Claudie Briand a été reconnue par la Cour fédérale comme une victime du thalidomide, ce médicament utilisé par les femmes enceintes ayant provoqué des malformations congénitales. Elle aura droit à une compensation financière.

Claudie Briand gagne son combat

TROIS-RIVIÈRES — Au terme de démarches qui auront duré trois ans et demi, Claudie Briand vient de gagner son combat contre le fédéral. Elle a été finalement reconnue comme une victime de la thalidomide, ce qui lui donne droit au soutien financier prévu à cette fin et.. à bien plus encore.

«Je vis cette décision comme une reconnaissance. Je n’aurais plus jamais honte. Je vais pouvoir marcher la tête haute. Ce n’est pas que j’avais la tête basse mais j’avais toujours cette fragilité dans la société», a-t-elle indiqué lors d’une entrevue accordée au Nouvelliste mardi. 

Mme Briand, 58 ans, souffre de difformités causées par la thalidomide, ce médicament utilisé pour soulager l’insomnie et les nausées chez les femmes enceintes à partir de la fin des années 50 jusqu’à son retrait du marché en 1962. Sa mère a ingéré le médicament en question durant sa grossesse. C’est son médecin de famille qui lui avait remis des échantillons du médicament sans se douter des conséquences: à sa naissance en 1959 à Baie-Comeau, Claudie Briand était plus petite que la normale et présentait des difformités du côté gauche et au squelette.

En 1991, elle a fait une première demande d’indemnisation en vertu du décret financé par Santé Canada mais sans succès. On lui avait répondu que le médicament n’était pas disponible au Canada lors de la grossesse de sa mère. En 2015, Mme Briand est revenue à la charge dans le cadre du Programme de contribution à l’intention des survivants de la thalidomide. Second refus: cette fois-ci, c’est l’absence d’une preuve médicale et documentaire de sa condition qui est invoquée.

Qu’à cela ne tienne, la Trifluvienne a porté sa cause en appel devant la Cour fédérale. Le 9 mars dernier, elle a finalement eu gain de cause. «Depuis, je suis très heureuse, contente et même euphorique. J’en ai de la difficulté à dormir. C’est une grosse victoire pour moi. Ça fait trois ans et demi que je travaille là-dessus», a-t-elle mentionné. 

La Cour fédérale renverse en effet la décision rendue initialement en août 2016 par Crawford, l’administrateur du Programme de contribution à l’intention des survivants de la thalidomide dans laquelle on refusait d’indemniser Mme Briand sous prétexte qu’elle ne répondait pas aux exigences d’adhésion. La dame aura donc droit à un montant forfaitaire de 125 000 $ et à une pension annuelle variant entre 25 000 $ et 100 000 $. Plus encore, le juge Peter Annis a conclu que les politiques de ce programme sont déraisonnables au point d’être flagrantes comparativement aux normes de preuves ordinaires applicables au Canada. 

La particularité de cette affaire va bien au-delà des difformités qui affligent Mme Briand. Elle s’est retrouvée confrontée à un processus décisionnel qui lui exigeait de faire la preuve directe de sa situation même si cela était devenu impossible après plus de 50 ans. D’une part, les renseignements sur la naissance de Mme Briand ont été perdus à la suite d’un incendie survenu à l’hôpital de Baie-Comeau. Le médecin qui a donné des échantillons de thalidomide est décédé. Quant à son dossier médical de l’hôpital Sainte-Justine dans les années 1960 et 1961 (incluant le diagnostic la reconnaissant comme une victime de la thalidomide), il n’existe plus.

La Cour fédérale reconnaît qu’il s’agit de malchances et de circonstances exceptionnelles qui l’empêchent de faire une preuve directe et documentaire tel que demandé. C’est pourquoi le tribunal estime qu’une preuve circonstancielle peut être admise. En ce sens, les affirmations de Mme Briand ont notamment été corroborées par un témoin indépendant qui demeurait à l’époque à Baie-Comeau et qui confirme que ledit médecin fournissait des échantillons d’essai de thalidomide aux femmes enceintes à partir de l’automne 1958. Et c’est sans compter des rapports médicaux contemporains qui n’excluent pas la possibilité que ses difformités soient imputables à la thalidomide. 

Cette décision du juge Annis arrive d’ailleurs à point dans la vie de Mme Briand puisque sa condition physique s’est détériorée. Il y a six ans, elle a été obligée de mettre un terme à son travail de psychoéducatrice en raison de la douleur. «C’est le vieillissement prématuré, une conséquence de ma situation. J’ai trouvé ça très difficile car j’aimais mon travail et j’avais un bon salaire. Vous savez, toute ma vie, j’ai dû me battre pour avoir une vie normale, pour combattre ma différence et aller chercher un peu d’estime de soi malgré le regard des gens. La victoire est d’autant plus grande pour moi qu’elle touche à tous les aspects de ma vie, tant sur un plan physique, psychologique, familial que financier», a-t-elle conclu.