Martine Soucie vient d'être reconnue coupable de l'homicide involontaire de sa petite fille de six mois.

Coupable de l'homicide involontaire de son bébé

Une jeune mère de Gatineau a été reconnue coupable du terrible homicide involontaire de son bébé, mercredi matin, au palais de justice de Gatineau.

Martine Soucie, 25 ans, n’a jamais convaincu — ni même passé près de le faire — la juge Anouk Desaulniers qu’elle était innocente.

La mère a été reconnue coupable des trois chefs d’accusation qui pesaient contre elle, soit homicide involontaire, voie de fait grave, et voie de fait causant des lésions.

La mère a été arrêtée il y a trois ans, par la police de Gatineau.

Le bébé, Miliange, a été découvert inanimé dans son petit lit, le matin du 16 novembre 2014. Les secouristes n’ont pu que constater le drame, une fois arrivés à la résidence familiale.

Les enquêteurs ont déposé des accusations lorsqu’ils ont reçu les résultats des expertises médico-légales, indiquant que le bambin d’à peine six mois avait subi des fractures osseuses et des lésions au cerveau. 

Un résultat flagrant, selon les spécialistes, du « syndrome du bébé brassé ».

Pendant le procès, la défense a émis la possibilité que d’autres membres de la famille, comme la grand-mère, le père biologique, ou même un autre enfant, aient pu blesser mortellement la petite Miliange. La juge n’a pas cru cette version.

Le tribunal a aussi rejeté la thèse, soulevée par la défense, d’une maladie osseuse ayant provoqué les fractures.

Selon l’acte d’accusation, la jeune victime a subi des sévices entre le 18 mai 2014, jour de sa naissance, et le 15 novembre 2014, veille de son décès. 

La fracture principale, à un fémur, n’a pu être provoquée que par un traumatisme contondant, et contemporain au décès, a souligné la juge.

Selon la magistrate, l’accusée « tente de fournir des scénarios » dans lesquels des accidents ont provoqué des blessures.

La douleur extrême qui a dû être ressentie par l’enfant l’aurait forcément empêchée de s’endormir ou de recevoir un bain, la veille, selon ce qui avait été avancé par Mme Soucie, toujours selon le tribunal.

L’enfant, née prématurée, n’a pas pu se blesser seule, car elle n’était pas ambulatoire, note la juge.

Les blessures venaient forcément d’un adulte.

« La seule conclusion rationnelle » retenue par la juge est que la mère, qui a changé sa version au fil des mois, a provoqué la blessure fatale.

La jeune victime avait subi de nombreuses autres contusions et fractures osseuses, avant le décès.

Des lésions ont entre autres été décelées sur son thorax, résultat de mauvais traitements répétés pendant la courte vie de Miliange, selon les expertises pathologiques analysées par la juge.

Martine Soucie n’a pas pris le chemin de la prison, mercredi.

Son avocat, Me Gérard Larocque, a demandé la rédaction d’un rapport présentenciel. La peine appropriée fera l’objet d’un autre débat devant le tribunal.

La jeune femme n’avait pas d’antécédent judiciaire.

Martine Soucie, qui a fourni une version « cousue de fil blanc », selon l’expression employée par la juge, est sortie rapidement de la salle d’audience, après la lecture de la décision.

Le père de l’enfant, Ghislain Guilbeault, était soulagé après le verdict.

« Ce bébé-là était en morceaux »

Ghislain Guilbeault vit avec une tonne de pression en moins sur les épaules, mais ressent toujours le poids des années passées sans sa fillette, décédée dans d’atroces souffrances, en 2014.

M. Guilbeault est le père biologique de Miliange, un nourrisson qui n’a eu aucune chance dans sa trop courte vie. Il était soulagé, mais larmoyant, mercredi, au palais de justice de Gatineau.

M. Guilbeault s’est d’abord réjoui du verdict de culpabilité de la mère, Martine Soucie, dans cet affreux dossier d’homicide involontaire.

« C’est le plus gros soulagement de ma vie. C’est trois ans d’angoisse et de déception, parce qu’à la cour, ça prend du temps... C’est un gros soulagement », a-t-il laissé tomber, retenant ses sanglots.

Privé de la garde de l’enfant, le père, séparé, n’a pu voir sa fille que pendant les trois premiers mois de sa vie. Il a tenté de jouer son rôle de père, tant bien que mal.

Il a assisté au procès, malgré tout. « Ç’a été dur d’entendre les vraies versions, les faits... Ce bébé-là était en morceaux. »

Ghislain Guilbeault, père d’un ado de 13 ans, trouve la vie dure. Mais c’est grâce à ce fils, insiste-t-il, qu’il est toujours vivant. « Celui que j’aime le plus au monde... C’est grâce à lui que je suis encore ici. »

Bien que soulagé, le père garde un sentiment difficile à décrire, depuis la mort tragique de Miliange. « Je ne vis pas depuis ce temps-là. Mais en même temps, le fait qu’elle soit coupable, ça enlève toute la pression. »

Le père n’a jamais pensé que la petite victime ait pu subir autant de lésions, toutes énumérées dans la décision de la juge, mercredi. « Combien de temps a-t-elle été maltraitée ? Selon moi, toute sa vie. »

« Prenez soin de vos enfants », répète le père, ému. « Chaque jour, chaque heure compte pour un enfant. C’est l’affaire la plus importante. »