Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Demande de déplacement du jour de scrutin fédéral: «complètement insensé», réagit Blanchet

Trois-Rivières — «C’est complètement insensé que les critères religieux ont préséance sur l’État laïc et civil, le législatif, l’État de droit. Je trouve ça absolument incroyable.»

Voilà comment le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a réagi à cette demande pour un changement de date du scrutin fédéral par motif religieux. La démarche fut initiée par la candidate conservatrice Chani Aryeh-Bain, qui se présente dans la circonscription torontoise de Eglinton-Lawrence, et Ira Walfish, une électrice de York-Centre.

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On sait que la Cour fédérale a ordonné au directeur général des élections du Canada (DGE) de se pencher à nouveau sur la possibilité de déplacer le jour du scrutin d’octobre, en raison d’une fête religieuse juive. Car le 21 octobre coïncide cette année avec une fête juive appelée Chemini Atseret. Lors de cette fête, les Juifs orthodoxes pratiquants ne sont pas autorisés à travailler, voter ou faire campagne.

Élections Canada s’est fait demander de changer la date, mais l’organisme a refusé à l’approche du début de la campagne électorale. Or, par ordre du tribunal, le DGE doit maintenant reconsidérer sa décision d’ici le 1er août.

«Ça me laisse très perplexe parce que j’étais convaincu que la juge allait rejeter la demande. Or, voilà qu’elle demande au DGE de déplacer la date à laquelle une trentaine de millions de Canadiens et plus de six millions de Québécois vont voter à cause d’une candidate conservatrice de Toronto, de confession juive. J’en appelle au directeur général des élections pour qu’il rejette la recommandation insistante de la juge parce que c’est un manque de respect, en particulier d’ailleurs au Québec pour plus que 6 millions d’électeurs, dont les trois quarts, si on se fie sur l’opinion publique en général, sont en faveur d’un État laïc», a déclaré M. Blanchet.

Celui-ci aimerait bien savoir ce qu’en pense le chef conservateur, Andrew Scheer, puisque la requête provient de l’une de ses candidates. «Je suis extraordinairement curieux. Tout le monde fait ses choux gras de la présence d’Andrew Scheer au Québec présentement. Je demande explicitement qu’on lui pose la question: est-il en faveur de la demande de sa propre candidate à Toronto pour déplacer l’élection pour une raison religieuse? Je veux entendre ça avant de venir s’adresser aux Québécois et dire qu’il comprend la culture et le nationalisme québécois», lance le leader bloquiste.

Si, pour lui, Justin Trudeau a hérité de son père un multiculturalisme canadien «qui met toute espèce de considération devant les droits collectifs», il fait remarquer que le chef du NPD, Jagmeet Singh, «arbore lui-même un signe religieux». «Nous devons avoir une réponse claire de chacun des autres chefs de parti», croit celui qui reproche à l’État canadien d’être incapable d’avoir une politique claire ou acceptable pour les Québécois en matière de laïcité.

Par ailleurs, Yves-François Blanchet se prépare en vue de la campagne électorale. À Trois-Rivières, il reste à déterminer qui portera les couleurs bloquistes entre Louise Charbonneau et Jonathan Beaulieu-Richard. Pour les autres circonscriptions de la région, les candidats sont déjà connus.

Tout en se disant favorable au projet d’un train à grande fréquence, il se montre «beaucoup irrité par toutes ces promesses qui ne se concrétisent jamais». «Ce projet n’est pas du tout sur les rails», soutient-il.

Finalement, ce dernier tient à rappeler que «le Bloc n’existe pas que pour faire le procès du fédéralisme canadien». «Le Bloc québécois existe pour faire une proposition différente déjà applicable à certains égards, mais dont la finalité passerait bien sûr idéalement par la souveraineté du Québec. Mais dans l’intervalle, en matière d’environnement, de développement économique, d’agriculture, d’art et de culture, il y a beaucoup de secteurs dans lesquels on est capable d’être innovateur au Québec et c’est ce qu’on va inclure dans nos propositions de façon très claire, avec une véritable plateforme électorale qui sera chiffrée et vérifiée par le directeur du budget du parlement fédéral», conclut-il.