Malgré la crise diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite, plusieurs Sherbrookois continuent de se réunir chaque vendredi pour demander la libération de Raif Badawi.

Crise diplomatique : les vigiles pour Raif tiennent bon

La crise diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite n’a pas refroidi l’ardeur des Sherbrookois qui militent pour la libération de Raif Badawi, bien au contraire. La 189e vigile en son honneur s’est tenue vendredi midi devant l’hôtel de ville, en présence d’invités spéciaux, dont Djemila Benhabib, qui était là comme vice-présidente de la Fondation Raif Badawi.

« Nous n’avons jamais souhaité cette crise politique, nous n’en sommes pas à l’origine. Ce que nous souhaitons, c’est la libération de Raif, de sa sœur, et de l’ensemble des prisonniers d’opinion en Arabie saoudite et dans l’ensemble du monde », a-t-elle précisé d’entrée de jeu.

La porte-parole pour Amnistie internationale Mireille Elchacar a aussi abordé l’affaire au début du rassemblement, en soulignant que l’organisme se réjouissait des interventions du premier ministre Justin Trudeau, qui a refusé de s’excuser pour les propos tenus par la ministre des Affaires étrangères Chyrstia Freeland, qui a exigé au début du mois la « libération immédiate » de Samar Badawi, la sœur du blogueur, qui a aussi été faite prisonnière. Depuis, l’Arabie saoudite a expulsé le diplomate canadien présent sur son sol en plus de rappeler le sien, et a coupé ses liens commerciaux avec le Canada. 

« Pour nous, c’est une preuve que le discours de modération [du roi] Mohammed ben Salmane est de la poudre aux yeux, qu’il n’y a pas de réforme prévue. [...] Si la réaction de l’Arabie saoudite est aussi disproportionnée, c’est la preuve qu’ils savent qu’il y a un problème de droits humains en Arabie saoudite », a-t-elle dit.

S’il peut être décourageant pour les militants de voir que le gouvernement saoudien est toujours fermé, le travail effectué est important, insiste Mme Elchacar. « Ça fait cinq ans qu’on demande à M. Trudeau de faire quelque chose. Pourquoi ça arrive maintenant? C’est grâce à vous, parce que la pression ne faiblit pas. Il faut continuer à signer nos pétitions et à faire nos rassemblements », a-t-elle mentionné à la foule.

Le père de Mme Benhabib, Fewzi Benhabib, qui fait partie du collectif de l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis en France, était de passage vendredi et abondait dans le même sens. « Sherbrooke est l’orgueil du Québec, et fait l’orgueil de tous les Français et Françaises qui se battent pour la liberté d’expression », a mentionné celui qui a lancé une pétition pour la libération de M. Badawi, qui a recueilli plus de 100 000 signatures.

Nouvelles bannières

Le maire de Sherbrooke Steve Lussier a par ailleurs profité de la vigile de vendredi pour présenter les deux nouvelles bannières installées sur l’hôtel de ville. Celles-ci, nettement plus petites que les précédentes, ont été placées de chaque côté de l’entrée principale, et sont du même jaune vif que les anciennes, qui ont dû être enlevées au mois de juillet, car des travaux de maçonnerie étaient requis sur la devanture de l’hôtel de ville.

Les anciennes bannières, immenses, ont été entreposées et seront remises à la famille Badawi si elle souhaite les avoir un jour.

Selon M. Lussier, les nouvelles bannières « rappellent que Sherbrooke continue de soutenir Raif. Sa famille a besoin de retrouver un père et un époux. Nous sommes impatients d’accueillir Raif chez lui », a-t-il dit, indiquant au passage que de nouveaux éléments montrant le soutien de Sherbrooke à la libération de Raif seraient installés dans le futur, mais sans révéler ce qu’ils seraient.

« Les bannières sont super, je remercie le maire de Sherbrooke pour son soutien », a mentionné la femme de Raif Badawi, Ensaf Haidar, aussi présidente de la Fondation qui porte le nom de son époux. « Et ce n’est pas juste ces banderoles, il y a d’autres surprises pour Raif qui sont à venir », a-t-elle dit.  Avec La Presse canadienne