Le Dr Hugo Viens se réjouit qu’on se penche enfin sur la pertinence des soins au Québec, qu’on se demande si l’argent est «bien investi» en médecine spécialisée et qu’on rende les médecins «responsables et imputables».
Le Dr Hugo Viens se réjouit qu’on se penche enfin sur la pertinence des soins au Québec, qu’on se demande si l’argent est «bien investi» en médecine spécialisée et qu’on rende les médecins «responsables et imputables».

Le Dr Viens craint le «biais» de l’Institut de la pertinence

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le gouvernement Legault et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ont confirmé mercredi la création de l’Institut de la pertinence, qui aura notamment pour mandat d’éliminer des actes médicaux superflus. Si le président de la défunte Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Hugo Viens, se réjouit de voir qu’on s’intéresse enfin à la question de la pertinence des soins, il doute que le nouvel institut soit dépourvu de «biais».

Composé de quatre membres du gouvernement et de quatre représentants de la FMSQ, l’Institut de la pertinence sera chargé de gérer les 1,6 milliard $ que le gouvernement veut ponctionner sur quatre ans dans l’enveloppe de rémunération globale des médecins spécialistes. 

D’ici 2022-2023, cet institut devra avoir récupéré 240 millions $ en «pertinence», précise la chef de cabinet du président du Conseil du Trésor, Marie-Ève Bédard. «Il pourrait décider d’éliminer certains actes, d’abolir des primes ou de revoir des tarifs à la baisse en raison des avancées technologiques», illustre-t-elle. 

Mme Bédard assure que les décisions de l’Institut de la pertinence seront basées sur les recommandations des experts. Elle cite notamment les travaux du Collège des médecins du Québec, de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et de la campagne Choisir avec soin. 

Neutralité

«Le rôle de l’Institut, ce sera d’identifier les mesures qui vont permettre d’aller chercher les

240 millions $. Et il va le faire à partir de la science et des données qui existent. Il y aura une obligation de résultat. Les 240 M$, ils devront être livrés», insiste Marie-Ève Bédard.

Le Dr Hugo Viens se réjouit qu’on se penche enfin sur la pertinence des soins au Québec, qu’on se demande si l’argent est «bien investi» en médecine spécialisée et qu’on rende les médecins «responsables et imputables». 

L’AMQ (l’association est maintenant dissolue, mais sa mission est poursuivie au sein de l’Association médicale canadienne), rappelle-t-il, pousse dans ce sens depuis 2014 avec la campagne Choisir avec soins, qui agit comme porte-parole nationale pour la réduction des examens et des traitements inutiles en santé et dont le site internet présente une multitude de recommandations par spécialité médicale. 

Ce que craint le Dr Viens, c’est que le gouvernement mette «tous ses œufs» dans la FMSQ et dans l’INESSS, «qui est très proche de la FMSQ». Il doute que l’Institut de la pertinence ait la neutralité nécessaire pour prendre les meilleures décisions sur la pertinence des actes médiaux. 

«Ce serait dommage que le gouvernement ignore le leg de Choisir avec soin», dit le médecin, qui déplore que le gouvernement québécois ait toujours refusé d’investir dans cette campagne «efficace et dépourvue de biais» comme l’ont fait les autres provinces. 

Au cabinet du président du Conseil du Trésor, on souligne qu’il y aura un «conseil de règlements» qui interviendra quand le gouvernement et la FMSQ ne s’entendront pas, et que l’Institut de la pertinence sera transparent. «L’ensemble de ce qu’il va faire va être rendu public», assure Marie-Ève Bédard.