Bernard Gaudreault

30 mois de pénitencier pour le pédophile Bernard Gaudreault

Le pédophile Bernard Gaudreault, qui a abusé de six jeunes filles âgées de 8 à 13 ans sur une période de 20 ans, a écopé d’une peine de 30 mois de détention. L’ex-bénévole chez les scouts, qui était également chauffeur d’autobus scolaire, a pris le chemin du pénitencier et il ne pourra pas être en contact avec des mineurs durant cinq ans suivant sa libération.

C’est devant une salle de cour bondée que le juge Richard P. Daoust a prononcé la sentence, mercredi matin, au Palais de justice de Chicoutimi. Les victimes de Gaudreault et leurs proches s’étaient déplacés en grand nombre, comme ils l’ont fait à chaque étape judiciaire. Presque toutes les chaises de la salle d’audience étaient occupées. 

Durant les observations sur la peine, qui avaient eu lieu le 15 janvier dernier, la défense, représentée par Me Jean-Marc Fradette, demandait une peine de 18 mois de prison pour l’accusé alors que le procureur de la poursuite, Me Sébastien Vallée, réclamait plutôt 36 mois de détention. Le juge Richard P. Daoust avait pris la question en délibéré. 

Mercredi matin, le magistrat est revenu sur les gestes commis et avoués de Bernard Gaudreault, entre 1997 et 2018. 

L’individu de 57 ans, déménagé à Montréal après sa mise en accusation, avait plaidé coupable en avril dernier à six chefs d’attouchements sexuels sur six enfants et jeunes adolescentes. Gaudreault avait reconnu avoir touché les seins, les fesses et les parties génitales des jeunes filles, par dessus et sous les vêtements. Les gestes ont été perpétrés dans un contexte familial pour certaines victimes et durant qu’il était bénévole chez les scouts, en abusant de petites filles inscrites. Aucune victime n’était liée à son occupation de chauffeur d’autobus scolaire. 

Certaines victimes ont été abusées plus d’une fois, alors que d’autres ont subi les pulsions de Gaudreault à une occasion. Bernard Gaudreault avait notamment admis avoir embrassé les parties génitales de l’une de ses victimes et que s’il continuait à abuser des jeunes filles, c’était parce qu’elles ne le dénonçaient pas.

Le juge Daoust est aussi revenu sur des passages précis du rapport sexologique de l’accusé, dans lequel on apprenait que l’homme avait des pulsions pédophiles depuis une trentaine d’années et qu’il était conscient de sa déviance. Malgré tout, il n’a jamais entrepris de thérapie, sauf lorsqu’il a été arrêté. 

Bernard Gaudreault, un homme sans antécédents judiciaires avant aujourd’hui, avait affirmé avoir une attirance pour les petites filles et qu’il cherchait de l’affection auprès d’elles. 

« Elle dort, elle ne le saura pas », s’est dit l’homme à quelques reprises lorsqu’il commettait ses abus. 

« L’accusé a dit constater que le corps des jeunes filles changeait et qu’il voulait le voir », a affirmé le magistrat. Il a aussi dit avoir développé des sentiments amoureux envers une enfant.

Gaudreault, qui était en liberté durant les procédures judiciaires, avait formulé le souhait de se constituer prisonnier en janvier dernier, lors des observations sur la peine. Il était donc détenu depuis environ un mois, à Roberval. 

Bernard Gaudreault a écouté le juge sans broncher, assis dans le box des accusés, en baissant la tête à plusieurs reprises. Ses victimes ont elles aussi écouté le magistrat avec attention. Le juge a expliqué sa décision en soulevant les facteurs aggravants, tels que le nombre de victimes, l’abus de confiance, les gestes répétés sur une longue période, la vulnérabilité des victimes et les signaux d’alarme ignorés. Il a aussi relevé les facteurs atténuants, comme le plaidoyer de culpabilité de l’accusé, sa thérapie entreprise pour comprendre et soigner ses déviances sexuelles, son absence d’antécédents, ses remords et sa collaboration avec le système de justice. 

Le juge Daoust a répété que les abus envers les enfants devaient être sévèrement sentenciés, tout en s’appuyant sur la jurisprudence. Il a ajouté que les conséquences sur les victimes étaient grandes, qu’elles s’étaient senties meurtries et qu’elles vivaient avec des traumatismes. « Une jeune victime de 11 ans a affirmé qu’elle souhaitait se réveiller et que tout ne soit qu’un mauvais rêve », a noté le magistrat. 

Les parties satisfaites

Les procureurs de la Couronne et de la défense se sont dits satisfaits de la décision du juge. 

Même si la sentence rendue correspond davantage à la suggestion de la Couronne, le criminaliste Me Jean-Marc Fradette a souligné que les efforts de son client et ses remords avaient tout de même été pris en compte dans la décision. « Il faut faire la différence entre un individu qui plaide coupable et qui entreprend une thérapie face à un autre qui nie tout et qui fait subir un procès aux victimes », a expliqué Me Fradette.

Pour Me Sébastien Vallée, en poursuite, la sentence de 30 mois apaise quelque peu les blessures des victimes. « Elles sont soulagées de pouvoir tourner la page et aujourd’hui, elles peuvent le faire », a souligné Me Vallée. Le procureur a parlé d’une peine satisfaisante, qui prenait en compte autant les facteurs atténuants qu’aggravants.