Le véritable ennemi des soldats canadiens déployés au Mali sera le climat de Gao, chaud et poussiéreux.

Le conflit au Mali en... 450 mots

L’opération PRESENCE des Forces armées canadiennes est commencée au Mali, marquant le retour du Canada au sein des missions de paix des Nations Unies. L’envoi d’hélicoptères et de 250 militaires, bien qu’essentiel aux yeux de la communauté internationale, est une implication relativement marginale considérant que 12 000 Casques bleus sont mobilisés dans ce pays d’Afrique de l’Ouest et de la complexité du conflit qui y a cours. Le Soleil a discuté des principaux enjeux avec le professeur Bruno Charbonneau, directeur du Centre FrancoPaix, qui pilote le projet Stabiliser le Mali.

Le conflit armé a éclaté en 2012, mené par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Une nouvelle rébellion des Touaregs, donc, qui occupent le nord du pays, en plein désert.

Ces derniers n’en sont pas à un premier soulèvement. «Historiquement, on peut remonter en 1960, lors de la création du Mali», explique M. Charbonneau. Depuis tout ce temps, les Touaregs ne se sont jamais reconnu «de liens avec les gens du Sud», où se trouve la capitale Bamako, qui considèrent le Nord comme une région éloignée. «L’intégration ne s’est jamais totalement faite.» 

Conséquence : des tensions ont subsisté et les révoltes se sont multipliées, comme en font foi les rébellions touaregs des années 60, des années 90 et du début des années 2000. Les Touaregs, en quête d’indépendance et d’autonomie, ont subi «la répression», notamment de l’armée malienne.

Le soulèvement actuel est différent. «La différence en 2012, ça a été l’implication des groupes djihadistes», résume M. Charbonneau. Les Touaregs du MNLA, appuyés par des groupes terroristes, ont fait la vie dure à l’armée malienne au Nord, qui s’est retournée contre le gouvernement de Bamako, jugé incompétent. Un coup d’État militaire a suivi en mars 2012, plongeant le pays dans une instabilité profonde.

Six ans plus tard, M. Charbonneau n’est «pas très optimiste». Même que la situation «s’est dégradée» malgré un Accord de paix signé en 2015, notamment par le MLNA et d’autres groupes rebelles affiliés. L’État et les rebelles observent un cessez-le-feu depuis septembre 2017. 

Mais «les groupes armés terroristes fidèles au commandement central d’Al-Qaida ont multiplié les attaques contre les forces armées maliennes, les représentants de l’État, les forces internationales et les groupes armés signataires coopérant avec eux», explique un rapport du Centre FrancoPaix. 

Le conflit s’est déplacé au centre du pays, «où le gouvernement malien est incapable de retourner en force». L’insécurité augmente et le Centre observe une hausse du «banditisme» et du «tribalisme».

L’armée canadienne dans tout ça? Elle aura pour mission d’évacuer les Casques bleus blessés dans ces attaques des islamistes. Comme tel, les «risques sont minimes, marginaux», selon Bruno Charbonneau, puisque les contacts sur le terrain seront quasi inexistants. Le véritable ennemi sera le climat de Gao, chaud et poussiéreux.