Coup de théâtre pour Opération banquise

Trois-Rivières — Coup de théâtre, les trois aventuriers qui souhaitaient passer 36 heures sur une banquise à la dérive sur le fleuve Saint-Laurent ont finalement dû passer la nuit à terre. Ils ont été contraints de prendre cette décision en raison de l’arrêt en fin de journée du trafic maritime sur la voie navigable.

«Nous sommes en communication avec la Garde côtière, les autres navires sur le fleuve et les autorités depuis le début de notre navigation sur une banquise jeudi matin. Tout se passe bien. De plus, nous n’avons pas été dans le chenail de navigation depuis ce matin. Cependant, la sécurité demeure notre priorité», a affirmé jeudi soir l’aventurier Frédéric Dion, membre de l’Opération banquise.

«Comme des instances considèrent que nous pouvons représenter un risque cette nuit, nous acceptons de cesser nos activités pour cette période. Les navires doivent pouvoir circuler cette nuit.»

Cette directive provient de l’Association des pilotes des Laurentides et de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent. Les pilotes n’étaient pas à l’aise à l’idée d’avoir des personnes à la dérive sur une banquise en pleine nuit, alors que la visibilité est très réduite. Pascale Fortin, porte-parole à Pêche et Océans Canada, précisait que cette décision n’émanait pas de la Garde côtière. Celle-ci s’assurait toutefois que les trois hommes respectaient la directive.

Frédéric Dion, Jacob Racine et Daniel Barriault ont donc passé la nuit à Deschambault-Grondine, sur la terre ferme. «La Garde côtière nous demande de quitter entièrement le fleuve», précisait-il alors. 

Frédéric Dion acceptait mal la décision. «Nous avons préparé ce défi en collaboration avec les autorités. Nous sommes des professionnels», mentionnait-il. «C’est un coup de théâtre. Je n’arrive pas à comprendre.»

Les aventuriers souhaitent bien retourner sur une banquise dès vendredi matin pour poursuivre le périple jusqu’à Québec. Bien sûr, les autorités devront donner leur aval avant qu’ils puissent reprendre leur défi. 

Quelques instants avant le départ, les trois hommes affirmaient ne pas craindre d’éventuels effets que produirait une rencontre avec des navires marchands sur la voie navigable. Une banquise, ça ne se dirige pas vraiment, mais leur bateau, lui, se dirige très bien. «Si la banquise n’est pas là où nous voulons qu’elle soit, on va juste changer de banquise», précisait au départ Frédéric Dion, quelques heures avant de quitter le fleuve justement en raison des navires. 

Jacob Racine, Daniel Barriault et Frédéric Dion étaient visiblement prêts pour leur aventure, jeudi matin.

La journée avait bien commencé

Un matin assez frisquet sur les rives de la rivière Saint-Maurice. Un bateau gonflable rempli à craquer d’équipements, de vivres et de vélos en bois. Trois hommes souriants, gonflés à bloc. Frédéric Dion, Jacob Racine et Daniel Barriault ont suivi le courant pendant trois kilomètres jusqu’au fleuve, jeudi matin, pour y trouver une banquise qui devait devenir leur refuge pendant 36 heures.

C’est une aventure comme l’inimitable Frédéric Dion les aime. Il s’agit également d’un entraînement pour cet intrépide trio. «Cette aventure-là, en fait, nous permet de nous entraîner, de nous préparer pour une autre expédition qui va avoir lieu en Amérique du Sud», rappelle-t-il.

«On veut faire le centre de l’Amérique du Sud en vélo, en radeau et c’est exactement ce qu’on s’en va faire sur le fleuve. On va changer le radeau pour une banquise et on apporte nos vélos pour revenir à Trois-Rivières après», dit-il. Ces vélos de marque Picolo, dont l’armature est en frêne et qui sont fabriqués à Montréal, ils les utiliseront sur la ou les banquises pour bouger et se réchauffer.

Rappelons que la Garde côtière canadienne a fortement déconseillé cette expédition. «La Garde côtière joue son rôle de bon père de famille», reconnaît M. Dion. «Elle déconseille de le faire, mais est-ce que vous avez fait ou pas fait tout ce que votre père vous a déconseillé de faire, dans la vie? Si on est prêt, si on a fait nos devoirs, on peut se lancer dans l’aventure tout en étant sécuritaire», estime-t-il, fort de ses expériences passées.

Ce genre d’aventure, qu’elle soit sur une banquise qui dérive ou sur un radeau, représente la même dynamique d’équipe, explique Jacob Racine. «Tous les problèmes qu’on va rencontrer, les dislocations ou bouger pour éviter la voie maritime, vont éveiller tout notre système de débrouillardise et ça, c’est exactement ce qu’on veut développer, car lorsque nous serons sur une des sources de l’Amazone, il va falloir que ce système-là soit extrêmement aiguisé», faisait-il valoir jeudi matin.

«Ici, c’est le froid qui est mordant, en Amérique du Sud, ça va être les piranhas», renchérit Frédéric Dion en arborant un sourire un peu narquois.

Le bateau à partir duquel ils aborderont les banquises sera leur planche de salut si quelque chose tourne mal. Les trois aventuriers sont également habillés pour faire face au pire, car ils portent une combinaison étanche (drysuit). «Je pourrais nager dans la rivière Saint-Maurice et il n’y aurait aucun problème», assure Frédéric Dion.

Le trajet devait être de 125 kilomètres et, selon les plans d’origine, se terminer vendredi soir, au quai des Cageux, à Québec, entre 18 h et 19 h. Reste à voir ce que l’arrêt de la nuit dernière aura comme incidence sur leur aventure.

Les joyeux «naufragés» volontaires sont bien équipés pour la descente du fleuve à dos de banquise. «On va avoir des lumières stroboscopiques, des feux de positionnement. On a aussi des cornes de brume pour être entendus et on prépare un feu d’artifice à notre arrivée», précisait Daniel Barriault.

Les trois aventuriers se permettront un peu de bon temps au cours de cette expédition. Ils disposent d’un réchaud et se concocteront rien de moins qu’une «fondue au fromage avec un petit vin blanc», précise Jacob Racine. «On a aussi des pâtes farcies aux quatre fromages», précise-t-il.

Une équipe de tournage accompagnera les trois hommes qui entendent bien faire des conférences, à leur retour, pour raconter les détails de leur aventure.