Lena Patterson, directrice principale de eCampus Ontario, était en visite à Québec la semaine dernière pour rencontrer Martin Noël, directeur général de l’Université TÉLUQ, et le ministère de l’Enseignement supérieur.

Le eCampus Québec sur les rails

D’ici l’été prochain, tous les cégeps et les universités devront s’entendre sur une plate-forme commune de cours en ligne. Le gouvernement du Québec est pressé de mettre sur pied un eCampus Québec, question de rattraper le retard actuel.

Cet eCampus, dont le nom officiel n’est pas encore décidé, pourrait prendre la forme d’une simple vitrine Web, qui montre en un clic la variété de cours en ligne offerts par les établissements postsecondaires québécois. Dans sa version plus complexe, il pourrait devenir un véritable campus collaboratif, qui innove et crée de nouveaux cours virtuels.

«Le modèle n’est pas arrêté, mais on devrait arriver avec une proposition au cours des prochains mois», explique Anne-Marie Dussault-Turcotte, attachée de presse d’Hélène David, ministre de l’Enseignement supérieur. 

Une dizaine de groupes de travail, regroupant des experts des cégeps, des universités et de hauts fonctionnaires, seront mis sur pied d’ici les prochaines semaines. «Il va y avoir de grosses discussions, mais ce qu’on veut, c’est consulter nos partenaires, au lieu d’arriver avec une solution toute faite», exprime Mme Dussault-Turcotte. 

Juste avant Noël, la ministre David a rencontré les cégeps et les universités pour les mettre au parfum de l’agenda visé. Michel Patry, directeur de HEC Montréal et président du Bureau de coopération interuniversitaire, croit que la création de ce campus virtuel sera un sujet chaud des prochains mois. «Les demandes sont croissantes pour la formation à distance et il y a un potentiel important. On est dans l’ère du numérique et de la mobilité.»

La première étape selon lui, sera de recenser ce qui se fait déjà en la matière et de bâtir à partir de ça. «On pourrait être surpris, parce qu’il y a déjà pas mal d’action dans plusieurs universités dans ce domaine.»

Déplier des millions

Il croit cependant que le gouvernement devra déplier des millions de dollars s’il veut que ce projet voit le jour. «Ça ne se fera pas à coût nul», avertit M. Patry. Car selon lui, après des années de compressions, les universités n’ont que «des fonds de tiroirs» sur lesquels compter pour se développer du côté numérique. 

Bernard Tremblay, pdg de la Fédération des cégeps, a bon espoir que le ministère de l’Enseignement supérieur accepte de créer un consortium qui soutiendra les cégeps dans leur transformation numérique. M. Tremblay souhaite y retrouver une cellule d’innovation, un centre d’excellence et un centre d’hébergement des technologies. «Ce qui compte est de s’organiser pour répondre aux besoins des étudiants qui évoluent rapidement et avant que les étudiants se tournent vers d’autres offres dorénavant disponibles à travers le monde.»

Perdre des étudiants

Martin Noël, directeur général de l’Université TÉLUQ, croit également que le Québec doit créer un eCampus «rapidement», afin d’éviter de perdre des étudiants, dont certains se tournent déjà vers des formations privées, ici et à l’international. «Le Québec ne s’en sortira pas s’il ne prend pas le virage», croit-il. 

M. Noël salue le mouvement actuel du ministère, qui espère que la plate-forme soit prête au cours de l’année 2019. «C’est ambitieux. Je pense qu’ils veulent bouger [les fonctionnaires], je pense qu’ils voient le retard avec les autres provinces.» Depuis 2002, la Colombie-Britannique, le Manitoba et l’Ontario ont tour à tour créé des campus virtuels nationaux. 

Selon le rapport Tracking Online and Distance Education du chercheur Tony Bates, sorti l’automne dernier, le nombre d’inscriptions à des cours en ligne a diminué de 3 % dans les cégeps et augmenté de 12 % dans les universités québécoises entre 2011 et 2015. Pendant ce temps, en Ontario, la hausse a été de 20 % dans les universités, et de 25 % dans les cégeps. 

La TÉLUQ, qui fait partie du réseau de l’Université du Québec et a le mandat d’offrir des cours à distance depuis 46 ans, souhaite jouer un rôle dans le futur eCampus. «On est prêts à assumer le leadership que le gouvernement voudra bien nous laisser.» M. Noël croit tout de même qu’en collaborant, tout le réseau universitaire québécois ressortira plus fort. «Il faut qu’il y ait un équilibre entre les universités, pour ne pas qu’il y en ait une qui prenne toute la place.»

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LA PETITE HISTOIRE DE ECAMPUS ONTARIO

Lena Patterson, directrice principale de eCampus Ontario, était en visite à Québec la semaine dernière pour partager l’expérience de la province voisine. Invitée par Martin Noël, de l’Université TÉLUQ, elle a été reçue par des représentants du ministère de l’Enseignement supérieur. 

Le gouvernement ontarien a créé eCampus Ontario en 2015, y injectant 72 millions $ sur cinq ans. En quelques clics, l’étudiant peut consulter les 800 programmes et les 16 000 cours collégiaux et universitaires qui sont disponibles en ligne. Plusieurs cours sont reconnus par de nombreux établissements, si bien que l’étudiant, même s’il doit choisir à quel collège ou université il s’inscrit, peut sélectionner certains cours à la carte. 

«Au début, les universités étaient hésitantes à se lancer là-dedans, mais aujourd’hui, on constate vraiment les fruits de cette collaboration-là», explique Mme Patterson. Moins d’étudiants se tournent vers les cours en ligne de l’Alberta, ce qui était le cas auparavant. 

Surtout les 25 à 34 ans

Les 25 à 34 ans sont la tranche d’âge que eCampus Ontario rejoint le plus. Ces jeunes adultes ont souvent déjà vécu une expérience universitaire dans une classe physique et ils cherchent à aller plus loin dans leurs connaissances ou à changer de branche.

Les étudiants universitaires plus jeunes continuent toutefois de remplir les classes des différents établissements.

«À travers le monde, on constate que les adultes ont plus que jamais besoin d’avoir accès à des cours. Les gens ne travaillent plus toute leur vie dans le même domaine et il faut que le monde universitaire réponde à ça», exprime Mme Patterson.