C’est à partir d’une boîte de pick-up que les dirigeants syndicaux se sont adressés aux nombreux travailleurs réunis en face de l’Aluminerie de Bécancour.

ABI: vers un long conflit

Bécancour — Lors d’un point de presse qui a permis à de nombreux travailleurs d’exprimer leur solidarité, le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, a évoqué ouvertement un conflit de plusieurs mois à l’Aluminerie de Bécancour en décriant l’attitude de l’employeur.

«On a su que la compagnie avait fermé les deux séries de cuves importantes. Donc, pour les repartir, ça va prendre beaucoup de temps. On pense que ça va leur coûter plus cher d’arrêter ces deux cuves-là pendant plusieurs mois et de les repartir par la suite que d’avoir un contrat négocié immédiatement», a-t-il précisé en entrevue vendredi après avoir traité les propriétaires «d’une gang de sauvages» dans son discours aux syndiqués livré à partir d’une boîte de pick-up.

L’invité du jour sur la ligne de piquetage a rappelé que les Métallos s’étaient déjà frottés à Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2012, lors d’un lock-out dans un contexte similaire.

«Cette compagnie n’hésite pas à faire souffrir des centaines de familles et appauvrir toute une région si leurs intérêts commerciaux sont en jeu. Or, aujourd’hui, on sait qu’ils vont pouvoir faire grimper les prix de plusieurs produits d’aluminium, et peut-être de la prime Midwest américain, tout en continuant de fournir le marché à partir d’usines qu’ils détiennent à 100 % plutôt qu’à 25 %. Il faut parfois se demander à qui profite le crime», s’interroge M. Croteau.

Celui-ci n’a pas manqué de souligner qu’en 2012, au moment de déclencher le lock-out à l’aluminerie d’Alma, il y avait des surplus d’aluminium sur les marchés et «que l’arrêt de production à l’usine almatoise avait contribué à réduire les stocks ainsi que faire monter les prix». 

De plus, M. Croteau a fait remarquer qu’Alcoa est régulièrement en demande de tarifs toujours plus avantageux de la part du gouvernement du Québec et de sa société d’État. «Faut-il voir dans le lock-out une tactique pour semer l’incertitude et peser dans la balance de tarifs d’électricité inférieurs?», a-t-il soulevé comme questionnement.

Le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, et le président de la section locale 9700, Clément Masse, ont tenu un point de presse sur la ligne de piquetage

Pour sa part, le président de la section locale 9700, Clément Masse, a dénoncé le fil des événements. «On a réalisé jeudi que les séries de cuves avaient commencé à être fermées avant même que ne commence la rencontre entre les parties convoquées par le médiateur du gouvernement. Le directeur des ressources humaines a clairement indiqué qu’il n’avait pas de mandat de négocier. C’est à se demander si les vrais enjeux de ce conflit étaient bel et bien à la table de négociations ou dans les intérêts commerciaux des deux géants de l’aluminium», a-t-il dénoncé.

Or, dit-il, cette paralysie de la part des représentants patronaux ne se limite pas à la semaine qui vient de s’écouler. 

«En décembre dernier, alors que les négociations allaient bon train et que des pas importants étaient faits sur le régime de retraite, la compagnie a préféré rompre les négociations et déposer une offre finale plutôt que d’essayer de boucler la boucle avec un règlement négocié», a déploré le représentant des 1030 travailleurs de l’ABI.

Les négociations achoppent sur le régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre, alors qu’une importante vague d’embauches est à prévoir au sein de l’usine. «Il n’y a pas de commune mesure entre le coût d’un arrêt de deux séries et ce qui nous séparait à la table des négociations», prétend M. Masse. 

Selon lui, tant les travailleurs d’ABI que toute la région de la Mauricie vont souffrir «d’un lock-out odieux qui aurait pourtant pu se régler à une table de négociations si les responsables de l’usine en avaient eu le mandat de la part des propriétaires de l’étranger».

Le syndicat réitère son ouverture à reprendre les négociations. «Nous, on attend, on sait que le médiateur reste très disponible. Aussitôt qu’il y a un signe de l’employeur qu’il veut négocier, on va se rendre disponible immédiatement», assure-t-il. «Pourquoi ne pas s’entendre immédiatement et laisser une population souffrir pendant des mois?», renchérit M. Croteau.

Par ailleurs, les instances syndicales affirment être en mesure de soutenir financièrement leurs membres avec les divers fonds de grève des Métallos. 

Déjà, la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) et le Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN), lequel regroupe quelque 650 travailleurs de la Côte-Nord, joignent leurs voix à la section locale du Syndicat des Métallos pour dénoncer le lock-out.

Pour Michel Desbiens, président du Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN), les enjeux qui touchent les travailleurs d’ABI sur les questions du régime de retraite et de l’ancienneté «interpellent les travailleurs que nous représentons». «On ne peut et on ne doit pas laisser passer ce lock-out sans le dénoncer. Voilà pourquoi nous soutenons les travailleurs d’ABI», a-t-il affirmé.