Marie-Sol St-Onge a réussi à marcher 3 km lors de la course Esprit Sain de Nicolet, dimanche.

Amputée des bras et des jambes, elle franchit 3 km

NICOLET — Marie-Sol St-Onge a doublé son record en marchant 3 km lors de la course Esprit Sain de Nicolet, dimanche matin. La marraine d’honneur de l’événement, amputée des bras et des jambes après avoir contracté la bactérie mangeuse de chair, n’avait auparavant pas réussi à dépasser 1,5 km lors de ses entraînements.

C’est sous un tonnerre d’applaudissements et d’encouragements que Marie-Sol a franchi les derniers mètres la séparant du fil d’arrivée de la course, où l’attendaient plus d’une centaine de personnes. L’artiste-peintre était tout sourire et n’en revenait pas elle-même d’avoir réussi à accomplir cet exploit, en un peu moins de deux heures. Avant même de partir, elle était pourtant loin d’être certaine de pouvoir terminer sa marche. 

«Je n’en reviens pas encore. Je savais que le 1 km était à ma portée, mais de faire le 3 km avec le sentier, les gens et tout ça, je ne m’y attendais pas. Quand on a viré à la moitié du parcours, là je me suis dit: oui! Je n’ai pas eu besoin de m’asseoir, à part une fois pour replacer mes pieds. Je me projetais et je sentais que j’allais y arriver», a-t-elle confié après avoir triomphé des sentiers boisés autour de l’hôtel Montfort. 

Son conjoint Alin Robert l’a suivie tout au long de la course, poussant son fauteuil roulant qui n’a finalement pas servi avant le fil d’arrivée. Celui qui a toujours accompagné Marie-Sol dans les épreuves qu’elle a dû traverser depuis sa quadruple amputation, en 2012, l’a encouragée tout au long de la marche. Il a été imité par de nombreux coureurs et marcheurs qui la dépassaient ou la croisaient, 

«J’étais épatée de voir tous ces gens pour m’accueillir, surtout qu’ils ont dû courir avant moi et ils ont fait leur bel effort physique eux aussi, a-t-elle souligné. Finalement, on est tous gagnants aujourd’hui!»

Un pas après l’autre

Même si elle s’est entraînée pendant l’été, commençant par des parcours de quelques centaines de mètres avant d’atteindre le kilomètre et demi, chaque pas à faire représente un défi pour Marie-Sol. «Le défi reste toujours les jambes, si elles suivent la cadence et ne décident pas de bifurquer à gauche ou à droite, a expliqué Alin Robert. Aussi, étant donné qu’elle est amputée mi-fémorale, une douleur se crée, c’est comme si on se cognait constamment le coude, ça fait comme des éclairs électriques. Donc rendu à une certaine distance,
c’est une douleur qui embarque, plus qu’un inconfort ou un problème de jambes.»

Alin Robert n’était jamais bien loin de sa conjointe Marie-Sol St-Onge, prêt à la soutenir... et à lui donner de l’eau.

Si elle a ressenti de la douleur, Marie-Sol ne l’a toutefois pas laissé paraître et ses jambes artificielles ne lui ont pas fait défaut non plus, malgré la difficulté du terrain, plus imprévisible et instable que l’asphalte sur lequel elle s’est préparée. Le secret de la marcheuse pour accomplir cet exploit est fort simple: mettre un pied devant l’autre et recommencer. 

«On se met souvent des limites et on se dit qu’on ne pourra pas les dépasser, a-t-elle indiqué. Mais si on reste positif et qu’on fait un pas après l’autre et bien d’un coup, nos pas nous portent plus loin qu’on pourrait l’imaginer.»

C’est d’ailleurs ce message qu’elle souhaite transmettre en tant que marraine d’honneur de la course, dont les profits iront à la Fondation prévention suicide les Deux Rives: de ne pas se laisser abattre par les épreuves que la vie met parfois sur notre chemin et de les surmonter avec fierté. «Avec tout ce que j’ai traversé, si je peux juste démontrer que ça vaut la peine de se battre, de continuer, parce que la vie est vraiment plus précieuse que toutes les difficultés qu’on peut rencontrer. Et une fois qu’on les traverse, on est super fier. C’est un peu le même sentiment quand on fait une course.»

Plus de 1000 personnes se sont inscrites à la Course Esprit Sain, qui en était à sa 5e édition. Jusqu’à présent, l’événement a versé 68 500 $ à la Fondation. 

Vers une plus grande liberté

Le nouveau record personnel de Marie-Sol l’incite à rêver à davantage de liberté. Si après son amputation, le plus important pour elle était de retrouver l’usage de ses mains, outil essentiel pour l’artiste-peintre, elle souhaite désormais avoir de moins en moins recours à son fauteuil roulant. 

«La neige arrive, donc je vais sûrement moins marcher dehors, mais de plus en plus, je veux laisser le fauteuil roulant dans la valise de la voiture, faire le plus possible de trajets à pied, et là, ça me donne une idée que je suis capable. Ça ouvre des portes, c’est certain.»

Pendant l’hiver, Marie-Sol compte multiplier les coups de pinceau en attendant le retour d’une saison plus propice à la marche. «Mes prochains défis, c’est surtout au niveau artistique. Là, j’ai plein de toiles à produire», a-t-elle confié.