Dominique Alain a subi des blessures aux extrémités de son corps. Les trois chiens d’Alan Barnes l’ont neutralisé de cette façon.

Attaquée par des chiens, Dominique Alain déjoue les pronostics

À peine trois mois après avoir été attaquée violemment par trois chiens à Potton, Dominique Alain déjoue déjà les pronostics. « On me disait que je ne pourrais probablement ni marcher ni utiliser ma main gauche, à cause de mon triceps qui a été complètement mangé ». C’est pourtant sur ses deux jambes que Mme Alain a accueilli La Tribune, dimanche, pour faire part de sa quête : pousser le gouvernement à durcir les lois encadrant les chiens dangereux.

« Je suis passée du fauteuil roulant à la marchette à la canne. Maintenant, j’ai un support à la cheville pour pouvoir aller marcher avec ma chienne. Je marche comme un robot », décrit Mme Alain, qui a subi 12 opérations. Une autre chirurgie esthétique pourrait avoir lieu dans un an pour son triceps, mais son muscle ne sera pas de retour.

« À l’Hôtel-Dieu, ils m’ont presque pris d’affection. À mes premiers pas avec la marchette, je n’ai fait qu’un petit carré dans le corridor. Ils m’ont attendue et m’ont applaudi à l’arrivée. Ç’a été un moment que je n’oublierai jamais. C’était touchant. Une infirmière m’a même dit qu’elle pensait que je ne marcherais plus », indique celle qui est sortie de l’hôpital lors de la fin de semaine du 22 juin. Elle retourne tout de même à l’hôpital trois fois par semaine. Des bénévoles assurent son transport.

Dominique Alain n’a jamais perdu connaissance lors de l’attaque. Elle se souvient de tout. « [Je me souviens] du moment où les premiers répondants sont arrivés et dans l’ambulance. Quand je suis arrivée à Sherbrooke, j’ai perdu la carte. Ç’a été un long rétablissement. Leo, mon conjoint, me nourrissait. Je devais boire avec une paille. Je ne pouvais pas utiliser mes mains », se rappelle la dame qui a passé huit heures sous le bistouri immédiatement après l’attaque.

La dame faisait du jogging pour la première fois sur le chemin de l’Aéroport lorsqu’elle a été attaquée par les bêtes. Après une journée de ski, celle-ci avait décidé de confier son chien à une amie afin d’aller courir. « Je suis passée devant cette maison et il y avait ces trois chiens déchaînés dans la fenêtre. Je me suis dit “ ils sont à l’intérieur, ça va, une chance! ”, et j’ai continué mon chemin. Quand je suis revenue, j’ai vu qu’il y en avait un à l’extérieur. Il a appelé un de ses compagnons et le troisième est arrivé. J’étais une proie. Je me suis défendue comme j’ai pu », dit-elle. Mme Alain considère qu’elle s’est fait attaquer de la même manière qu’un coyote attaque un chevreuil.

Psychologiquement, Dominique Alain a beaucoup d’aide. « C’est très important. Au centre de réhabilitation, ils ont des chiens Mira. C’était de me réintroduire à un gros chien. Je vis avec ma petite chienne, mais je n’ai pas encore fait face à quelqu’un qui marche avec un chien, je ne sais pas encore comment ça va aller », dit-elle, ajoutant qu’elle n’est pas encore prête à faire face à un chien noir et blanc.

À peine trois mois après avoir été attaquée violemment par trois chiens à Potton, Dominique Alain déjoue déjà les pronostics.

Des chiens bien dressés

Les chiens d’Alan Barnes étaient bien dressés, pense la victime. « Ils ont répondu au premier coup de sifflet qu’il a fait, alors que je pensais que j’allais mourir. Les chiens ont tout de suite répondu, sauf le troisième qui est resté peut-être une minute de plus. En repensant à ça, ça me trouble », avoue-t-elle.

Si aucune accusation n’est portée contre M. Barnes, Mme Alain admet qu’elle serait troublée par la société. « Ce ne sont pas les animaux qui prédominent. La vie humaine est ce qui est le plus important. La société doit faire un choix. J’ai un chien, j’aime les chiens. Mais je ne pourrais pas accepter [qu’il n’y ait pas d’accusation] », révèle la résidente de Mansonville qui souhaite « des règlements très clairs et qu’il y ait un engagement constant des élus ».

Cependant, Mme Alain n’a pas été soulagée lorsqu’elle a appris que les chiens d’Alan Barnes avaient été euthanasiés. « Oui, ils devaient être euthanasiés, mais ça a pris trop de temps. Ça aurait dû se passer dans la demi-heure suivant leur attaque. Pour moi, l’enjeu, c’est qu’il ne faut pas que ça recommence. Ça ne me fait pas plaisir qu’ils aient été euthanasiés, ils n’auraient jamais dû exister », martèle-t-elle, rappelant qu’elle a toujours aimé les chiens.

Des lois plus strictes

Pour la suite, Mme Alain suggère que les lois soient plus strictes pour les propriétaires des chiens. Elle aimerait également qu’une assurance soit obligatoire pour en posséder un. « Le coût devrait être plus élevé si tu choisis d’avoir ce type de chien génétiquement agressif. C’est comme les assurances que tu dois prendre sur ta maison. Ça découragerait probablement bien des gens à posséder ce type de chien. »

« Moi j’ai survécu, tandis qu’il y a trois ans, Christiane Vadnais est morte lors d’une attaque par un chien, continue-t-elle. On ne peut pas oublier qu’il n’y a eu aucune accusation contre le propriétaire de ce chien. Les gens avaient peur de ces chiens. »

Pour elle, la loi devrait être plus sévère. « Maintenant, on a une loi qui est passée, mais qui pourrait être encore plus forte. Au Québec, comme dans toutes les provinces. Le Québec régit des lois, c’est correct, mais ça devrait être uniforme au travers du Canada. Si je vais en Ontario, j’espère être protégée des chiens agressifs et des propriétaires négligents. Malheureusement, j’ai été une victime et je ne suis pas la seule. » D’ailleurs, au même moment où se tenait l’entrevue dimanche, une autre femme s’est fait mordre par un chien dans le coin de Dunham.

Pour la résidente de Mansonville, le propriétaire doit être tenu responsable de ses chiens. « C’est de la négligence. Le chien est élevé pour être un chien de garde. Je pense que ça prendrait un permis, des cours. Ce sont des gens qui ont une préférence, ils vont choisir des chiens qui sont génétiquement agressifs », dit celle qui aimerait rencontrer Lise Vadnais, la sœur de Christiane Vadnais.

Du positif

Dans toute mésaventure, il y a du positif et cet événement ne fait pas exception. « Il y a un amour et un support que je n’aurais jamais pensé avoir. Il y a des gens qui m’aiment et qui me démontrent ça. J’espère pouvoir redonner ce que j’ai reçu », résume-t-elle, émotive, tenant à remercier les premiers répondants et le personnel médical qui s’occupe d’elle.

Pour la suite, elle aimerait refaire du ski de fond et du ski alpin. « J’ai toujours été active, c’est mon bien-être. Je vais continuer à pousser et à ne pas lâcher. Ma sœur a bien hâte de faire du vélo avec moi. »

Dominique Alain