Le traversier Madeleine, qui a 38 ans, ne satisfait que partiellement les besoins des Îles-de-la-Madeleine puisque de février à avril, quand les glaces encombrent le golfe Saint-Laurent, il doit céder sa place au CTMA Vacancier.

Le fédéral donne peu de détails sur le navire qui remplacera le Madeleine

CARLETON — Dans son budget déposé mardi, le gouvernement fédéral laisse flotter le mystère en ce qui a trait au remplacement du traversier Madeleine, reliant les Îles-de-la-Madeleine à Souris, Île-du-Prince-Édouard. S’agira-t-il d’un navire neuf ou d’un navire usagé?

Dans son exposé budgétaire, le ministre des Finances, Bill Morneau, a indiqué que son gouvernement fera «l’acquisition de deux traversiers afin de remplacer le NM Madeleine [...] et le NM Holiday Island, qui fait la navette entre l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse».

Une acquisition ne signifie pas nécessairement la commande d’un navire neuf. La députée de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et ministre du Revenu national Diane Lebouthillier ne pouvait «donner des technicalités» sur cette question relevant du ministère des Transports, mercredi, au lendemain du budget.

En avoir «pleuré»

Elle ajoute en avoir «pleuré cette nuit tellement j’avais ce dossier à cœur», en faisait référence aux heures suivant le dépôt du budget. Son bureau devait clarifier la situation mercredi, mais les questions du Soleil sont finalement restées en suspens.

Le Madeleine a été construit en 1981. Il a donc 38 ans. Il a été acquis en 1997 par le gouvernement fédéral, qui en a confié l’exploitation à la coopérative madelinienne CTMA, comme c’était la tradition depuis 1971 avec les traversiers précédents. En plus de son âge, il ne satisfait que partiellement les besoins des Îles puisque de février à avril, quand les glaces encombrent le golfe Saint-Laurent, il doit céder sa place au CTMA Vacancier.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, a indiqué mercredi ne pouvoir «répondre à ça», lorsqu’appelé à éclaircir si un navire neuf remplacera le Madeleine. La porte-parole de la CTMA, Claudia Delaney, n’a pas retourné les appels du Soleil

Le député des Îles-de-la-Madeleine à l’Assemblée nationale, Joël Arseneau, a indiqué ne pas être au courant de ce qui ressemble à un secret fédéral.

«Il ne faut pas oublier qu’il y a deux ans, le gouvernement fédéral a entamé un processus en publiant un appel d’offres afin de vérifier l’intérêt d’entreprises privées pour un contrat de desserte de 20 ans, avec un navire ne pouvant être plus vieux que cinq ans. La CTMA avait réagi vivement parce qu’elle aurait pu perdre ce service. Un géant comme BC Ferries avait manifesté son intérêt. Ce processus semble mis en veilleuse, puisque le gouvernement fédéral dit qu’il fera l’acquisition d’un navire. On est dans les conjectures, mais on peut penser que ce navire n’aura pas plus de cinq ans d’âge. On peut croire que le rôle de la CTMA est sécurisé», analyse-t-il.

Se peut-il que le gouvernement fédéral laisse planer un doute afin de revenir faire une annonce à haute teneur politique, en cette année électorale? «C’est possible», note le député Arseneau. 

Espoir chez Davie

Après les Madelinots, le deuxième groupe le plus intéressé par la possible construction d’un nouveau traversier pour remplacer le Madeleine est constitué des dirigeants du Chantier Davie, de Lévis.

Frédérik Boisvert, porte-parole de Davie, croit qu’il est permis de penser qu’Ottawa optera pour un nouveau navire, non seulement pour remplacer le Madeleine, mais aussi pour le Holiday Island et un troisième traversier, pour Marine Atlantic, une société publique fédérale.

Il pense que ce gouvernement sera tenté de faire entrer ces trois navires dans la Stratégie nationale de construction navale, visant à développer les chantiers canadiens.

«Je ne vous cacherai pas que nous avons l’ambition de les construire tous les trois. On a prouvé avec l’Asterix [un navire livré à la Défense nationale] qu’on pouvait livrer à temps et à l’intérieur des budgets. Nous sommes les seuls avec la capacité de les construire, les autres chantiers canadiens étant occupés avec des contrats fédéraux», précise M. Boisvert.

Il ajoute que Chantier Davie peut offrir au gouvernement fédéral diverses options pour satisfaire ses besoins, notamment «le mode d’approvisionnement novateur déployé pour l’Asterix, en vertu d’un contrat de location garanti de cinq à 10 ans […] On va d’abord laisser la décision au gouvernement», conclut-il.

Le remplacement d’un navire comme le Madeleine est généralement évalué à un intervalle de 200 à 300 millions $. En ajoutant les deux autres traversiers fédéraux, la facture totale, s’ils sont construits et non achetés usagés, devrait dépasser 1 milliard $.