Réal Létourneau, à droite, et Mohamed Skimaoui, à gauche, ont eu un échange musclé après la séance de consultation.

Le cimetière musulman entre les mains d'une centaine de citoyens

Le projet de cimetière musulman à Saint-Apollinaire sera vraisemblablement à la merci de l'opinion d'une centaine de citoyens du secteur qui pourraient avoir à se prononcer lors d'un référendum.
La salle communautaire de Saint-Apollinaire était pleine alors qu'une centaine de personnes s'étaient déplacées pour la séance de consultation sur le projet de cimetière musulman dans cette municipalité de Lotbinière.
La salle communautaire de Saint-Apollinaire était pleine mercredi soir alors qu'une centaine de personnes s'étaient déplacées pour la séance de consultation sur le projet de cimetière musulman dans cette municipalité de Lotbinière en présence de représentants de la communauté musulmane et du promoteur Harmonia.
La directrice générale adjointe et responsable de l'urbanisme, Kathy Bergeron, a indiqué d'entrée de jeu qu'une fois le règlement adopté lundi, un registre serait ouvert si 12 personnes du secteur concerné en faisaient la demande d'ici le 26 avril. 
Ensuite, si plus de 50 % des personnes du secteur habiles à voter signent le registre, un référendum sera tenu sur la modification au règlement de zonage qui pourrait permettre la venue du cimetière musulman.
«Ce ne sont pas tous les citoyens de Saint-Apollinaire qui pourront se prononcer, mais bien ceux des secteurs concernés par le projet. Les conseillers autour de la table auraient préféré que tout le monde se prononce, mais on n'a pas le choix. Il faut respecter la loi sur l'urbanisme», a déclaré le maire Bernard Ouellet.
Ce dernier a ajouté qu'il faudrait réviser les listes électorales pour connaître le nombre exact de personnes habiles à voter. «Il y a 88 unités d'évaluation, dont 17 maisons, alors on parle d'une centaine de personnes», a-t-il précisé.
Par ailleurs, si plusieurs citoyens présents ont manifesté leur appui à la communauté musulmane et au projet de cimetière, certains ont exprimé des réticences. Ceux qui se sont exprimés déploraient que le cimetière soit réservé aux musulmans alors qu'il reste peu d'espace dans le cimetière catholique de l'endroit.
Ainsi, Sunny Létourneau a déclaré qu'elle aurait préféré la mise en place d'un cimetière multiconfessionnel. «Depuis une éternité, les confessions ont leurs lieux de culte et leurs cimetières. Ça ne nous empêche pas de travailler et de vivre ensemble», a répondu le responsable du projet, Mohammed Kesri.
Victor-Hugo Castro a présenté une opinion similaire, affirmant qu'il aurait aimé que les musulmans soient enterrés avec les catholiques, mais s'est ensuite livré à une charge en règle contre l'islam et le Coran. «Il y a 25 versets du Coran qui appellent à tuer les mécréants. Nous, dans notre religion, on n'est pas comme ça. Notre religion nous dit de pardonner.»
«Je suis heureux que vous vouliez être enterré avec nous, mais avant de vouloir être enterré avec nous, venez vivre avec nous, partager un repas avec nous et discuter avec nous. Beaucoup de préjugés vont tomber», lui a répondu calmement l'imam Hassan Guillet.
Le ton monte
Le ton a monté un peu plus quand Lisanne Lacroix a pris le microphone pour se livrer à une défense un peu maladroite de la laïcité. «On est au Québec. [...] Quand on veut être intégré, on se plie aux coutumes et ici, c'est la laïcisation qui prime. On n'a pas de problème à les accepter, mais parmi nous, pas dans un cimetière exclusif.»
Réal Létourneau a ensuite enchaîné en faisant la nomenclature des actes terroristes commis par des extrémistes islamistes avant de retourner s'asseoir en vociférant. «Est-ce que j'ai l'air d'un tueur? Est-ce que j'ai l'air d'un homme qui n'est pas intégré?» lui a répondu Mohamed Skimaoui, l'un des membres du comité du cimetière. Le citoyen est revenu à la charge après la soirée en répétant ses récriminations à M. Skimaoui.
Alors que l'assemblée prenait fin, le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, s'est livré à un vibrant plaidoyer, invitant les opposants à l'ouverture. «S'il y a un vote et qu'on le perd, je vais dire à mes enfants qu'on est encore des citoyens de seconde zone. Même dans la mort, on nous refuse notre place en tant qu'êtres humains. Ne faites pas ça, s'il vous plaît!»
Finalement, c'est les larmes aux yeux qu'Hassan Guillet a invité la population à appuyer le projet. «Je vous le demande sincèrement, de ne pas imposer à nos enfants de devoir se rendre à Montréal à chaque fois qu'ils veulent faire une prière sur la tombe de leur père!» Un message qui a ému plusieurs personnes présentes qui ont tenu à serrer la main de l'imam après la soirée.