Julie Boulet est entrée pour une dernière fois à l’Assemblée nationale, vendredi matin.

Au Salon bleu... pour une dernière fois

Québec — Après 17 années passées à l’Assemblée nationale comme députée de Laviolette, la ministre Julie Boulet a dit au revoir une dernière fois, vendredi, au Salon bleu alors que se tenait la dernière période de questions avant le déclenchement des élections. Celle qui tournera bientôt la page sur la vie politique a pourtant choisi de consacrer ce moment émouvant et historique à ceux qu’elle a un peu délaissés toutes ces années: les membres de sa famille.

C’est une Julie Boulet émotive mais sereine que Le Nouvelliste a eu la chance de rencontrer, vendredi matin, quelque temps avant qu’elle n’entre à l’Assemblée nationale pour une dernière fois. Habituée aux mêlées de presse expéditives et aux questions en rafales, la ministre a clairement pris le temps de laisser tomber les masques et de s’ouvrir à l’occasion de cette journée spéciale, qui marque une étape de plus avant son départ, en octobre prochain.

Au même titre que ses 39 autres collègues de l’Assemblée nationale qui ne solliciteront pas de nouveau mandat, Mme Boulet avait été invitée à dire un petit mot pour souligner cette dernière journée, après la période de questions. Mais elle a refusé cette invitation, sachant que son conjoint Marc et ses enfants Benjamin et Emmanuelle se trouveraient dans les estrades réservées au public, attendant impatiemment qu’elle se libère pour le dîner.

«J’aurais pu prendre la parole, mais ma famille est là. Je vais passer mon tour parce que je veux aller dîner avec eux, car c’est mon anniversaire demain. Depuis deux mois, on a réservé leurs places pour qu’ils puissent être là. J’aime mieux passer un moment avec eux», a-t-elle expliqué, soulignant que pour une fois dans sa vie, elle ferait passer la famille avant la politique.

Une image qui contraste pourtant avec ces années où, consciente de son absence auprès des siens, Julie Boulet a tout fait pour marier du mieux qu’elle pouvait sa carrière politique et son rôle de maman. Jusqu’à ce jour où Benjamin, qui avait besoin de souliers pour son concert de violon, aura déposé son petit pied sur une feuille de papier pour qu’elle puisse en tracer le tour et découper le morceau de papier qu’elle emporta bien au fond de son sac à main.

«J’étais allée magasiner à Québec. Je me promenais dans les boutiques et je rentrais son petit pied en papier dans le soulier ou sur la semelle. J’ai fait ça», lance-t-elle, un soupir dans la voix. Visiblement partagée entre la nostalgie et le soulagement d’arriver au bout du parcours, Julie Boulet s’estime chanceuse de voir aujourd’hui ce que sont devenus ses enfants, malgré le rythme effréné que lui imposait la vie politique.

«Mon garçon, je l’appelais quatre fois par jour. Je me rappelle avoir fait des devoirs et des leçons avec eux au téléphone. Quand j’étais en vacances, j’étais toujours avec eux. Je leur donnais tout le temps que j’avais. Peut-être que mon absence a créé des lacunes chez mes enfants. Mais aujourd’hui je les regarde et ils sont devenus de beaux jeunes adultes. Peut-être qu’ils ont appris autre chose quand la maman était moins présente», mentionne-t-elle, non sans une pointe d’émotion dans la voix.

Car si son fils adore aujourd’hui tout ce qui touche à la politique, sa fille, elle, avait clairement envie que sa maman passe à un autre appel. «Mon fils, il me dirait de ne pas arrêter. Mais ma fille, elle m’a dit: c’est assez, c’est assez maman! Fais autre chose. Prends une pause. Ma fille a été blessée plus que mon fils», confie-t-elle.

Son temps de parole, elle aurait probablement aimé le prendre aussi pour remercier ses électeurs qui l’ont réélue à six reprises dans le comté, sa plus grande fierté dans sa carrière politique. Mais chacun d’eux recevra aussi un petit mot par la poste en octobre, les remerciant d’avoir rendu cette carrière possible.

Parce que c’est avant tout dans son comté que Julie Boulet se sentait le plus à l’aise, bien plus que dans son bureau à Québec. «Je ne suis pas une fan du travail législatif. Moi je suis vraiment mieux dans le comté, dans la région. Je suis là pour les dossiers, les personnes. Ce qui a fait ma marque, ma force, c’est que j’étais très présente sur le terrain. Et tous les dossiers qui m’ont été présentés, je me suis battue pour qu’ils se réalisent. Aider les gens et faire la différence, c’est ce que j’ai aimé le plus», mentionne-t-elle, indiquant que le dossier de la voie de contournement de La Tuque aura certainement été une de ses grandes réalisations dans le comté.

Mais c’est avec une grande sérénité qu’elle dit quitter l’Assemblée nationale, même si elle demeure ministre du Tourisme jusqu’au 1er octobre. «Ma décision a été mûrement réfléchie. Ça a été des années extraordinaires. Des années qui auront changé le cours de ma vie. Mais en même temps, c’est le temps pour moi de partir. Il faut savoir partir, en politique. Je ne voulais pas partir sur le déclin, ou en risquant de perdre. Il faut laisser la place à une nouvelle génération. Je suis venue ici en me disant: je vais faire huit ans, deux mandats. J’ai fait plus que le double de ce que j’avais prévu», constate Julie Boulet.