Bernard Sévigny, ancien maire de la Ville de Sherbrooke, a lancé mardi son livre sur la politique municipale.

Bernard Sévigny: «Je voulais m’isoler»

Pour la première fois en près de deux ans, Bernard Sévigny est revenu sur ses années à la mairie de Sherbrooke. Il s’est longuement adressé aux médias mardi en début de soirée dans le cadre du lancement de son livre L’Aquarium municipal, qui a rassemblé plus d’une centaine de personnes au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke.

M. Sévigny a tout d’abord justifié son silence de près de deux ans qui a suivi son règne de huit ans à la mairie de Sherbrooke.

« Je voulais m’isoler tout simplement, indique-t-il. Une défaite électorale qu’on ne voit pas venir ça fait mal et ça prend du temps. Ça m’a pris quelques mois avant de retomber sur mes pieds et ensuite j’ai entrepris mon livre. Je ne voulais pas me faire contaminer par l’actualité. Je suis redevenu un citoyen ordinaire qui a des opinions et des idées, mais qui ne commente pas sur la place publique. »

M. Sévigny ne nomme personne dans le livre, mais les gens qui ont moindrement suivi l’actualité durant les mandats de M. Sévigny reconnaîtront facilement certains conseillers, politiciens et journalistes. L’ancien maire s’est défendu d’être encore amer face à sa défaite en 2017 et de vouloir régler ses comptes.

« Quand les choses se sont passées, c’était parfois un peu choquant, mais la page est définitivement tournée, explique-t-il. Je ne l’ai pas écrit pour m’en prendre à des personnes. Évidemment, il y a des gens qui n’aimeront pas ça, mais je ne raconte pas ce qu’ils ont fait ou pas fait simplement pour les faire mal paraître. Il y a une utilité. C’est pour illustrer un phénomène. J’ai essayé d’être pédagogique et dans le processus il y a des gens qui peuvent se sentir malmenés. C’était inévitable. »

Steve Lussier à la mairie

Sans le nommer, Bernard Sévigny a abordé, autant dans son livre qu’en point de presse, l’élection de Steve Lussier qui n’avait aucune expérience de l’appareil municipal.

M. Sévigny a déploré le « peu de profondeur » de ses adversaires ainsi que leur manque de connaissance des rouages de la politique municipale.

« Est-ce qu’il faut obliger quelqu’un à être conseiller avant d’être maire? je ne sais pas s’il faut aller jusque-là, lance M. Sévigny. Pour devenir premier ministre, il y a des tests de leadership et de compétences. On a joué à un jeu où les gens ont adhéré à nos convictions et nos façons de faire. Dans le municipal, il n’y a aucun test, c’est un indépendant qui peut arriver. »

Invité à donner son point de vue sur l’administration actuelle, Bernard Sévigny n’a pas voulu embarquer dans ce jeu.

« J’ai beaucoup apprécié Jean Perrault, qui de mémoire, n’a jamais joué à la belle-mère. Et il aurait pu, les occasions ont été nombreuses. Je ne veux pas jouer ce rôle, ça serait irrespectueux. Les gens n’ont pas choisi de m’entendre encore commenter des dossiers. »

Bernard Sévigny confirme n’avoir eu aucun contact avec le maire Lussier depuis les élections.

Rôle des médias

Sans aller jusqu’à qualifier le traitement médiatique qu’il a reçu d’injuste, Bernard Sévigny estime qu’il y a eu de doubles standards.

« J’aurais pu être traité de façon plus correcte, mais je ne parle pas d’un média ou d’un journaliste en particulier, mentionne-t-il. Je parle du comportement collectif des médias, qui fait en sorte qu’ils ont un pouvoir d’influence extrêmement grand. Et il y a des responsabilités qui viennent avec ça et elles n’ont pas toutes été assumées adéquatement. Mais je n’affirme pas que j’ai perdu à cause des médias, car ce n’est pas vrai. C’est un ensemble de circonstances, dont l’usure du pouvoir par exemple. »

Les médias ont aussi un rôle à jouer, selon M. Sévigny, qui est de montrer qui sont réellement les candidats aux élections.

« Le 4e pouvoir devrait exercer avec plus d’acuité le rôle de faire du ‘’portraitisme’’ politique. Ça aurait dû se faire de façon plus systématique. Il y a eu des manquements. Les médias ont une grande responsabilité dans le processus politique et je dis au moins à cinq reprises dans le livre que les médias font, à 95 %, de l’excellent travail, rigoureux, pertinent et nécessaire. Les médias ne sont pas parfaits, tout comme les élus ne sont pas parfaits. »

Un retour en politique ?

Bernard Sévigny a souri lorsqu’il a été questionné sur un retour possible en politique municipale. Sa réponse : un non catégorique.

« En toute modestie, pour avoir été maire d’une grande ville et président de l’UMQ, je pense que j’ai fait le tour du jardin. Je suis maintenant un spectateur de la scène municipale. Je tourne définitivement la page. Est-ce que je vais être réceptif à d’autres paliers de gouvernement ? Ce n’est pas impossible. »

Après l’écriture de son livre, Bernard Sévigny se dit maintenant prêt à passer à autre chose. Il donne pour l’instant un coup de main pour la campagne électorale de sa conjointe Marie-Claude Bibeau, candidate sortante libérale dans Compton-Stanstead.