Depuis mercredi, les délégués ont visité l’Institut de technologie alimentaire de Saint-Hyacinthe et la Ferme Canard du Village, à Saint-Pie, où il a été question de relève agricole, de même que le Centre des moissons de Beauharnois et l’entreprise Miel Nature.

Des agriculteurs d'ailleurs en visite chez des producteurs d'ici

Même si pour plusieurs, il s’agissait d’une toute première incursion dans un pays nordique et d’une première exposition à la neige, l’enthousiasme d’une vingtaine de producteurs agricoles et agronomes du Bénin, du Burkina Faso, d’Haïti, du Mali, du Sénégal et de la République du Congo n’a en rien été refroidi par notre climat. Au contraire, ces délégués ont été chaleureusement accueillis par leurs homologues montérégiens, avec qui ils échangeront au cours des prochains jours afin d’apprendre sur les pratiques agricoles d’ici.

Les 18 délégués africains et haïtiens sont arrivés au pays en fin de semaine dernière. Ils ont d’abord rencontré les représentants de l’Union des producteurs agricoles, Développement international (UPA DI), l’organisatrice du stage agricole qui s’étirera jusqu’au 8 décembre prochain.

« Chaque année, l’UPA DI choisit une région hôte pour accueillir les délégués internationaux », explique Caroline Deschamps, conseillère en communication pour l’UPA.

L’objectif de cet échange interculturel est de partager les pratiques agricoles innovantes du Québec, mais aussi de faire connaître l’organisation syndicale et associative. D’ailleurs, parmi les délégués reçus, plusieurs font eux-mêmes partie d’une organisation paysanne.

En contrepartie, des producteurs agricoles québécois vont eux aussi en mission à l’étranger pour en apprendre sur les pratiques mises en place de par le monde.

Le secrétaire général d’UPA Développement international, André D. Beaudoin, est d’avis que de tels échanges directs entre agriculteurs du Nord et du Sud sont de beaux exemples de mondialisation des solidarités. « En se regroupant et en s’organisant, les productrices et les producteurs agricoles peuvent obtenir de meilleures conditions de vie et relever ensemble le défi de la souveraineté alimentaire », souligne-t-il.

Visites

Depuis mercredi, les délégués ont visité l’Institut de technologie alimentaire de Saint-Hyacinthe et la Ferme Canard du Village, à Saint-Pie, où il a été question de relève agricole, de même que le Centre des moissons de Beauharnois et l’entreprise Miel Nature.

Ils sont arrivés chez leurs hôtes montérégiens vendredi.

Ils devraient y séjourner environ une semaine, après quoi ils convergeront vers Québec pour assister au congrès général de l’UPA.

Trois fermes de la région immédiate font partie du projet, à savoir les Fermes Swennen de Bedford, la Ferme Mojoguy de Shefford et la Ferme Gapajo 2005, qui accueilleront chacune deux délégués.

Le président de l’UPA Montérégie, Christian St-Jacques, accueillait d’ailleurs des visiteurs du Ségénal et du Bénin pour la première fois dans son établissement. « Ils s’attendent à découvrir comment on fonctionne, explique-t-il. J’ai l’intention de les amener partout où j’irai au cours de la prochaine semaine. En tant que président de l’association, j’ai plusieurs rencontres prévues. J’ai aussi planifié des visites dans des fermes avicole, laitière et de grandes cultures de ma région », explique-t-il.

« Pour les agricultrices et les agriculteurs des fermes hôtes, ce séjour sera une occasion unique de voyager tout en restant chez eux. Ils auront la chance de découvrir plusieurs facettes de l’agriculture et de la culture de ces pays. Une expérience des plus enrichissantes qui démontre bien notre ouverture sur le monde, mais surtout que l’agriculture va bien au-delà des frontières », ajoute-t-il.

« L’agriculture, c’est universel. Ça sert à nourrir la population. Ces gens sont des confrères puisqu’on travaille tous à l’alimentation des humains », note pour sa part Jérôme Ostiguy, qui accueillera aussi deux visiteurs.

Découvertes

« Produire c’est une chose ; vendre en est une autre », renchérit-il, du fait que l’agriculture est beaucoup plus organisée au Québec.

C’est d’ailleurs ce qu’a immédiatement remarqué le Béninois Eloi Zoule Abraham Djodjo. « L’agriculture ici, c’est un métier. Les entreprises sont organisées et l’UPA offre beaucoup de services à ses membres. C’est un modèle que je souhaite rapporter dans mon pays pour en faire bénéficier les gens », souligne-t-il.

L’Haïtien Jean Plésir Baptiste a pour sa part été impressionné par l’importance accordée à la recherche en agriculture. « Je suis très content de voir que les intellectuels se penchent sur le travail sur la terre, dit-il. Les producteurs se forment et apprennent que l’agriculture est un métier. Avoir ces connaissances peut nous permettre de mobiliser les gens à soutenir l’agriculture. »

Comme il s’agissait de la thématique retenue cette année, il sera beaucoup question de la relève en agriculture dans les prochains jours. Déjà, des différences importantes ont été relevées. « Chez nous, dans l’Afrique de l’Est, on est impliqués depuis la naissance dans le champ d’exploitation familiale. C’est comme ça que la relève s’installe, explique Alioune Badare Diongue, du Sénégal. Je n’aurais jamais imaginé qu’au Québec, l’accès à la terre soit aussi difficile pour la relève. Chez nous, les jeunes pensent que l’accès à la terre est un droit et militent en ce sens. »

D’autres découvertes attendent les visiteurs au cours des prochains jours. Mais n’empêche, la plus importante s’est faite en sortant de l’avion, alors que tous, ou presque, en étaient à leur première visite en sol québécois.

« On s’adapte au climat et à la nourriture ! » lance Alioune Badare Diongue.