Marc Boily pratique le métier de drag queen depuis 30 ans.

Coiffeur de jour, drag queen de nuit

Petit, Marc Boily ne fouillait pas dans les robes de sa mère. Il n’a jamais particulièrement aimé s’habiller en femme. Et pourtant, c’est ce qu’il fait depuis 30 ans.

C’est un peu par hasard que Marc Boily a commencé, à l’adolescence, à se transformer en drag queen le soir. De fil en aiguille, l’homme originaire d’Alma s’est monté un personnage qui a su se faire remarquer de Montréal à Toronto, en passant par New York et San Francisco. On a également pu le voir dans les séries Cover Girl et Les Bougons, ainsi que dans le film Cruising Bar 2. De retour dans sa région natale depuis dix ans, Marc Boily est coiffeur de jour et se transforme en Karine O’Kay le soir. Il – ou elle, c’est selon – montera d’ailleurs sur la scène du Côté-Cour samedi, en compagnie de son nouvel acolyte Maxim St-Pierre, alias Ivagina Bob Stogonof.

Marc Boily a toujours aimé les arts de la scène. À six ans, il dansait la claquette au sein d’une troupe. « J’ai toujours aimé la danse, le spectacle. Mais, en même temps, j’étais un petit gars, je n’aimais pas tellement m’habiller en fille et je ne portais pas les robes de ma mère ! », lance Marc Boily, lorsque rencontré cette semaine à son salon de coiffure de la rue Poitras, à Arvida.

Adolescent, il a étudié en Art et technologie des médias, puis a complété un baccalauréat en théâtre à l’Université du Québec à Montréal. Mais c’est ici, à Jonquière, que son talent de drag queen est né.

« Ce sont des amis qui m’avaient demandé si je voulais faire un spectacle dans un bar gai, Le Myf à l’époque. J’ai accepté et j’ai aimé ça. On y organisait des concours de Miss Carnaval humoristiques. Petit à petit, j’ai continué à faire des spectacles et j’ai appris le métier. Lorsque je suis déménagé à Montréal pour étudier, j’ai décroché des contrats dans les bars, comme au cabaret L’Entrepôt, qui est l’ancêtre de Chez Mado », raconte Marc Boily, qui peut se vanter d’être la seule drag queen connue du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

À la question si on doit dire « la » ou « le » drag queen, Marc Boily ne sait pas quoi répondre. « Ça ne me dérange pas vraiment. On peut dire les deux. Karine, elle, ça la dérangerait. Elle vous dirait qu’avec le temps que ça lui prend pour devenir une femme, ce serait insultant qu’on utilise le masculin ! », lance Marc Boily, en riant.

Lorsque Marc devient Karine O’Kay, il doit passer environ deux heures devant le miroir. « Devenir une drag queen, ça prend des années de pratique ! Pour devenir bon, ça prend presque un cours à l’université des drags », souligne Marc Boily, précisant qu’il faut être en mesure de pratiquer une foule de formes d’art, telles que la danse, l’animation, l’humour, et le maquillage, entre autres talents fort utiles pour faire ce métier.

« Ah oui, il faut aussi être à l’aise en talons hauts ! », ajoute-t-il.

« J’ai fait beaucoup de théâtre et je dois dire que faire des shows de drag queen, c’est pas mal ce qui est le plus exigeant. Il faut tout faire, en plus d’être capable de faire rire le monde. C’est très prenant », explique Marc Boily, qui constate un engouement pour cet univers dans la région.

Si son art est très bien accepté aujourd’hui, il a longtemps dû expliquer qu’il s’agissait d’un personnage.

« On a longtemps mêlé drag queen et transsexuel. Je ne suis pas une femme ; vous ne me verriez pas aller prendre une bière en robe. Aujourd’hui, les gens comprennent mieux ! Mon entourage m’encourage. Ma mère vient à tous mes spectacles. Des spectacles de drag queen, c’est très amusant. Je fais des spectacles corporatifs, des mariages, des partys de bureau. Ça sort les gens de leur zone de confort, ça les déstabilise. Disons que l’humour des drags, c’est assez décapant ! », note Marc Boily, qui a pu vivre de son art durant quelques années, à Montréal.

Il a fait des spectacles réguliers Chez Mado, ce qui l’a amené jusqu’à San Francisco et New York, notamment. « J’ai aussi été de la distribution de la série Cover Girl. J’ai joué dans d’autres séries, comme Les Bougons et Urgences, dans le temps. J’ai fait de la publicité pour Molson. On me voit aussi dans le film Cruising Bar 2. J’ai vraiment fait des choses intéressantes », raconte Marc Boily, qui, épuisé de la « grande ville », est toutefois revenu s’établir dans sa région natale il y a dix ans, pour étudier la coiffure. Depuis, il tient son salon, à Arvida, en plus de s’adonner à sa passion pour le spectacle.

Le meilleur des deux mondes.

Marc Boily est coiffeur le jour et drag queen le soir.

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UNE TOURNÉE RÉGIONALE DANS LA MIRE

Samedi soir, Marc Boily et son acolyte Maxim St-Pierre fouleront les planches du Côté-Cour, à Jonquière, pour animer une soirée karaoké haute en couleur et en paillettes. Les deux hommes espèrent que cette soirée donnera le coup d’envoi à une tournée régionale. 

Le personnage de Marc Boily s’est toujours spécialisé dans l’animation de soirée de karaoké, d’où son nom, Karine O’Kay. Depuis quelque temps, il voulait partager la scène avec un second personnage et c’est en lançant un appel via les médias sociaux qu’il a fait la rencontre de Maxim St-Pierre.

« Je cherchais un homme pour monter un spectacle, afin de créer une dynamique et une complicité humoristique. J’ai finalement rencontré Maxim et ç’a cliqué », explique Marc Boily. 

Le personnage de Maxim St-Pierre est ce qu’on pourrait qualifier d’anti-drag queen. « En fait, c’est un personnage dans un personnage. C’est Bob, qui sort de prison et qui doit faire des spectacles avec Karine dans le cadre de son programme de réinsertion. Ça ne lui tente pas du tout d’être là, disons ! », explique Maxim St-Pierre, qui porte la barbe et le rouge à lèvres à merveille. 

Après deux soirées organisées à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière au cours des derniers mois et qui ont connu un franc succès, le duo espère que les gens seront au rendez-vous samedi soir, au Côté-Cour. Si c’est le cas, les deux hommes aimeraient faire une tournée des bars de karaoké de la région pour une grande finale tenue dans un théâtre avec les gagnants des différents concours.

Samedi, la soirée commence à 20 h.