Danny McConnell

Cannabis: le règlement municipal représente un grand défi pour le SPS

L’application du règlement municipal sur la consommation du cannabis représentera un grand défi, admet le directeur du Service de police de Sherbrooke (SPS), Danny McConnell. S’il sera interdit de fumer le cannabis dans les endroits publics, les patrouilleurs n’arpenteront pas pour autant les parcs ou les rues à la chasse aux contrevenants. « Nous gérerons les débordements, comme pour l’alcool, et nous interviendrons lorsqu’il y aura des abus », résume M. McConnell.

La Ville admettait, lundi, avoir opté pour un règlement plus sévère pour se donner le temps d’évaluer les comportements une fois la marijuana légalisée. Il pourrait y avoir des assouplissements dans les prochaines années. « En votant le règlement un peu d’avance, ça nous aide au SPS. Bien sûr, nous n’avons pas de ressources supplémentaires pour appliquer le règlement, mais nos policiers suivent déjà une formation en ligne. Ils devraient être pas mal avancés le 17 octobre. »

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La lutte au pot illégal se poursuivra après la légalisation

Danny McConnell l’admet, « aucun service de police ne sera tout à fait apte le 17 octobre. Mais on ne va pas virer la ville à l’envers non plus parce que le cannabis devient légal. En fonction des effectifs actuels, nous continuerons de donner la priorité aux crimes contre la personne. Au début, nous fonctionnerons avec les débordements et les abus. Nous ne partirons pas à la chasse aux fumeurs de cannabis ».

M. McConnell croit que d’avoir un règlement sévère, mais clair, surtout, permet non seulement aux citoyens de savoir où la consommation est interdite, mais elle permet aussi d’assurer une vigie pour éventuellement réviser les interventions en fonction de l’acceptation sociale. « Il a été établi que le cannabis serait interdit dans tous les parcs plutôt que de nous coller à la réglementation sur le tabac. Parce que nous avons 195 parcs à Sherbrooke, mais le tabac est permis dans certains d’entre eux. Je vous mets au défi de savoir où il est possible de fumer le tabac. C’est très compliqué. »

Il sera aussi interdit de consommer du cannabis et de se trouver derrière le volant d’un véhicule. Des barrages routiers pourraient être dressés pour prévenir ce genre d’infraction, même si la loi prévoit déjà cette interdiction. « Il y aura des barrages, mais pour le moment, les appareils de détection ne sont pas encore tout à fait fiables. »
Si le maire Steve Lussier avance que les besoins du SPS pourraient entraîner des dépenses supplémentaires de plus d’un million $ en raison de la légalisation du cannabis, c’est à la suite d’une évaluation de Danny McConnell. « J’ai déposé un budget pour estimer les dépenses. Il faut penser à l’équipement de base, comme des trousses d’analyse d’urine, des appareils photo, des drug wipe, mais ce n’est pas une dépense récurrente. Même chose pour la formation. Et la bonne nouvelle, c’est que ce sera probablement soutenu par le ministère. Les frais d’exploitation supplémentaires, eux, seront récurrents. Il reste à voir avec le dépôt du budget municipal. Mais la Ville n’absorbera probablement pas la totalité des coûts en raison des redevances qui sont prévues pour la sécurité publique, en plus des revenus pour les constats d’infraction. »

M. McConnell mentionne qu’il n’y aura pas de quotas pour les infractions concernant le cannabis. « Il y a trop d’inconnus. On ne connaît pas ce que sera le comportement des citoyens. »

Le chef du SPS se dit particulièrement préoccupé par la possibilité de voir augmenter le nombre de problèmes liés à la santé mentale. « C’est une préoccupation grandissante et émergente. »

Enfin, il reste une quantité de points d’interrogation. Par exemple, un individu ne pourra acheter que 30 g de cannabis à la fois... mais pourra en acheter plusieurs fois dans la même journée. Le cannabis vendu à la Société québécoise du cannabis sera par ailleurs timbré, ce qui permettra de le différencier du cannabis illégal. « Le marché noir ne va pas arrêter demain. Nous espérons néanmoins la succursale sherbrookoise de la SQDC d’ici la fin de 2018 ou au début de 2019. »