Le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy, dénonce ce qu’il considère comme une «vente de feu» de la part de la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy, dénonce ce qu’il considère comme une «vente de feu» de la part de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le député Sylvain Roy dénonce la «vente de feu» de la cimenterie McInnis

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
«On est en train de se faire passer un très mauvais deal.» Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, n’est pas tendre envers la Caisse de dépôt et placement du Québec et la «vente de feu» que représenterait l’achat de la cimenterie McInnis par des intérêts étrangers. Il estime que le gouvernement devrait «prendre son temps» et réfléchir à une façon d’intégrer l’usine de Port-Daniel dans la relance économique, notamment en établissant un partenariat public-privé avec celle-ci pour la construction d’infrastructures.

«C’est inacceptable de voir la Caisse se départir d’une usine qui va bientôt atteindre le seuil de rentabilité», a lancé le député péquiste en entrevue au Soleil mercredi, visiblement agacé par les rumeurs voulant que des discussions soient en cours entre les actionnaires, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui possède 27,5 % des actions de la cimenterie, et la brésilienne Votorantim. La Caisse détient 50 % des sièges du conseil d’administration et détient un vote prépondérant en cas d’impasse, ce qui ouvre la porte à une vente, même si les autres actionnaires s’y opposaient.

Sylvain Roy exhorte la CSDQ à «prendre son temps» avant de vendre la cimenterie à des intérêts étrangers, rappelant que l’investissement des Québécois «ne peut que prendre de la valeur» au cours des prochaines années. «Si on a des pertes dans la vente de McInnis, c’est parce que la Caisse veut perdre. Il faut se donner le temps», martèle le député. 

Inclure la cimenterie dans la relance économique

Tant qu’à voir la cimenterie devenir propriété brésilienne, Québec devrait l’inclure dans sa stratégie de relance économique, notamment en utilisant le ciment qu’elle produit pour construire les infrastructures publiques plutôt que de se soumettre aux prix internationaux, croit M. Roy. «Pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas un partenariat public-privé avec la cimenterie, un peu dans le style de la SAQ ou d’Hydro-Québec? Il y a une réflexion à avoir sur un modèle de ce genre à explorer qui pourrait nous permettre de ne pas perdre 500 millions. Je ne veux pas qu’on réinvestisse dans la cimenterie, je veux éviter qu’on perde un demi-milliard collectivement», conclut-il. 

Cette réflexion sur le futur de McInnis comme partie prenante de la relance économique du Québec s’inscrit parfaitement dans la notion de «nationalisme économique» que prône le premier ministre et son parti, selon Sylvain Roy, particulièrement puisque le gouvernement souhaite relancer l’économie en accélérant la construction d’infrastructures. «Vendre à des Brésiliens un investissement faramineux des Québécois avant même qu’il ne soit mûr, c’est inacceptable», martèle-t-il. 

La cimentrie McInnis de Port-Daniel

Si l’usine devait devenir la propriété d’une multinationale, le député craint de voir une entreprise sans lien avec le milieu profiter des ressources de la région avant de plier bagage. «On a de l’expérience avec les multinationales en Gaspésie. Elles viennent s’installer ici, profitent de nos ressources et comme elles n’ont aucun attachement pour la région, quand elles ont finies, elles sacrent tout là et c’est nous qui s’arrangeons avec ce qu’elles laissent», mentionne le député, rappelant notamment le cas de la mine de Murdochville et de la papetière Smurfit-Stone, fermée «sauvagement» en 2005. 

Selon lui, si une compagnie étrangère devenait propriétaire de l’usine de Port-Daniel, le scénario pourrait se reproduire. «Une multinationale, ça n’a pas de sentiments d’appartenance. J’ai peur qu’ils utilisent l’usine au maximum sans nécessairement en prendre soin et que dans 15 ou 20 ans, ce soit terminé», laisse-t-il tomber. 

Changer le paradigme 

Le député de Bonaventure propose une vision différente du rôle de la CDPQ, qu’il juge trop proche des pressions économiques. «Il faudrait penser à migrer vers une autre forme de philosophie pour la Caisse. On devrait sortir un peu de la finance et s’ouvrir à d’autres formes de bénéfices», croit-il. Il soutient qu’en lui donnant un rôle de développement social, le bas de laine des québécois pourrait leur permettre de «se réapproprier leur argent» en investissant dans des projets structurants. «Le rôle de la Caisse mérite réflexion», conclut-il. 

Un projet polarisant 

Lancée en 2014 sous Pauline Marois, l’aventure McInnis avait fait couler beaucoup d’encre, notamment en raison des importants dépassements de coûts qui avaient fait grimper la facture des contribuables à environ 750 millions de dollars. La construction de l’usine a aussi été dénoncée par les groupes environnementalistes, puisque les cimenteries sont particulièrement polluantes et que le projet avait évité l’examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).   

Questionné sur le bilan de McInnis, Sylvain Roy, qui était député lors de l’annonce du projet, a admis que, dès le début, celui-ci s’est révélé particulièrement polarisant. «En Gaspésie, le projet était très bien vu. C’était une bouée de sauvetage. En dehors de la région, ça a été vu comme un gouffre financier», admet le député. Selon lui, si la cimenterie avait été construite ailleurs, la perception du public aurait été toute autre. «Si ça avait été fait à Laval ou à Lévis, jamais on aurait eu la même opposition. Des projets pharaoniques de centaines de millions, il y en a plein au Québec. Pensez juste au Réseau express métropolitain (REM) ou au troisième lien», lance-t-il. 

Le député de Bonaventure blâme les dépassements de coûts sur les problèmes de gouvernance que la cimenterie McInnis a dû traverser lors de construction. «Il y a eu énormément de roulements dans l’administration de l’usine. Je pense que les dépassements de coûts sont en partie dus aux différentes visions des administrateurs», explique-t-il. «Il y aurait peut-être matière à faire une enquête», ajoute Sylvain Roy.