Il faudra effectuer des travaux structurels sur le moignon de clocher toujours en place, qui abrite des horloges et les cloches.

Le clocher de l'église Saint-Sauveur voué à la démolition

Toujours laissées en pâture aux éléments sur le parvis de l’église Saint-Sauveur, les trois sections de l’imposant clocher qui surmontait le lieu de culte depuis 1892 passeront un deuxième hiver sous la neige. Et tout indique qu’elles ne seront jamais remises en place, qu’elles seront tout simplement détruites.

À moins d’un miracle, à moins qu’un mécène millionnaire sorte subitement de l’ombre, le sort de la flèche qui s’élevait à près de 200 pieds [61 mètres] vers le ciel est scellé. «Probablement qu’on ne le remontera pas le clocher», révèle le président de la fabrique, Jacques Gauvin, questionné par Le Soleil. 

«Le diocèse est d’accord avec ça. Puis le patrimoine [à la mairie] est d’accord. Eux nous suggèrent de faire faire une œuvre d’art en incluant la croix du clocher pour remplacer le clocher qui est descendu… On s’enligne vers ça.»

La décision finale n’est pas tombée. Le service municipal d’urbanisme milite toujours pour une reconstruction, note M. Gauvin. «Mais, au prix que ça va coûter, il faut être réaliste aussi. […] L’évaluation qu’on a eue après le démantèlement, ça coûterait au-dessus de 1,5 million $, peut-être plus, pour réparer et remonter tel quel.»

«On a d’autres priorités que de remonter un clocher», enchaîne-t-il. «Le million et demi, ça serait mieux de maintenir le bâtiment que remonter un clocher.» D’autres travaux d’envergure s’annoncent. Le toit de tôle, par exemple, avait une vie utile prévue de 100 ans. Il est en place depuis 125 ans, fait valoir Jacques Gauvin. «Il va bientôt “urger”.»

Selon lui, il faut se faire à l’idée : «Les trois morceaux, on oublie ça.»

Un revirement apparaît de plus en plus improbable. «À moins que quelqu’un veuille avoir [le clocher] pour faire de quoi avec, mais… Ils le feront réparer et ils le transporteront.»

Sinon, la structure devrait être «démolie, puis complètement éliminée».

Fonds de 30 millions $

La Ville et le ministère de la Culture n’ont-ils pas annoncé la création d’un fonds de 30 millions $ sur 10 ans pour sauver huit églises patrimoniales de Québec, dont l’église Saint-Sauveur? C’est vrai, convient M. Gauvin. Mais les besoins de ces bâtiments religieux sont tels que la somme apparaît minime.

D’ailleurs, dans une décision du comité exécutif de la Ville publiée jeudi, nous constatons que la quasi-totalité des 3 millions $ de l’année 2018 est déjà octroyée pour des travaux urgents : fenestration, maçonnerie, toiture… Dans la liste, nous constatons que l’église Saint-Sauveur a déjà touché 660 000 $ pour payer une partie de la facture de 825 000 $ produite par les ouvriers ayant démonté le clocher.

Soumissions pour libérer le parvis

Le conseil de fabrique de Saint-Sauveur se prépare donc à demander des soumissions pour libérer le parvis de l’église devenu entrepôt de morceaux de clocher. Comprendre : on cherchera un entrepreneur pour démolir, enlever les débris et nettoyer la place publique faisant face à l’église de la rue des Oblats.

Selon le plan ébauché, un concours pourrait ensuite être lancé par la Ville pour recevoir des propositions artistiques pas trop dispendieuses.

Il faudra néanmoins effectuer des travaux structurels sur le moignon de clocher toujours en place. Cette portion qui abrite des horloges et les cloches n’est pas assez forte pour soutenir une éventuelle œuvre d’art fabriquée avec la croix ferreuse. «Les poutres sont complètement finies», indique Jacques Gauvin.

Même pour ce scénario du pis-aller, les acteurs ne s’entendent pas sur le financement. «Le diocèse, eux autres, ne veulent pas que ça dépasse 400 000 $.» Reste à savoir qui de la Ville, du diocèse ou du ministère de la Culture épongera.

Jacques Gauvin tient, par ailleurs, à rassurer les paroissiens. Quand le dossier aura terminé son cheminement dans les officines des fonctionnaires municipaux, une assemblée sera organisée pour faire le point.

Saint-Sauveur est la troisième paroisse francophone de Québec, après celle de la cathédrale Notre-Dame du Vieux-Québec et celle de Saint-Roch. La paroisse anglophone Saint-Patrick existe depuis la même période. Un premier lieu de culte a été bâti en 1856 sur le site de l’église Saint-Sauveur, mais il a brûlé en 1866. Dès l’année suivante, une nouvelle construction est apparue. Le clocher a été érigé en 1892.