Le fédéral finance la revue d'un groupe religieux au passé houleux

Le gouvernement fédéral finance la publication d'un périodique d'un mouvement religieux controversé, les Apôtres de l'amour infini, par l'entremise d'un programme fédéral de Patrimoine canadien. Certains dirigeants ont déjà dû faire face à la justice, notamment pour répondre de gestes à caractère sexuel réalisés sur des enfants.
C'est le Fonds du Canada sur les périodiques de Patrimoine canadien qui finance cette revue <em>Magnificat</em>.
Depuis l'année 2000, Patrimoine canadien a versé une somme supérieure à 70 000 $ à ce regroupement religieux basé à Mont-Tremblant, qui a été dirigé durant plusieurs décennies par feu Jean-Gaston Tremblay. Il était aussi connu sous le nom de pape Grégoire XVII ou de Jean-Grégoire de la Trinité. Il est décédé à la fin de l'année 2011, à l'âge de 83 ans.
Ces montants ont permis de financer la publication de la revue Magnificat en anglais et en français, avec laquelle le groupe véhicule son message religieux catholique ultratraditionnel. C'est le Fonds du Canada sur les périodiques de Patrimoine canadien qui finance cette revue. Durant la dernière décennie, le fédéral a versé des sommes de quelques milliers de dollars annuellement aux Apôtres de l'amour infini. Lors des dernières années, ce montant a grimpé, pour atteindre 17 000 $ pour l'exercice financier 2011-2012.
«Ce fonds offre une aide financière à des magazines imprimés, des journaux non quotidiens et des périodiques numériques canadiens pour surmonter les désavantages du marché et continuer à publier le contenu que les lecteurs canadiens veulent lire», peut-on lire dans le communiqué de presse publié par le Ministère, le 12 avril dernier, dans lequel on annonçait les éditeurs qui ont pu bénéficier de ces subventions.
Les Apôtres de l'amour infini compteraient quelque 500 membres partout dans le monde, surtout au Québec et en France.
En 1999, Jean-Gaston Tremblay et trois de ses lieutenants avaient été traînés devant les tribunaux pour de nombreux gestes à caractère sexuel, des attentats à la pudeur, de la grossière indécence et des voies de fait commis sur des enfants au cours des années 60 et 70. Lors de la frappe réalisée à la congrégation, en 1999, les policiers avaient trouvé 14 enfants qui avaient été confiés à la Direction de la protection de la jeunesse. Les dizaines de chefs d'accusation contre ces quatre individus avaient été abandonnées en 2001, en raison d'un problème d'archivage de preuves.
Le directeur général d'Info-Secte, Mike Kropveld, présente ce groupe religieux comme une organisation qui exerce un contrôle important sur la vie de ses fidèles. Les membres de mêmes familles auraient été séparés au sein même du regroupement et tous devaient remettre la totalité de leurs biens à la congrégation. Les enfants ne fréquentaient pas l'école publique et l'enseignement qu'on leur faisait de la religion datait du Moyen-Âge.
Un ancien membre des Apôtres de l'amour infini était scandalisé de savoir que le fédéral finance toujours le Magnificat. Il a préféré garder l'anonymat.
«Le fédéral finance toute cette opération de brainwash! C'est complètement ridicule. Ils n'ont pas besoin d'argent, ils sont riches! Et le pire, c'est que le gouvernement du Québec indemnise plusieurs anciens membres par son programme d'indemnisation des victimes d'actes criminels [IVAC]. D'un bord, le fédéral finance le message, et de l'autre, le Québec répare les pots cassés.»
«Il faut que le fédéral arrête de leur donner de l'argent!», a-t-il ajouté.
Victimes indemnisées
Le psychiatre Chris Nowakowski a rencontré une vingtaine de personnes dans le cadre de sa pratique qui ont vécu au sein de ce groupe au cours de leur enfance et qui l'ont quitté depuis. Une dizaine d'entre eux reçoivent aujourd'hui des montants de l'IVAC.
Le spécialiste affirme que ces gens qui ont passé leur enfance au sein de ce mouvement ont une relation tumultueuse avec l'autorité, sont très immatures et présentent de nombreuses carences de développement dans leur personnalité.
Au bureau du ministre de Patrimoine canadien, James Moore, on rejette la décision de verser cette subvention sur le dos des fonctionnaires.
«Les décisions reliées au financement de ces éditeurs sont prises de façon indépendante», a expliqué l'attaché de presse du ministre Moore, Sébastien Gariépy, dans un courriel. «Il ne s'agit pas d'un choix du gouvernement. Le groupe n'a pas déposé de demande pour l'année en cours. Ce groupe ne recevra donc pas d'appui de la part du Ministère.»