France Arbour a inspiré plusieurs générations d’artistes et de comédiens. Photo prise pour la promotion des Dimanches théâtre au Palace de Granby en 2011.
France Arbour a inspiré plusieurs générations d’artistes et de comédiens. Photo prise pour la promotion des Dimanches théâtre au Palace de Granby en 2011.

Décès de France Arbour : comme perdre un membre de sa famille

Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est
Ils étaient sa «garde rapprochée». Les amis proches, la «bande des six», avec qui France Arbour a partagé un pan de sa vie, de ses rêves et de ses innombrables projets culturels. Pour les artistes Luc Senay, Mélissa Dion Des Landes, Martin Gougeon, Diane St-Jacques et Gilbert Comtois, sa disparition laissera un vide immense.

«Entre nous deux, il y avait une relation d’amitié profonde et un grand respect», confie Luc Senay. Il n’avait que six ou sept ans lorsque son destin a croisé celui de France Arbour, dans un cours de diction à Granby. Ils se sont revus en 1977 à l’École des clowns du Québec où la dame enseignait. Mais c’est quand le comédien est revenu s’établir dans la région, en 1998, que leurs liens se sont véritablement développés.

Avec sa conjointe Janie Gaumond-Brunet, Luc Senay a pu profiter pleinement des derniers jours de son amie. «On est passé par toutes les émotions, dit-il. On s’est embrassé, on a pleuré, on s’est fait des grimaces, on a ri et on a chanté. Je lui ai aussi chantonné A Flame in your Heart à l’oreille.»

À la joyeuse «bande des six», composée de Luc Senay, Gilbert Comtois, Diane St-Jacques, Martin Gougeon, France Arbour et Mélissa Dion Des Landes, se greffaient régulièrement Jo-Anne Quérel, Maxime De Munck, Patrick Golau et Gilles Marsolais.

Ils ont discuté, également, de choses sérieuses. «Elle pensait, en toute humilité, ne pas avoir fait grand’chose dans sa vie. Je l’ai chicané, en lui rappelant l’importance qu’elle a eue dans l’existence de plusieurs personnes, dont nous. Je lui ai dit qu’elle avait contaminé plein de gens par son amour des arts et des mots.»

Il admet en riant que Mme Arbour était tout un personnage. «France avait un osti de caractère! Elle était d’une franchise pas toujours facile à recevoir, mais elle disait les vraies affaires.»

La relève

France Arbour se plaisait à répéter qu’elle avait enseigné le théâtre et la diction à la moitié du bottin des artistes.

Parmi ses anciens élèves, Mélissa Dion Des Landes et Martin Gougeon ont maintenu un lien profond avec elle et suivi ses traces. Les deux amis ont pu passer deux belles heures avec Mme Arbour, samedi. Un ultime rendez-vous où les souvenirs et les compliments se sont entremêlés.

Tout à fait lucide, mais de plus en plus faible physiquement, la dame a ainsi pu leur faire ses adieux sereinement.

«France était comme une grand-maman pour moi, confie Mélissa, qui est aujourd’hui comédienne et animatrice. J’étais en secondaire 1 quand je l’ai rencontrée. On se voyait au cours le samedi matin au sous-sol de l’église Sainte-Famille. Elle est devenue très importante dans ma vie, car elle faisait le métier qui m’appelait. Elle tournait beaucoup à cette époque et ça me fascinait», laisse entendre celle qui l’a aussi revue dimanche et qui participe à l’organisation des funérailles de sa mentore.

Exigeante, passionnée, généreuse de tout, France Arbour la poussait à toujours donner le meilleur d’elle-même, ajoute Mélissa. «Elle était l’instigatrice, le moteur de la culture ici, celle qui a toujours cru en nous.»

Martin Gougeon parle, quant à lui, d’une «maman artistique» qui a eu une immense influence sur son parcours professionnel. «J’avais dix ans quand j’ai commencé mes cours avec France. Ç’a été une révélation pour moi de rencontrer une personne aussi passionnée. Elle était tellement impressionnante. Elle m’a enseigné durant dix ans, en m’apprenant à aimer les mots. C’était une formidable pédagogue qui a formé et influencé plein de gens.»

Le comédien, réalisateur, auteur et patron du Théâtre L’Ancien presbytère à Granby, aura d’ailleurs eu droit à la rigueur de son ancienne enseignante jusqu’au dernier moment. «En la quittant samedi, je lui ai dit ‘‘À bientôt’’. Elle m’a répondu ‘‘Non Martin, à jamais... Elle m’aura repris jusqu’à la fin!» glisse-t-il, avec affection.

France Arbour leur a par ailleurs fait promettre de poursuivre sa mission de transmettre l’amour des arts et de la culture. «Elle n’a jamais cessé d’avoir des projets. France avait une soif de culture et un amour des mots inassouvissables. Elle était porteuse de quelque chose de très grand.»


« En la quittant samedi, je lui ai dit ‘‘À bientôt’’. Elle m’a répondu ‘‘Non Martin, à jamais’’. »
Martin Gougeon

De vieilles amitiés

La comédienne Diane St-Jacques parle de sa vieille amie avec émotion. «Elle va nous manquer. C’était une grande dame, qui a toujours voulu le meilleur pour les comédiennes et les comédiens avec qui elle travaillait. Elle était très respectueuse des gens. Oui, elle avait du caractère; on la connaissait, France! Mais derrière, il y avait tellement d’amour, raconte la Granbyenne. C’était une fille qui aimait être en groupe, qui prenait beaucoup de place et qui parlait beaucoup. Elle m’a fait grandir et fait découvrir plein de choses et plein d’auteurs.»

Elle se souvient de mille petites choses partagées avec elle, dont les spectacles de la «bande des six» donnés à l’Ancien presbytère. Elle n’oubliera pas non plus leur «festival de la frite». «Un été, on jouait au théâtre ensemble à Drummondville et on voyageait dans la même voiture. Une ou deux fois par semaine, on partait plus tôt pour essayer les frites des différentes bineries du coin et on leur donnait une note!»

Le conjoint de Mme St-Jacques, le comédien Gilbert Comtois, raconte avoir rencontré France Arbour à la fin des années 50, alors qu’il assistait «un célèbre acteur français» venu à Montréal pour recruter des comédiens québécois pour une série télé en France. «Je me souviens des caméras et de toute la publicité qui entouraient l’événement. Toute la jeune classe artistique montréalaise s’était précipitée aux auditions, et France avait été choisie avec Yvan Canuel et quelques autres. La série ne s’est jamais concrétisée, mais c’est là que j’ai connu France.»

«France s’entourait de belles personnes. On était comme une famille tissée serrée et on perd un membre important de la famille aujourd’hui», conclut Diane St-Jacques.