L’entrepreneur Alexandre Dufresne pose dans l’usine de fabrication de Saint-Prime de Joker Sports.

Alexandre Dufresne s'est relevé après la faillite

Après la faillite du Groupe GFX en 2017, l’entrepreneur Alexandre Dufresne s’est retroussé les manches pour relancer une nouvelle entreprise en travaillant avec de nouveaux partenaires d’affaires. Son plan : miser sur la sublimation des uniformes sportifs pour faire décoller Joker Sports à Saint-Prime, sa nouvelle entreprise.

« C’est un marché en plein essor et on n’arrive plus à répondre à la demande », lance fièrement Alexandre Dufresne, qui a mis sur pied l’entreprise Joker Sports avec sa conjointe, Mariève Jobin, et plusieurs partenaires d’affaires en 2017… quelques mois à peine après la faillite du Groupe GFX.

Lancé en 2012, le Groupe GFX a connu un essor fulgurant au début des années 2010, atteignant un chiffre d’affaires d’un million de dollars après quelques années d’exploitation. L’entreprise misait alors sur la vente d’articles promotionnels, la prise de photos dans les événements sportifs et le lettrage. « On s’était éparpillés un peu trop », estime aujourd’hui Alexandre Dufresne.

Ce constat a été particulièrement marquant lorsqu’un des propriétaires de l’entreprise, Jean-Pierre Carlos, qui était l’expert dans la vente, a décidé de quitter. Sans ce pilier qui possédait de bons contacts dans l’industrie, le chiffre d’affaires a chuté de façon draconienne. Et malgré plusieurs tentatives pour remettre le bateau à flot, l’entreprise a dû déclarer faillite en 2017.

L’atelier de couture de Joker Sports.

Ne pas lâcher

Pour Alexandre Dufresne, qui a toujours travaillé pour son propre compte, notamment en tant que photographe, il n’était pas question d’abandonner. « Je voulais continuer, mais GFX n’était plus le bon véhicule », dit-il.

Avec de nouveaux partenaires d’affaires, il décide alors de miser sur un des créneaux développés par GFX : la sublimation d’uniformes sportifs. L’impression par sublimation permet de transférer un visuel d’abord imprimé sur un papier sur du polyester. « J’ai réalisé que d’être spécialiste dans un créneau, c’est mieux que d’être éparpillé sur 50 », soutient Alexandre Dufresne, qui a tiré énormément de leçons de cette faillite, pour lancer Joker Sports.

À l’époque de GFX, l’entrepreneur recevait déjà le soutien de mentors de l’industrie sportive, mais il n’écoutait pas toujours leurs conseils, misant plus souvent sur ses émotions. « Je suis beaucoup plus fort qu’avant parce que je voulais plaire à tout le monde, dit-il. Tout a commencé à bien aller quand je me suis mis à écouter les conseils de mes mentors. La faillite m’a aidé à prendre de meilleures décisions d’affaires, même si ça peut parfois déplaire à certaines personnes ».

D’emblée, Joker Sports a choisi de se spécialiser dans un créneau en pleine croissance, l’impression par sublimation de vêtements sportifs personnalisés, alors que tous ses compétiteurs peinent à répondre à la demande. Bien implanté dans le milieu du hockey, Alexandre Dufresne a rapidement fait connaître son produit auprès des équipes de hockey et de dekhockey. Puis, le mot s’est passé à d’autres clubs sportifs, de baseball, de basketball et de pétanque, par exemple. Des entreprises, dont des mines, qui veulent un chandail à leur image font aussi partie de sa clientèle. Au cours des derniers mois, les chandails kangourou accaparent d’ailleurs 70 % de la production pour la première fois. Ainsi, Joker Sports produit entre 1000 et 1500 chandails sportifs par semaine aujourd’hui.

Lors du procédé d’impression par sublimation, les couleurs sont d’abord imprimées sur un papier avant d’être chauffées dans une presse pour être transférées sur le tissu.

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S'APPROVISIONNER DIRECTEMENT EN CHINE

Pour réduire ses coûts, Joker Sports a pris des mesures importantes. Au lieu de s’approvisionner en encre, en boutons et en papier de sublimation auprès d’un distributeur régional, qui fait affaire avec d’autres intermédiaires, Joker Sports est allé trouver un fournisseur à la source en Chine… permettant de couper le prix en 10 et plus encore.

De bons contacts ont aussi permis à Joker Sports de trouver un fournisseur de polyester recyclé, le matériel qui sera utilisé pour tous les uniformes au cours des prochains mois. « C’est une décision entrepreneuriale pour faire notre part et pour améliorer l’image du produit, même si ça coûte un peu plus cher », note Alexandre Dufresne. 

Avec une demande pour ses produits qui ne cesse de croître, et ce, sans avoir à faire d’efforts de vente, l’entreprise souhaite investir dans des machines plus performantes pour doubler la production. « On pourrait en vendre 100 fois plus parce qu’il y a tellement de potentiel, notamment dans les écoles et dans le reste du Canada, où on est encore peu présents. »

Le hic, c’est que les spécialistes en réparation des imprimantes et autres machines spécialisées qu’ils veulent acquérir se trouvent dans les grands centres. « Une de nos machines est brisée depuis trois semaines et le réparateur n’a même pas eu le temps de venir, parce que les distances sont trop grandes », remarque Alexandre Dufresne, qui estime qu’un service aérien régulier aurait aidé à régler la situation plus rapidement. 

Pour assurer une réparation rapide d’équipements à la fine pointe, les prochains investissements de plus d’un million de dollars devraient se faire en Beauce ou dans la région de Québec. Le siège social demeurera au Lac-Saint-Jean, avec une équipe de graphistes et, possiblement, un atelier de couture, mais la sublimation sera faite ailleurs d’ici environ un an. 

« Étrangement, c’est plus facile de faire financer un projet comme ça à l’extérieur, parce que des conflits personnels ont bloqué le financement auprès de plusieurs institutions publiques », note Alexandre Dufresne. 

L’entrepreneur a aussi lancé l’entreprise Dekhockey Saint-Prime il y a quelques années, une entreprise coup de coeur, qui lui permet de s’amuser, de développer le sport localement… tout en faisant un peu de marketing pour Joker Sports.