Cynthia Gagné de Saint-Boniface a remporté une importante victoire dans son combat pour les femmes ayant vécu des complications après l’implantation d’une bandelette sous-urétrale.
Cynthia Gagné de Saint-Boniface a remporté une importante victoire dans son combat pour les femmes ayant vécu des complications après l’implantation d’une bandelette sous-urétrale.

Bandelettes sous-urétrales: victoire et déception pour Cynthia Gagné 

TROIS-RIVIÈRES — Le Collège des médecins donne en grande partie raison à Cynthia Gagné, cette résidente de Saint-Boniface qui mène un combat depuis plusieurs années pour faire reconnaître la nécessité d’aider les femmes qui ont subi de lourds inconvénients à la suite de l’implantation par chirurgie d’une bandelette sous-urétrale. Une victoire toutefois assombrie pour la femme de la région, alors que la ministre de la Santé n’aurait pas l’intention d’appliquer mur à mur les recommandations du Collège des médecins. 

Dans un rapport d’enquête rendu public mardi, le Collège des médecins recommande non seulement le remboursement des frais médicaux imposés aux femmes ayant dû aller se faire retirer ce dispositif aux États-Unis, mais également un moratoire sur l’installation de certains types de bandelettes ayant causé d’importantes douleurs à des centaines de femmes au Québec.

Rappelons que Cynthia Gagné avait vécu des problèmes physiques à la suite de l’implantation de ce dispositif qui permet de prévenir les fuites urinaires à l’effort chez les femmes. Depuis 20 ans, plus de 80 000 femmes se sont fait implanter ces bandelettes. Dans le cas de Cynthia Gagné, le dispositif lui a notamment causé de graves douleurs aux jambes, aux aines, au bassin et aux parties génitales. Grande sportive, elle a même dû cesser toute activité physique.

Dans son rapport d’enquête de près de 60 pages, le Collège des médecins recense des études menées à travers le monde, indiquant que jusqu’à 15 % des femmes peuvent éprouver des effets indésirables après cette chirurgie. Il élabore 17 recommandations allant dans le sens d’une meilleure prise en charge des patientes ayant subi des inconvénients à la suite de cette chirurgie, d’un consentement plus éclairé sur les risques encourus, du rétablissement du lien de confiance entaché entre ces patientes et des urologues québécois, de même que l’implantation de centres spécialisés pour ce type de chirurgie et le développement d’une expertise plus poussée en ce sens au Québec.

Le Collège des médecins a par ailleurs pris la peine de dédier ce rapport à Cynthia Gagné, précisant que sa collaboration et ses efforts pour réseauter les femmes ayant connu ce genre de problèmes — plus de 810 à ce jour ont joint un groupe Facebook fondé par Mme Gagné — aura permis de mieux documenter l’enquête et de prendre conscience de l’importance des séquelles pour les patientes québécoises. Rappelons que l’histoire de Mme Gagné avait notamment fait l’objet de deux reportages d’Enquête à Radio-Canada.

Pour Cynthia Gagné, il s’agit d’une belle victoire, même si le combat est loin d’être terminé. «Ce rapport est un beau portrait de la réalité vécue par ces femmes. On sent bien que le Collège a pris la peine de nous écouter et je le remercie», indique-t-elle, ajoutant que le mérite ne lui revient pas entièrement, mais revient à toutes les femmes qui ont accepté de témoigner sur sa page Facebook.

Réaction

Par contre, selon Radio-Canada, la ministre Danielle McCann n’aurait pas l’intention d’appliquer complètement les recommandations du Collège des médecins. Le remboursement des frais encourus pour se rendre aux États-Unis seront remboursés aux femmes, mais seulement jusqu’à la date du dépôt du rapport, soit mardi. Pour Cynthia Gagné, cette décision est très décevante, puisqu’elle privera des centaines de femmes qui souffrent actuellement et qui n’ont pas pu donner un consentement éclairé au traitement de pouvoir être aidées rapidement.

«L’implantation de centres spécialisés au Québec prendra des mois, voire des années, car on ne peut pas développer une expertise comme celle-là du jour au lendemain au Québec. C’est une grande déception parce que les médecins québécois n’ont pas encore fait la démonstration qu’ils étaient en mesure de procéder au retrait total sans séquelles pour les femmes. Je ne comprends pas pourquoi les femmes à qui on a posé ces bandelettes sans qu’elles en connaissent les véritables conséquences ne puissent pas avoir les mêmes droits que celles qui sont déjà allées aux États-Unis. Ces femmes ont mal présentement, et elles ont perdu confiance au système québécois», indique-elle. 

Cynthia Gagné dit également être peu satisfaite du contenu de l’annexe 4 du rapport, qui fait état du projet de protocole de prise en charge des patientes ayant subi des complications. Le protocole aurait été élaboré par des urologues, et, selon Mme Gagné, serait à toutes fins pratiques un reflet de ce qui se passe actuellement au Québec. «On voit que l’on priorise encore les retraits partiels. Pourtant, des témoignages qui ont été fournis au Collège des médecins, 47 femmes ayant vécu un retrait complet aux États-Unis disent que tout va bien, alors que 57 ayant eu un retrait partiel au Québec ne vont toujours pas mieux. Il y a encore du chemin à faire dans la mentalité des urologues au sujet du retrait complet», croit-elle, se disant confiante que des changements seront apportés.

Cynthia Gagné martèle qu’il est primordial d’imposer dès maintenant un moratoire sur l’implantation de deux types de bandelettes plus problématiques, les TVTO (Tension-free Vaginal Tape) et les TOT (Trans-Obturator Tape), ce que la ministre ne s’est toujours pas engagée à faire.

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