cette année plus que jamais, il faudra se retrousser les manches pour aider ceux qui crient à l’aide. Pour que plus jamais un seul parent n’ait à pleurer la perte par suicide de son enfant. Pour que plus jamais un jeune coeur ne cesse de battre sans qu’on ait pu lui tendre la main.

Pour contribuer à la campagne 2020 de la Fondation du Centre de prévention suicide Accalmie, on peut rejoindre le site de la Ruche.

Si vous ou l’un de vos proches avez besoin d’aide: 1-866-APPELLE