L’Église Saint-Charles-de-Limoilou
L’Église Saint-Charles-de-Limoilou

Le diocèse de Québec prêt à céder pour un dollar l’église Saint-Charles-de-Limoilou

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
S’il est vrai que l’Église Saint-Charles-de-Limoilou pourrait être mise en vente, la paroisse est toujours prête à la céder pour aussi peu qu’un seul dollar afin d’y maintenir des projets communautaires.

«Le maire réagit à brûle-pourpoint et il n’a pas une analyse fine de la situation dans le dossier.» Au bout du fil, le vicaire général du diocèse de Québec, Mario Duchesne, tient à rectifier certains faits rapportés depuis une semaine et répondre à l’attaque lancée lundi par Régis Labeaume.

Premier acte. Radio-Canada nous apprenait la semaine dernière que la fabrique de la paroisse Saint-François-de-Laval voulait vendre l’ancien lieu de culte parce qu’elle ne pouvait plus payer les frais annuels d’entretien de 80 000$ à 100 000$. 

Espaces d’initiatives, organisme qui tente de faire vivre l’endroit depuis 2015, ne pouvait à partir de juin 2020 reprendre la gestion de l’église et assumer les frais liés à l’entretien du bâtiment comme le prévoit une entente conclut en 2019.

Acte deux. L’annonce d’une vente potentielle à un promoteur immobilier a fait bondir le maire lundi. En juin 2018, un groupe de travail recommandait la création d’une fiducie en collaboration avec le diocèse de Québec pour sauver huit églises d’exception du territoire de la Ville de Québec, dont celle de la 8e avenue. Une somme de 2,1 millions $ était même prévue pour la réfection de l’église Saint-Charles. 

Pour d’obscures raisons, le maire accuse maintenant le diocèse de ne pas vouloir régler le dossier de la fiducie. Du même souffle, il avise tout acheteur potentiel qu’aucun changement de zonage ne sera accordé pour une démolition.

Acte trois. Le diocèse défend sa position. «Ça ne vole pas haut», lance M. Duchesne, au sujet de cette attaque. «Sur la question de la fiducie, la COVID a ralenti les affaires. Malgré tout, il y a une entente de principe, mais on est dans les étapes de travail où on voudrait avoir le contenu de ce à quoi elle ressemblera. Il faut que cette fiducie soit capable de prendre en charge des bâtiments qu’on veut préserver et c’est là qu’on veut mettre les morceaux en place. Si les paroisses n’ont pas les moyens de soutenir ces projets qui le fera», questionne-t-il.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le diocèse veut se départir de deux des sept églises protégées qui sont jugées excédentaires, donc désacralisées. Il s’agit des églises Saint-Jean-Baptiste et Charles-de-Limoilou. Il n’y a aucune volonté des paroisses à continuer de payer pour les coûts d’entretien courant. La vente pourrait se faire au coût symbolique d’un dollar.

Mais plus encore, soutient M. Duchesne, un changement de titre permettrait à un organisme qui en devient propriétaire d’obtenir des subventions auxquelles le diocèse n’a pas droit. «La seule subvention qu’on obtient comme propriétaire est celle du Conseil du patrimoine et ça va uniquement dans la pierre», précise le vicaire.

Épilogue. Sans le dire ouvertement, le maire semble reprocher au diocèse, comme il l’avait fait en 2018, de ne pas délier suffisamment les cordons de sa bourse pour la sauvegarde du patrimoine. La situation à l’église Saint-Charles lui permet de remettre dans l’actualité ce dossier qui traîne depuis deux ans. 

À l’époque, il s’était questionné sur la participation financière du diocèse. «On pourrait se demander où est allé l’argent de la vente de l’église Saint-François-d’Assise», avait-il déclaré. Un exemple utilisé alors pour illustrer que le diocèse pourrait contribuer au fonds en remettant une partie des revenus de la vente d’églises désacralisés qui ne représentent pas d’intérêt patrimonial.

La Ville de Québec et le gouvernement du Québec ont déjà promis 30 millions $ sur dix ans pour la réfection des huit églises.