L’animateur Roch Cholette est dans le collimateur du conseil municipal de Gatineau qui a décrété un boycott de son émission Solide comme le Roch.

Boycott contre Roch Cholette à la Ville de Gatineau

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, une large majorité de son conseil et toute l’administration municipale tournent définitivement le dos à l’animateur du midi au 104,7 FM, Roch Cholette.

Dans une lettre envoyée à la haute direction de Cogeco et aux médias de l’Outaouais, le maire Pedneaud-Jobin explique pourquoi lui, les élus et toute l’administration vont dorénavant boycotter l’animateur de l’émission Solide comme le Roch. 

« Au fil des années, ses entrevues, ses chroniques et ses commentaires ont glissé vers l’arrogance, l’agressivité, le mensonge et le mépris, écrit le maire de Gatineau. Monsieur Cholette n’attaque pas les idées, il s’attaque à l’intégrité des personnes, qu’ils soient élus ou fonctionnaires. Il déforme les faits, invente des scandales, propage de fausses nouvelles. Il a aussi peu de respect pour les faits que pour les personnes. Mauvaise foi, malhonnêteté intellectuelle, volonté de faire du spectacle au mépris de l’information. Il me semble que nous avons là une définition du populisme que vous [Louis Audet, président de Cogeco] dénonciez en septembre. »

La haute direction de Cogeco Media affirme « prendre très au sérieux » la lettre envoyée par le maire de Gatineau. « J’ai pris le temps de bien lire la lettre du maire et je vais l’évaluer comme il le faut, a indiqué au Droit le président de Cogeco Média, Richard Lachance. Il y a des choses importantes dans cette lettre. On va regarder ça de façon très sérieuse avec les gens qui sont visés. »

Le ras-le-bol à la Ville de Gatineau vis-à-vis de l’attitude de l’animateur a atteint un point de non-retour au cours des dernières semaines, si bien que le comité exécutif a voté une résolution, le 31 janvier dernier, donnant la directive que la Ville n’achète plus de publicité dans l’émission de M. Cholette. 

« Toxique pour notre communauté »

Maxime Pedneaud-Jobin rappelle qu’il s’est souvent porté à la défense des médias locaux, « mais favoriser le travail des médias ne veut pas dire tolérer l’intolérable », ajoute-t-il dans sa lettre. 

Selon lui, « le modèle d’émission que Cogeco endosse avec monsieur Cholette est toxique pour notre communauté, contribue à attaquer encore la crédibilité des médias traditionnels ». 

L’envoi et la publication de cette lettre, précise M. Pedneaud-Jobin, surviennent après de nombreuses interventions de sa part auprès de la direction de la station radiophonique au fil des dernières années.

Le maire de Gatineau conclut son intervention en précisant que lui-même, les autres élus et les fonctionnaires de la Ville allaient continuer de participer aux autres émissions du 104,7 Fm afin de ne pas nuire à la station dans son ensemble. 

M. Lachance rappelle que le 104,7 FM est une radio de contenu et d’opinion et qu’un tel créneau peut aussi bien plaire que déplaire. L’important, selon lui, c’est que l’incident n’en reste pas là et que les ponts puissent être rétablis entre la direction de la station et le cabinet du maire de Gatineau. 

« J’ai demandé à notre directeur général à Gatineau, Bob Rioux, d’entrer en contact avec le maire et de prévoir une rencontre pour tenter de dénouer cette impasse-là. Se fermer à tout dialogue n’est pas la bonne chose à faire, de part et d’autre. On va prendre le recul qu’il faut et on va tenter de régler ça avec les gens concernés. »

La lettre du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, envoyé à la haute direction de Cogeco et aux médias de l'Outaouais.
La lettre du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, envoyé à la haute direction de Cogeco et aux médias de l'Outaouais.

UN DÉLUGE DE RÉACTIONS

La décision du maire de Gatineau et de toute son administration  de boycotter l’animateur du 104,7 FM, Roch Cholette, a provoqué un déluge de réactions, vendredi, tant sur les médias sociaux qu’au sein de la faune politique et médiatique régionale. 

L’animateur controversé a d’abord reçu un appui sans équivoque de la part de sa conjointe, la ministre de la Justice et députée de Gatineau, Stéphanie Vallée. « Moi, je l’aime mon chum, alors je ne le boycotterai pas ce soir », a-t-elle écrit sur sa page Facebook, en début d’après-midi. 

Selon nos informations, seuls quatre élus gatinois ont décidé de ne pas emboîter le pas à la démarche du maire et de la majorité du conseil, à savoir Mike Duggan, Jocelyn Blondin, Marc Carrière et Louise Boudrias. « Selon moi, ça va à l’encontre de la démocratie, a indiqué cette dernière. Si j’ai un problème avec l’animateur, je vais le régler moi-même. Je pense que mes concitoyens sont capables de faire la part des choses. » Le conseiller Marc Carrière a écrit sur sa page Facebook qu’il ne boycotterait pas Roch Cholette. « Personne ne contrôlera mon agenda », a-t-il insisté. 

La section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) rappelle pour sa part que monsieur Cholette n’est pas un journaliste et qu’il ne souscrit pas aux règles d’éthique qui encadrent la profession. « La FPJQ ne peut pas applaudir une telle décision […], mais en même temps elle ne peut pas la condamner parce que Roch Cholette refuse de se considérer comme un journaliste et refuse de respecter notre code d’éthique, a indiqué le président régional, Mathieu Lacombe. On ne peut pas défendre le travail de quelqu’un qui n’adhère pas à notre code d’éthique. » Le président de la FPJQ-Outaouais se dit toutefois rassuré quant à l’accessibilité au maire et à l’administration pour les journalistes professionnels du 104,7 FM.

« Je l’élimine de mon environnement »

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, est pour sa part tout à fait à l’aise avec la démarche entreprise par le maire Maxime Pedneaud-Jobin. 

« J’ai toujours trouvé que Roch Cholette allait trop loin dans ses pseudo-analyses, mais au fil des derniers mois, j’ai senti un changement de ton que je trouve inacceptable, explique M. Champagne. La façon dont il traite mes collègues va trop loin. Au lendemain de l’adoption du budget, il m’a qualifié, moi et mes collègues Gilles Carpentier et Nathalie Lemieux, de guidounes. Cela a eu des dommages collatéraux sur des membres de ma famille. Je n’accepte pas ça et je me suis dit qu’assez, c’est assez. Roch Cholette pourra continuer de dire ce qu’il veut, mais moi je l’élimine complètement de mon environnement. »