La décision du CHU de Québec de retirer un crucifix, qui était accroché dans le hall d'entrée de l'Hôpital du Saint-Sacrement depuis 1927, avait fait suite à la plainte d'un patient.

Le crucifix «ressuscite» au CHU de Québec

À la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le CHU de Québec a fait marche arrière dans le controversé dossier du retrait du crucifix à l'Hôpital du Saint-Sacrement.
Dans un communiqué diffusé mercredi midi, la direction du CHU de Québec a annoncé que le crucifix allait être réinstallé à sa place initiale, entre deux ascenseurs du hall d'entrée, en fin de journée (mercredi). 
«Le MSSS considère qu'il ne s'agit pas ici de la neutralité religieuse de l'État mais du respect de l'histoire de l'hôpital, du caractère patrimonial religieux et surtout du respect et de la reconnaissance à avoir envers nos mères fondatrices, la communauté des Soeurs de la charité», explique le CHU de Québec.
Le MSSS aurait également demandé, «comme suggéré dans la proposition du diocèse», qu'une note explicative sur le caractère historique et patrimonial du crucifix soit ajoutée. «Cette note sera temporaire dans un premier temps et une plaque d'interprétation permanente sera installée dans les prochains mois», précise le CHU.
Barrette prend ses distances
En entrevue à RDI, mercredi, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a pris ses distances face à la volte-face des dirigeants du CHU. «Ils ont pris eux-mêmes la décision de revenir sur la première, qui pour moi n'était clairement pas la bonne décision», a commenté le ministre, affirmant qu'il n'était pas intervenu personnellement. 
Selon lui, c'est un fonctionnaire qui aurait contacté le CHU de Québec. «La chose que le ministère leur a rappelée est très simple: on a mis en place la loi 10, qui est une réforme qui vise à rapprocher les administrations de la population et on leur a rappelé que dans cet esprit-là, ils devraient écouter la population», a rapporté M. Barrette, qui s'est dit «étonné» de ne pas avoir été consulté avant qu'on décide de retirer le crucifix.
«On est en 2017, pas en 1917. En 1917, il y a un pays qui s'appelait la Russie qui a décidé d'effacer toutes les références historiques et patrimoniales à la religion. Ce n'est pas demain matin au Québec qu'on va commencer à enlever le nom des hôpitaux, parce qu'ils s'appellent Saint-Sacrement, Saint-Joseph ou Saint-Georges», a déclaré le ministre.
Le crucifix installé dans le hall d'entrée de l'hôpital depuis sa fondation, en 1927, avait été retiré à la suite de la plainte d'un patient. La direction du CHU avait dans un premier temps motivé sa décision par le jugement de la Cour suprême du Canada qui a mis un terme aux prières durant les séances du Conseil municipal de Saguenay de même que par le projet de loi 62 sur la neutralité de l'État.
Mardi, elle a évoqué la position de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour justifier le maintien de sa décision. Selon la Commission, «lorsque la clientèle de l'institution est vulnérable, parce que captive, jeune ou influençable, comme dans une école, par exemple, [...] l'exposition à un symbole religieux, tel qu'une croix accrochée au mur, peut revêtir un caractère contraignant incompatible avec les droits et libertés de la personne».
«Ça n'agresse personne», dit Couillard
En point de presse à Rimouski, mercredi matin, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que pour son gouvernement, «la protection du patrimoine du Québec, c'est important». «D'ailleurs, le projet de loi qu'on veut faire adopter qui encadre les demandes d'accommodements prend en compte» le patrimoine du Québec, a souligné le premier ministre.
«Par exemple, l'Hôpital du Saint-Sacrement, personne ne peut le faire changer de nom. Le fait que ça ait été fondé par une congrégation religieuse, il faut s'en souvenir», a-t-il ajouté.
Selon lui, les gens «des autres cultures» ne sont pas dérangés à la vue du crucifix à l'Assemblée nationale ou dans un hôpital. «Je pense que ça n'agresse personne qu'on protège et valorise» le parcours historique du Québec, a-t-il dit. 
Le ministre François Blais, qui disait plus tôt cette semaine souhaiter que le CHU revienne sur sa décision, s'est évidemment réjoui du retour du crucifix à l'hôpital. «Je suis très content, parce que les raisons de l'enlever n'étaient pas les bonnes», a commenté le ministre responsable de la Capitale-Nationale en mêlée de presse. Avec Annie Morin et Simon Boivin
Un homme arrêté pour des menaces
Un homme dans la cinquantaine a été arrêté pour avoir proféré des menaces contre la direction du CHU dans la foulée du retrait du crucifix. 
Le quinquagénaire, dont l'identité n'a pas été dévoilée, a été épinglé mardi soir par la police de Québec, qui a remis le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Le suspect a été libéré le soir même sur promesse de comparaître ultérieurement. 
La police de Québec n'a pas précisé la teneur des menaces, qui auraient été proférées par téléphone. Dans un communiqué diffusé mercredi, elle rappelle que «les citoyens peuvent exprimer leurs opinions et idées, mais le tout doit se faire en toute civilité et en respectant le cadre légal». 
La direction du CHU de Québec avait annoncé mardi qu'une «importante menace à l'intégrité de l'hôpital et de ses dirigeants» avait été reçue.
Le retrait du crucifix a soulevé les passions au cours des derniers jours. Mardi, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, a déclaré que la décision du CHU était «un manque de sensibilité à l'endroit de notre peuple et de son histoire, ainsi qu'un manque de respect envers ces femmes religieuses qui ont fondé l'hôpital et qui y ont oeuvré pendant plusieurs décennies». 
Des centaines de personnes ont appelé ou écrit au CHU pour faire connaître leur mécontentement ou, au contraire, saluer la décision de l'établissement. Des pétitions exigeant le retour du Christ en croix dans l'hôpital ont également circulé, dont l'une a recueilli quelque 13 000 signatures. 
En fin de journée, mercredi, le cardinal Lacroix a salué la volte-face du CHU et rendu hommage «à toutes les personnes qui ont contribué, dans le respect, à ce dénouement heureux».