Gatineau devrait devenir la première grande ville du Québec à autoriser le jeu dans la rue. 
Gatineau devrait devenir la première grande ville du Québec à autoriser le jeu dans la rue. 

Autoriser le jeu dans la rue pour rapprocher les voisins

À moins d’un très peu probable revirement de dernière minute, Gatineau deviendra officiellement la première grande ville du Québec, mardi, à autoriser le jeu dans la rue. Elle emboîte ainsi le pas à la Ville de Belœil qui le permet depuis 2016 à la grande satisfaction de ses citoyens.

C’est le conseiller du district 6, Pierre Verret, qui a mené ce dossier à Belœil. Près de quatre ans plus tard, il est à même de constater les bienfaits de la mesure, parfois là où il ne s’y attendait pas.

« On pense souvent que c’est surtout pour les enfants et ça marche, dit-il. Il y a une rue chez nous qui compte jusqu’à neuf buts de hockey. Ça donne une idée de l’engouement. Mais ce n’est pas que ça. C’est aussi pour les parents. D’abord, ils sortent plus souvent jouer avec les enfants du quartier, mais c’est aussi une façon de pouvoir garder un œil sur eux, et ceux des autres. »

M. Verret explique que le jeu dans la rue a rapproché des voisinages, permis de créer des liens plus forts dans les quartiers et de mobiliser les gens. « Dans certains cas, ç’a même mené à l’organisation de fêtes de voisins », note-t-il.

Aucun incident

Le conseiller touche du bois en affirmant qu’aucun incident grave n’a été observé depuis l’instauration du jeu dans la rue à Belœil. « Il y a eu une plainte d’une madame qui craignait que les jeunes endommagent sa voiture et c’est pas mal tout », lance-t-il. M. Verret précise toutefois que la vitesse a été réduite à 30 km/h dans les rues visées. À Gatineau, cette vitesse est jusqu’à maintenant maintenue à 40 km/h.

La Ville de Gatineau doit procéder sous peu un appel d’intérêt auprès des citoyens intéressés à faire autoriser le jeu libre dans leur rue. Le service des communications n’a pas voulu préciser quand ce sera fait exactement, ajoutant, lundi, que le conseil municipal devait d’abord se prononcer officiellement dans ce dossier.

La présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, souhaite que les citoyens soient nombreux à tenter l’expérience. « C’est le genre de projet qui peut mener plus loin, dit-elle. Ça peut mener des quartiers à se mobiliser, à évaluer quels sont leurs problèmes et trouver des solutions pour les régler. Le jeu dans la rue, on l’a vu à Belœil, a été le déclencheur pour certaines communautés. Ça mène à des rues où les gens se parlent plus. Ça fait des rues plus sécuritaires et plus agréables. »

Se soucier les uns des autres

Pour certains citoyens, il pourrait s’agir d’une première action de mobilisation dans leur quartier, explique Mme Amyot. « Ce n’est pas un élu ou un fonctionnaire qui, dans son bureau, sortira une carte et décidera des rues les plus propices. Ce sera à la communauté de se mobiliser. Le citoyen qui veut autoriser le jeu dans sa rue ira consulter et mobiliser ses voisins. Ensemble, ils proposeront une candidature. D’un coup, des gens qui ne se parlaient pas vraiment deviennent des bons voisins. »

En autorisant le jeu dans la rue, Gatineau se donnera un outil pour inciter les enfants à jouer dehors, plus souvent, mais la Ville propose aussi aux adultes un moyen pour que leur quartier gagne en cohésion sociale et s’approprie le pouvoir d’agir, ajoute Mme Amyot. « Ce genre de gain là est valable pour toutes les communautés, dit-elle. Les très favorisées où tout le monde a sa grosse maison et sa grande cour, mais où personne ne se parle, sont aussi des communautés dévitalisées parce qu’il n’y a pas de cohésion sociale. La cohésion n’a rien à voir avec le fait qu’on vive dans une communauté plus ou moins favorisée. Quand les gens se parlent, ils se soucient les uns des autres. »