Suzanne Mercier a été opérée par le plasticien Francis Meunier. La reconstruction mammaire lui a permis d’arrêter de penser au cancer.

Chasser le souvenir du cancer grâce à la reconstruction mammaire

Encore récemment, les femmes ayant subi une mastectomie ne pouvaient pas se tourner vers la reconstruction mammaire au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Elles devaient se faire opérer à l’extérieur de la région, en raison, notamment, d’un manque de plasticiens. Avec l’arrivée du Dr Francis Meunier, il y a un an et demi, une nouvelle option s’offre à elles. Pour certaines, la reconstruction leur permet de faire un trait sur le cancer et de chasser le mauvais souvenir que leur rappelle leur poitrine opérée.

Environ 10 % des femmes ayant été victimes d’un cancer du sein choisissent la reconstruction mammaire après leur guérison. Qu’elles aient subi une mastectomie totale ou partielle, elles ont droit à une chirurgie.

Il y a une dizaine de jours, la première édition saguenéenne du Breast Reconstruction Awareness (BRA) Day se déroulait à Chicoutimi. C’est d’ailleurs le Dr Francis Meunier et sa collègue chirurgienne Sandrine Bouchard, récemment arrivée au département de plastie de Chicoutimi, qui avaient organisé l’événement, en collaboration avec la Société canadienne du cancer. C’était pour informer les dames atteintes d’un cancer que l’événement avait lieu. Toute l’information sur la reconstruction mammaire leur était expliquée.

« Il y a un gros manque d’information quant à la reconstruction après un cancer. Seulement 10 % des femmes y ont recours, alors qu’elles y ont droit. C’est un peu parce que ce n’était pas vraiment disponible ici », a expliqué Dr Meunier. Depuis son arrivée en sol saguenéen, le plasticien réalise une dizaine de cas par mois et plusieurs patientes se déplacent à son bureau après leur traitement.

Plusieurs femmes avaient participé à l’événement Bra Day, la semaine dernière, à Chicoutimi.

C’est d’ailleurs le cas de Suzanne Mercier, qui a subi une chirurgie en 2016, lorsqu’elle a appris qu’elle souffrait d’un cancer du sein. « Je n’ai pas eu de mastectomie complète, mais j’avais le sein pas mal amoché. Je ne savais pas trop si c’était possible de me faire arranger ça et c’est un peu par hasard que j’ai rencontré Dr Meunier », a expliqué Mme Mercier, lors d’une entrevue avec Le Progrès.

En effet, c’est lorsqu’elle a accompagné son mari à un rendez-vous à Québec qu’elle a été référée au nouveau plasticien de Chicoutimi. Son mari devait subir une chirurgie à la main et son dossier est arrivé sur le bureau du nouveau plasticien, Francis Meunier.

« Ce n’était pas une obligation dans ma tête. J’étais même un peu mal à l’aise. Je me demandais ce que les autres allaient penser de moi, parce que j’étais guérie et j’avais peur qu’on me juge parce que je décidais de retourner me faire opérer. Mais je l’ai fait et je n’ai pas eu à expliquer ma décision. La reconstruction m’a permis d’arrêter de toujours penser au fait que j’avais eu le cancer. En voyant mon sein tous les jours de cette façon, je ne pouvais pas l’oublier. La reconstruction donne de l’espoir aux femmes », a expliqué la dame, heureuse que cette option soit maintenant accessible aux femmes du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le taux de survie du cancer du sein était de 73 % en 1986. Il est de 88 % aujourd’hui.

Le plasticien Francis Meunier réalise une dizaine de reconstruction par mois.

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DE LA PROTHÈSE AU TATOUAGE DU MAMELON

Une cinquantaine de femmes se sont présentées à l’événement BRA Day, il y a une dizaine de jours à l’OTL Gouverneur, à Chicoutimi. Des femmes en plein traitement, d’autres en rémission et certaines guéries depuis des années. Elles souhaitaient toutes avoir des informations sur la reconstruction mammaire, qui peut être réalisée de différentes façons. 

Les plasticiens Francis Meunier et Sandrine Bouchard ont expliqué comment ils s’y prenaient pour sculpter de nouveaux seins après la maladie. En cas de mastectomie partielle, c’est-à-dire lorsqu’une partie du sein a été amputée, une mastopexie (un redrapage du sein) peut-être faite à partir de la graisse de la patiente ou grâce à l’ajout d’une prothèse. 

Dans le cas d’une mastectomie totale, la chirurgie reconstructrice peut s’avérer plus longue et plus pénible, mais rares sont les cas inopérables. Même si la peau de la patiente a été brûlée par la radiothérapie. Même si l’opération a eu lieu il y a de nombreuses années. « C’est très rare qu’on ne puisse rien faire », a indiqué Dr Meunier. 

Pour reconstruire un sein, le plasticien peut utiliser la graisse de ventre de la patiente. « Il faut que la patiente ait du ventre à nous donner ! Sinon, on peut utiliser du muscle du grand dorsal, c’est-à-dire des tissus du dos. Ces deux chirurgies ont l’avantage d’utiliser les tissus de la patiente, mais elles laissent des cicatrices », a expliqué Sandrine Bouchard. Quant à l’option des prothèses synthétiques, elles comportent le désavantage de devoir être changées en cours de route, ce qui n’est pas le cas si on utilise le tissu de la patiente. 

Et le mamelon dans tout ça ?

« Certaines femmes choisissent de ne pas avoir de mamelon, elles veulent seulement avoir un sein pour l’esthétisme en maillot de bain ou en soutien-gorge. D’autres peuvent se faire tatouer un mamelon par un professionnel, c’est d’ailleurs ce qui est le plus commun », a expliqué Dr Meunier.

« Si la patiente a un mamelon assez volumineux, il est possible d’en prendre un peu sur le sein non touché par le cancer et de lui en créer un autre sur le sein reconstruit », a ajouté Dre Bouchard, 

« C’est vraiment la patiente qui choisit. La reconstruction n’est pas obligatoire non plus. Ce qu’on veut, c’est le bien des femmes », a ajouté Francis Meunier. 

La reconstruction mammaire est remboursée à 100 % par la Régie d’assurance maladie du Québec.