La PIge

De la cocaïne sur Snapchat

Charlotte Côté - Snapchat, une application qui vise une clientèle âgée entre 18 et 24 ans, s’est transformée en un véritable marché de stupéfiants et gagne en popularité auprès des consommateurs pour qui l’achat de drogues est devenu plus facile que jamais.

Ce contenu est produit par les étudiants d'ATM - Journalisme du Cégep de Jonquière

Vendre sur Snapchat est un choix purement axé sur la sécurité. Les vendeurs disent être moins faciles à démasquer parce que la plateforme efface automatiquement les conversations. Il suffit d’avoir le nom d’utilisateur d’un vendeur pour le contacter et avoir accès à ses services. Cannabis, cocaïne, MDMA, champignons magiques, acide… Toutes des drogues qui se vendent et se propagent sur la plateforme sociale Snapchat.  «Tout le monde connait un gars, qui connaît un gars qui vend», explique Tristan*, qui vend sur Snapchat depuis environ quatre ans.

Les «dealers» n’utilisent pas tous Snapchat de la même façon. Certains publient, dans des périodes plus creuses, des stories avec une photo de leur cannabis ou de leurs variétés de drogues pour en faire la promotion. D’autres peuvent même cibler certains de leurs amis et leur envoyer des messages privés pour les inciter à acheter.

Tristan, début vingtaine, vend sur la Rive-Sud de Montréal. Il a commencé à vendre du cannabis en secondaire 4 en approchant en personne ses clients potentiels. Après s’être fait une clientèle de base, il a pu transférer sa «business» sur Snapchat. «Je n’ai plus besoin de sortir de chez moi pour trouver de nouveaux clients. Ils viennent à moi sur la plateforme.»

Le jeune homme a commencé à vendre du pot, mais il s’est vite rendu compte que c’est payant de proposer d’autres drogues également. Il vend les drogues dites «jeunes» : de la cocaïne et de la MDMA (une drogue qui augmente le désir de sociabiliser et de se rapprocher des autres psychologiquement et physiquement). Il avoue miser sur ces drogues parce que les acheteurs sont victimes de désinformation sur les dangers de celles-ci. «Tout le monde est conscient que certaines drogues sont mauvaises pour la santé, comme le crack et l’héroïne. Mais les nouvelles drogues comme la MDMA, les clients ne sont pas informés», avoue-t-il.

«Si je voulais me trouver de la poudre demain matin sur Snapchat, ça ne me prendrait que quelques heures», explique Sarah* qui vend du cannabis en petites quantités depuis environ un an. « En même pas une journée, j’en aurais. C’est facile comme ça », ajoute-t-elle.

SNOW IS COMING…

L’expression « Snow is coming » est même utilisée par certains vendeurs qui font la promotion de leurs stocks de cocaïne. Chaque drogue a son surnom. De la blanche ou de la neige (cocaïne), de la rose (MDMA), etc. Les vendeurs utilisent des termes précis pour avertir leurs « amis » des nouveautés en stock.

Olivier*, 19 ans, a derrière lui un passé en tant que vendeur et acheteur de cannabis sur Snapchat. Il connait bien les ventes illégales qui sont faites sur les réseaux sociaux. Il explique que lors de gros événements, il n’est pas rare que des gens affichent des annonces sur leur profil personnel : «100 pilules de MDMA à vendre, écrivez-moi en privé».  Le pire dans tout ça, explique Olivier, «c’est que ça se vend, pas subtilement et rapidement». 

Peu de surveillance

Il y a peu de surveillance qui est faite sur les divers réseaux sociaux concernant la vente de cannabis ou d’autres drogues, confirment des sources policières. La surveillance est plutôt dirigée vers des dossiers comme la pornographie juvénile ou l’exploitation sexuelle des enfants sur internet. «Il y a une cybersurveillance faite par nos agents, mais notre priorité est aux crimes contre la personne», explique le porte-parole de la Sûreté du Québec, Hugo Fournier. Il ajoute que la majorité des dossiers traités ont été ouverts à la suite d’un signalement citoyen.

Dans le programme de Techniques policières du Collège d’Alma, il n’y a pas encore de formation qui aborde les ventes de drogues illégales sur les réseaux sociaux, a confirmé une enseignante du programme.

Janvier 2020 : «On a hâte», disent des vendeurs

Les vendeurs de cannabis illégal se réjouissent de l’arrivée d’une nouvelle clientèle et d’une entrée d’argent plus importante en janvier 2020 alors que l’âge légal pour consommer et acheter du cannabis augmentera à 21 ans.

Tristan*, qui vend du cannabis depuis environ quatre ans, s’attend à recevoir des demandes d’une nouvelle clientèle dès les changements de législation. «C’est certain qu’en janvier, je vais avoir de nouveaux acheteurs, des plus jeunes, surtout», affirme-t-il.

Il croit que les jeunes en bas de 21 ans qui ont aimé le cannabis après l’avoir essayé dans les SQDC ont plus de chance de vouloir recommencer l’expérience avec le cannabis qu’ils trouvent illégalement.

Samuel* a 18 ans et vend du cannabis au Saguenay à l’aide de Snapchat depuis un an. Il s’attend à ce que les jeunes choisissent ses services au détriment des magasins gouvernementaux. «Si tu as le choix entre trouver quelqu’un de 21 ans et plus pour aller te chercher ton stock à la SQDC, ou texter un gars comme moi, qui va venir te le porter chez toi, le choix est simple».

*Tous les noms dans cet article ont été changés pour protéger l’identité des sources.