«À un certain moment, elle le voit saisir la cliente par les bras avec le déambulateur et la traîner jusqu’à sa chambre. Elle entend alors l’intimé lui parler très fort en lui disant qu’il est temps d’aller se coucher alors que la cliente lui dit de la lâcher parce qu’il lui fait mal», peut-on lire dans la décision de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.
«À un certain moment, elle le voit saisir la cliente par les bras avec le déambulateur et la traîner jusqu’à sa chambre. Elle entend alors l’intimé lui parler très fort en lui disant qu’il est temps d’aller se coucher alors que la cliente lui dit de la lâcher parce qu’il lui fait mal», peut-on lire dans la décision de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Agression d’une dame presque centenaire: un ex-infirmier devant la justice

Un ex-infirmier fait face à des accusations de voies de fait sur une dame quasi centenaire. Les gestes reprochés seraient survenus il y a un an à la résidence Sélection retraite Granby. Congédié par son employeur et faisant face à des accusations criminelles, l’homme de 50 ans vient d’être radié par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Érik Daigle travaillait comme infirmier à la résidence pour personnes âgées de Granby depuis mars 2019. Un accès de colère aurait tout fait basculer à peine quelques mois plus tard, le 30 juin, lorsque l’homme s’en serait pris physiquement à une résidente, que nous nommerons Adèle pour préserver son identité.

Étant donné son état de santé, l’aînée errait dans les corridors à l’occasion. «Elle était d’agréable humeur la plupart du temps même s’il lui arrivait de vouloir quitter la résidence en disant qu’elle n’était pas chez elle. [...] Le personnel la laissait circuler», a révélé l’enquête menée par l’ordre professionnel.

«Lorsqu’il fallait la raccompagner à sa chambre, le personnel utilisait que des consignes verbales et lui montrait le cadre à l’entrée de sa chambre pour qu’elle se reconnaisse. La cliente n’a jamais fait l’objet d’agressivité verbale ou physique envers un membre du personnel ou envers les autres clients. Il n’a jamais été nécessaire non plus d’utiliser une force physique quelconque pour l’inciter à suivre le personnel», peut-on lire dans la décision sur culpabilité et sanction de l’Ordre.

Ce n’est toutefois pas ce qui serait survenu le 30 juin, alors que l’accusé travaillait avec deux préposés de nuit en tant que responsable de l’unité où résidait Adèle. Ce soir-là, elle errait avec sa marchette et parlait fort, «répétant constamment vouloir rentrer chez elle et que ses parents lui manquaient».

«Une PAB essaie de l’aider en lui parlant calmement. [...] La même PAB remarque que l’intimé est plus nerveux cette même nuit. À un certain moment, elle le voit saisir la cliente par les bras avec le déambulateur et la traîner jusqu’à sa chambre. Elle entend alors l’intimé lui parler très fort en lui disant qu’il est temps d’aller se coucher alors que la cliente lui dit de la lâcher parce qu’il lui fait mal. [...] Arrivé devant la porte de la chambre et à défaut pour la cliente d’y pénétrer, l’intimé l’a prise dans ses bras et est entré brusquement dans la chambre, la cliente s’agrippant à une rampe située sur le mur juste à l’extérieur de la chambre.»

Peur 

Les événements survenus à la résidence de Granby ont été captés par des caméras de surveillance. Visiblement excédé, l’ex-infirmier est demeuré assis près de deux heures devant la porte de la chambre d’Adèle par la suite.

Il refusait alors «systématiquement, d’un signe de la main, que ses collègues PAB s’approchent pour discuter. Ceci a entraîné chez elles une peur», mentionne la décision de l’ordre professionnel.

Le lendemain de l’incident, Adèle portait encore les marques des gestes de violence, a remarqué une préposée. De plus, M. Daigle aurait aussi invectivé une collègue la veille de l’incident.

Dignité, liberté et intégrité

Au terme de l’enquête de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Érik Daigle a plaidé coupable aux deux chefs de la plainte déposée contre lui.

Premièrement, d’avoir fait preuve «de violence physique à l’égard de [la] cliente, en la ramenant contre son gré à sa chambre, notamment en la tirant, puis en immobilisant ses deux mains sur son déambulateur, puis en la poussant pour la forcer à avancer contre son gré, puis en la faisant entrer avec brusquerie dans sa chambre.» Puis, de ne pas avoir respecté «la dignité, la liberté et l’intégrité» de l’aînée.

L’Ordre a donc radié l’ex-infirmier pour six mois pour le premier chef de la plainte disciplinaire, ainsi que quatre mois sur le second chef. Ces périodes de radiation seront purgées de façon concurrente si l’intimé réintègre l’ordre professionnel.

Notons qu’Érik Daigle a été congédié par Sélection retraite Granby le 1er juillet 2019. L’enquête a révélé que «l’intimé était un bon employé ayant toujours respecté les employés et les clients et ayant, au surplus, une bonne relation avec ses collègues de travail.»

Justification

Pour sa part, bien qu’il ait plaidé coupable aux deux chefs de la plainte, M. Daigle explique les gestes qu’il a posé sur la cliente par le fait «qu’elle errait, encore tard dans la soirée, et risquait de se blesser, ce pourquoi il a décidé de la raccompagner à sa chambre. Il explique que le dossier de la cliente comportait des notes quant au risque de chute de cette dernière, ce qui, selon lui, a justifié son intervention physique qui avait pour seul but de l’orienter vers sa chambre tout en évitant une chute.»

Il a toutefois concédé «avoir été en colère, étant d’avis qu’il appartenait aux PAB de s’en occuper. À défaut, il a lui-même pris les choses en main», lit-on dans la décision de l’Ordre.

Joint par La Voix de l’Est, Érik Daigle a refusé de commenter. Idem en ce qui concerne Marie-Anick Dumont, directrice des soins chez Sélection retraite Granby.

En ce qui concerne les accusations criminelles, l’ex-infirmier doit revenir devant le tribunal au cours des jours à venir pour la suite des procédures judiciaires entamées en décembre dernier.