ABI: le délai prolongé par le ministre Boulet

Bécancour — Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, repousse au 21 décembre la date butoir pour permettre aux parties d’en arriver à une entente dans le dossier de l’Aluminerie de Bécancour. Le député de Trois-Rivières accepte ainsi la suggestion du Conseil de médiation de poursuivre les travaux de manière intensive.

«Je compte sur la volonté des parties de négocier et de conclure une entente. C’est pour cela que j’accepte sans réserve de prolonger les travaux du Conseil de médiation. Je considère que le Conseil de médiation est utile et qu’il peut véritablement aider les parties à conclure une entente, mettant ainsi un terme à un conflit dont les répercussions sont majeures pour tous les citoyens et citoyennes des régions du Centre-du-Québec, de la Mauricie et de l’ensemble du Québec», a fait savoir M. Boulet.

Pour aider les parties à conclure leur convention collective, un Conseil de médiation avait été mis sur pied le 7 novembre dernier dans le but de relancer les négociations entre la direction d’ABI et le syndicat représentant les travailleurs de l’Aluminerie afin d’en arriver à une entente avant le 30 novembre 2018.

«Ce que le conseil m’a rapporté mercredi, c’est que les parties n’étaient pas suffisamment proches pour permettre de bien définir les paramètres d’une hypothèse de règlement. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Il faut encore mettre beaucoup d’énergie à rapprocher les parties. Si le 21 décembre, il n’y a pas d’entente, l’hypothèse de règlement, dépendamment du contexte, pourrait demeurer un scénario envisageable encore», a-t-il précisé au Nouvelliste

Le président de la section locale 9700, Clément Masse, n’avait aucun commentaire à faire sur la nouvelle date butoir. «Ce n’est pas moi qui l’avais mis le deadline, ce n’est pas moi qui l’a enlevé, c’est une décision du ministre, du conseil de médiation. On avait embarqué dans le processus qui avait été mis en place par le ministère, le conseil de médiation nous demande de poursuivre les négociations jusqu’au 21 décembre. Nous, on l’a toujours dit, on est prêt à négocier, c’est ça qu’on veut, une entente négociée. Donc, on va négocier jusqu’au 21 décembre comme il nous le demande», a indiqué le représentant syndical.

Pour sa part, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, s’est montré plutôt perplexe devant cette annonce ministérielle, ne sachant trop s’il devait s’en réjouir ou non.

«Je suis un peu embêté. Ça veut dire qu’ils n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente encore. Mais tant et aussi longtemps que les gens se parlent, c’est une bonne nouvelle. Je demeure toujours positif et très confiant que c’est en train de se régler. Même si ça prend du temps, ça fait quasiment un an que ça dure, c’est certain qu’il y a des cicatrices qui vont être longues à faire. On continue à faire notre budget. ABI fait partie de nos citoyens corporatifs les plus importants», a confié le premier magistrat.

Le Conseil de médiation, présidé par Me Lucien Bouchard, est aussi composé de la sous‑ministre adjointe aux relations du travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Me Mélanie Hillinger, et du conciliateur Jean Nolin.

La formation de ce conseil fait suite aux différentes rencontres tenues entre le ministre et les parties prenantes de ce conflit. Il ressort de cette démarche une volonté commune des différents acteurs de reprendre les négociations en vue de convenir d’une entente finale dans les meilleurs délais.

Rappelons que le ministre Jean Boulet a rencontré la direction locale d’ABI, le syndicat des Métallos et, à Pittsburgh, les dirigeants d’ALCOA.

Les trois conventions collectives sont échues depuis le 22 novembre 2017 et l’employeur a décrété un lock-out, le 11 janvier 2018, conformément aux dispositions du Code du travail.

«La solution que je privilégie, c’est que les parties en viennent à une entente. Je ne veux pas, à ce stade-ci, trop envisager d’alternatives. Je fais confiance aux parties, j’ai bon espoir, je demeure totalement confiant. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette demande de prolongation de délai», a conclu Jean Boulet.

Le professeur au département de gestion des ressources humaines à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Jean-Claude Bernatchez, affirme que ce n’est pas inhabituel qu’une date butoir soit repoussée, surtout dans une négociation aussi complexe que celle de l’ABI. 

«Ça fait déjà onze mois qu’ils se crêpent le chignon, onze mois de lock-out», mentionne le professeur de l’UQTR. 

«C’est un enjeu qui a gonflé au fur et à mesure que le lock-out se déroulait. L’employeur a ajouté un enjeu lié à l’organisation du travail.»

Jean-Claude Bernatchez rappelle aussi que le report de la date butoir se produit alors qu’aucune des parties «n’a cassé la table de négociation». «La négociation est quand même difficile, mais elle a lieu et elle se poursuit», précise-t-il. «Dans la remise de cette date, j’y vois que les négociations sont en cours et que les négociations se poursuivent sur des enjeux qui sont complexes qui touchent l’organisation du travail.»

Avec la collaboration de Gabriel Delisle