Le Clipper Ranger était immatriculé à Douglas, ville de l'île de Man, une dépendance britannique, lors de son arrivée dans l'archipel madelinot. Il est enregistré depuis le 25 juillet à Cap-aux-Meules.

Le Clipper Ranger bon pour le service

Quatre jours après son arrivée aux Îles-de-la-Madeleine, le cargo Clipper Ranger a réalisé lundi son premier voyage pour la CTMA. Plusieurs éléments de ce rapide démarrage satisfont au plus haut point les dirigeants de cette coopérative chargée de l’essentiel du transport des marchandises et de passagers en direction ou au retour des Îles-de-la-Madeleine.

Le Clipper Ranger possède plus du double de la capacité du navire qu’il remplace, le CTMA Voyageur, vieux de 47 ans, dont les 33 dernières au service de la Coopérative de transports maritime et aérien.

Construit en Espagne et livré en 1998, le Clipper Ranger peut transporter 53 remorques de 53 pieds, comparativement à 22 pour son prédécesseur. Lors de son premier voyage entre Cap-aux-Meules et Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard, il transportait aussi des voitures, de façon à supporter le Madeleine, le traversier desservant l’archipel, qui a bien besoin d’un coup de pouce en période de fort achalandage estival.

«Il a transporté une vingtaine de remorques à son premier voyage, et toutes les autos qui étaient en attente du prochain traversier, précise Emmanuel Aucoin, directeur général de la CTMA. C’est un bon navire. Il va nous être très utile».

La CTMA a loué le Clipper Ranger pour un an, avec option d’achat. Son propriétaire, Challenge Shipping, est britannique et il a passé ses 21 ans d’histoire à relier des ports irlandais, écossais et britanniques entre eux, en fonction de desserte stables. Il mesure 122,3 mètres de longueur, ou 401 pieds.

Malgré sa forme de cargo conventionnel avec superstructure à l’arrière, il est équipé d’une grande porte arrière lui conférant la capacité de prendre à son bord des véhicules, comme un traversier, sur trois ponts, dont le pont extérieur. Il n’a toutefois qu’une capacité de 12 passagers, un usage dont la CTMA ne se sert pas pour le moment.

Investissement de 12 M$

Son acquisition représenterait un investissement d’environ 12 millions $. Son démarrage pour le transporteur madelinien s’est tellement bien passé qu’il faudrait des ennuis majeurs pour que cette acquisition déraille.

«C’est particulier, mettre un navire en service en quatre jours. Il y a l’ajustement aux rampes (de chargement) qui prend généralement du temps. D’habitude, le démarrage d’un navire, c’est majeur. Ça prend des semaines. Nous, ça a été instantané. Il était affecté à des opérations qui ressemblent aux nôtres. Ça aide mais on voit que c’est un bon bateau, qui a été bien entretenu», analyse Emmanuel Aucoin.

Le Clipper Ranger possède plusieurs avantages économiques sur son prédécesseur, dont la possibilité de générer davantage de revenus en transportant plus de marchandises, mais ce n’est pas tout.

 «Il fallait bientôt envoyer le CTMA Voyageur en cale sèche. C’est de 1,5 million à 2 millions $ en partant. Le Clipper Ranger ira en cale sèche seulement à la fin de 2020. Il a une fiabilité accrue, ce qui est normal pour un navire plus jeune de 26 ans. Le CTMA Voyageur a été largement sollicité l’hiver dernier en dépannant la Société des traversiers du Québec à Matane», précise M. Aucoin, en faisant référence à la liaison Matane-Côte-Nord, affectée par les ennuis techniques du traversier F.A.-Gauthier.

Le CTMA Voyageur à vendre

Équipé de deux moteurs développant 9900 chevaux et classé pour la navigation dans les glaces, «le Clipper Ranger consomme du carburant diesel, pas du mazout lourd, ce qui laisse une empreinte (écologique) pas mal moins importante», souligne M. Aucoin.

En plus de la nécessité de valider sur des mois les avantages apparus d’emblée, la décision de l’acquérir dépendra aussi des négociations à venir entre la CTMA et les gouvernements québécois et canadien, qui subventionnent en partie les liaisons maritimes vers les Îles-de-la-Madeleine, parce qu’elles équivalent à la route.

Ottawa appuie le service Cap-aux-Meules-Souris parce qu’il est interprovincial, tandis que Québec finance une partie des liaisons entre Montréal et l’archipel, ou entre Matane et les Îles.

«Le Clipper Ranger nous donnera la possibilité de prendre une partie beaucoup plus grande du transport de marchandises que le CTMA Voyageur à partir de Matane et de Montréal», note Emmanuel Aucoin au sujet de ce service automnal, hivernal et printanier.

La CTMA et les acteurs socio-économiques des Îles-de-la-Madeleine travaillent aussi au remplacement du CTMA Vacancier, vieux de 46 ans, et qui assure une partie du ravitaillement en marchandises entre Montréal, Matane et l’archipel, en plus d’offrir 16 allers-retours comme navire de croisières. La contribution accrue du Clipper Ranger libérerait le remplaçant du CTMA Vacancier pour un plus grand nombre de croisières.

D’autre part, le remplacement du traversier Madeleine a récemment été annoncé par le gouvernement fédéral, qui n’a pas encore confirmé officiellement le choix de la CTMA comme exploitant du futur navire.

Quant au CTMA Voyageur, «si on peut, on le vendra le plus tôt possible. Il est encore capable de naviguer, comme remplaçant», précise M. Aucoin.