En octobre 2018, un motocycliste est mort dans un accident survenu deux jours après la légalisation du cannabis.
En octobre 2018, un motocycliste est mort dans un accident survenu deux jours après la légalisation du cannabis.

Conduite et cannabis: une coroner recommande à la SAAQ «d’intensifier ses efforts de prévention»

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Une coroner de l’Outaouais recommande à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) «d’intensifier ses efforts de prévention» sur la conduite après la consommation de cannabis à la suite la mort d’un motocycliste survenue deux jours après la légalisation de cette substance au pays.

Le 19 octobre 2018, un résident de La Pêche âgé de 30 ans a péri lorsque sa motocyclette est entrée en collision avec deux véhicules circulant en sens inverse sur la route 105, dans la municipalité de La Pêche.

L’homme était un motocycliste «expérimenté» et «en bonne santé». L’analyse de la scène a permis d’exclure des causes environnementales ou mécaniques, tandis qu’il n’y avait aucune preuve de «manœuvres risquées» ou d’une vitesse excessive, indique la coroner Pascale Boulay dans son rapport d’investigation signé le 27 octobre dernier.

Alors que selon ses proches, le motocycliste n’était pas un consommateur d’alcool ou de cannabis, les analyses toxicologiques ont montré «sans ambiguïté une consommation récente de cannabis dans les heures précédant l’accident».

«Par curiosité»?
«Le 17 octobre 2018, soit deux jours avant l’accident mortel, la consommation de cannabis est devenue légale au Canada, rappelle Me Boulay. Est-il possible que ce profane du cannabis a voulu l’essayer par curiosité, mais n’étant pas familier avec cette substance et possédant peu d’expérience antérieure de consommation (selon ses proches), son seuil de tolérance était faible et ses capacités de conduire auraient été affaiblies suffisamment pour influencer sa conduite? Le lien causal avec la légalisation du cannabis n’est pas démontrable en soi, mais c’est quand même un curieux hasard et un fait qui mérite d’être souligné vu les circonstances.»


« Le cannabis n’est pas une substance banale bien qu’il soit devenu légal et que son effet sur la conduite d’un véhicule peut avoir des conséquences très lourdes incluant un décès. »
La coroner Pascale Boulay

La coroner souligne qu’un rapport produit en 2015 par l’Institut national de santé publique du Québec (INPSQ) «révèle que les effets du cannabis varient grandement d’un consommateur à l’autre selon divers paramètres». «L’INSPQ rapporte aussi dans son rapport que des tests cognitifs menés chez des sujets ayant consommé du cannabis ont montré que les fonctions perceptuelles et psychomotrices sont grandement touchées, poursuit Me Boulay. […] En conséquence, le risque relatif d’accident de la route est presque doublé chez les consommateurs de cannabis malgré la présence de certains comportements compensateurs des conducteurs.»

La coroner ne peut donc exclure que la consommation de cannabis ait «altéré la conduite» du motocycliste. «Cette conclusion demeure la seule option logique et raisonnable à la lumière des faits, des conclusions de l’enquête policière et de la preuve recueillie dans son ensemble, une fois les facteurs mécaniques et environnementaux exclus», précise Me Boulay.

«Pas une substance banale»
Ce décès lui permet «d’insister sur le fait que le cannabis n’est pas une substance banale bien qu’il soit devenu légal et que son effet sur la conduite d’un véhicule peut avoir des conséquences très lourdes incluant un décès». La coroner indique également qu’un règlement oblige la Société québécoise du cannabis (SQDC) à fournir à ses clients un document expliquant les risques associés à la consommation de cette substance, entre autres par rapport à la conduite d’un véhicule.

Tout en affirmant que la SAAQ «fait déjà beaucoup de prévention en matière de conduite avec facultés affaiblies», Me Boulay estime que de tels messages «méritent d’être soutenus».

Elle recommande donc à la SAAQ «d’intensifier ses efforts de prévention auprès de la population notamment les jeunes au moyen de campagnes de sensibilisation portant sur les dangers de la consommation de tous les produits de cannabis (incluant les produits alimentaires) dans un contexte de conduite de véhicule à moteur».