Yves Hurtubise, président de Biotechnologies Ulysse.
Yves Hurtubise, président de Biotechnologies Ulysse.

COVID-19: une avancée majeure pour la création d’un vaccin à Trois-Rivières

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le vaccin tant attendu pour contrer la COVID-19 portera-t-il finalement l’appellation «Made in Trois-Rivières»? L’hypothèse est de plus en plus probable, alors que l’entreprise trifluvienne Biotechnologies Ulysse vient de développer un procédé qui s’avère concluant et qui entrera la semaine prochaine dans une phase préclinique afin de tester son efficacité.

L’entreprise, qui se spécialise d’abord dans la production de probiotiques pour les plantes, un produit qu’elle exportera bientôt un peu partout dans le monde, a choisi de se baser sur son expertise dans les probiotiques afin de développer ce vaccin révolutionnaire, qui deviendra une alternative aux vaccins qui sont actuellement développés par les géants pharmaceutiques.

L’idée première, explique le président Yves Hurtubise, était de se servir de probiotiques, de bactéries et de levures afin d’y attacher des spicules contenues dans le virus de la COVID-19. Une fois l’élément ingéré dans le corps, il créera une réaction de l’organisme qui se croira attaqué par le virus, alors que la bactérie ne pourra pas entrer dans les récepteurs du système digestif ou respiratoire, ce que le coronavirus fait actuellement en allant infecter les cellules et causant les dégâts que l’on connaît. Le corps se défendra donc d’un ennemi qui ne le menace pas vraiment, en fin de compte.

«On utilise une bactérie comme un vecteur qui peut jouer un tour au corps humain. C’est un leurre, on fait croire au corps qu’il est attaqué. Ça a déjà été fait pour d’autres virus au niveau des animaux et les résultats ont été super intéressants», signale M. Hurtubise.

Or, comme tout projet expérimental de traitement en développement, il y a un risque. «Ça peut marcher comme ça peut ne pas marcher. Pour le moment, on a réussi à créer ça, et nous sommes très optimistes de commencer les essais», signifie le scientifique.

Dès la semaine du 9 novembre, des essais sur des souris seront menés dans un laboratoire de Québec pour évaluer la réponse de l’organisme à cette attaque simulée du coronavirus. Si, après la période d’évaluation d’un mois, le tout s’avère concluant, on pourra envisager les premiers essais cliniques sur des humains dès les premières semaines de 2021, ajoute M. Hurtubise. Une deuxième et troisième phases d’essais cliniques sont également sur le radar si la première phase est concluante. Ces essais ne viendront toutefois pas sans obtenir davantage de financement et d’aide de la part des gouvernements.

«On espère pouvoir se faire entendre de la part du ministère et de Santé Canada. On a commencé des approches. Déjà, ici, nous avons une excellente réception de la part de Développement économique Canada», considère celui qui rappelle avoir aussi obtenu du soutien de la Ville de Trois-Rivières par le biais d’Innovation et développement économique Trois-Rivières. Et même si Biotechnologies Ulysse ne bénéficie pas d’un département de lobbying comme ceux sur lesquels peuvent compter les grandes pharmaceutiques, il ose croire que les gouvernements sauront tendre l’oreille vers cette innovation qu’il qualifie d’alternative au vaccin traditionnel.

«C’est clair qu’un premier vaccin arrivera avant le nôtre et c’est correct. Mais toutes les problématiques qu’il y aura autour, nous on peut les contrer», considère le scientifique. En effet, alors que les vaccins actuellement développés doivent être maintenus à des températures de -60 degrés dans des ultracongélateurs, les probiotiques ou les bactéries peuvent être développés dans un environnement beaucoup moins exigeant, sous forme de spray nasal ou de comprimé, avec des équipements qui demandent des investissements moindres.

Du même coup, son exportation à travers le monde devient incroyablement plus facile, estime Yves Hurtubise, puisqu’elle ne nécessite pas l’installation de procédés pour la réfrigération par exemple. Le traitement devient également plus facile à déployer là où les populations sont moins nombreuses, croit-il.

Présentement à l’étroit au Technoparc de Trois-Rivières, Biotechnologies Ulysse planifie du même coup un déménagement dans une bâtisse du parc industriel 40-55 pour avril prochain. À cet endroit, l’entreprise quadruplera sa superficie et pourrait même y installer sa chaîne de production si le vaccin s’avère efficace et qu’il obtient le feu vert de Santé Canada.