Le choix de tenir des funérailles en forte baisse

Le nombre de familles qui ne font pas de funérailles pour un proche décédé, la plupart du temps faute de moyens, serait en hausse vertigineuse selon la Corporation des thanatologues du Québec.

Valérie Garneau, présidente sortante de la Corporation, a elle-même noté cette situation dans son entreprise funéraire, le Groupe Garneau de Lévis, où elle agit comme directrice aux finances.

«Je dirais qu’il y a maintenant environ 20% des familles qui ne font rien du tout et que c’est généralement une question d’argent. Chez nous, c’est exactement le même pourcentage de familles qui optent pour une exposition avec le cercueil et l’enterrement», explique Mme Garneau, rappelant que la crémation demeure l’option privilégiée par la majorité des clients.

«Il y a cinq ans, on parlait de seulement 2% ou 3% des familles qui ne faisaient rien du tout», poursuit-elle.

Chaque 1er juillet, des personnes contactent aussi la Corporation pour aviser qu’ils ont trouvé... une urne cinéaire dans le placard du nouveau logement où ils venaient d’emménager, la famille du défunt n’ayant pas eu les moyens de faire enterrer l’urne ou de lui réserver une place dans un columbarium. Les statistiques concernant les corps non réclamés seraient également à la hausse au bureau du coroner.

Prestation de décès

La Corporation pointe du doigt la prestation de décès remise par la Régie des rentes du Québec, dont le montant maximum est de 2 500 $ depuis 20 ans. Ce montant peut même être moins élevé si le défunt n’a pas contribué suffisamment à la Régie et les personnes n’ayant jamais travaillé n’y ont simplement pas droit.

«Il y a 20 ans, c’est vrai qu’on pouvait faire une commémoration, une cérémonie pour 2 500 $, mais maintenant, ce n’est plus vrai», explique au Soleil Jonathan Goyer, vice-président de la Corporation.

Pour cette somme, en 2018, une famille ne peut que faire incinérer un proche défunt et on lui remet les cendres, sans funérailles ni cérémonie. Au Cimetière Côte-des-Neiges, à Montréal, creuser une fosse coûterait 4 000 $ et un enterrement, 750 $.

La Corporation estime que le coût moyen de funérailles complètes au Québec s’élève à 6 700 $ alors que la prestation de décès demeure toujours au même niveau. Pendant ce temps, la Société de l’assurance-automobile du Québec remet 5 778 $ aux familles de personnes décédées dans un accident de la route et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, plus de 5 000 $ aux familles de ceux qui meurent au travail, des sommes qui sont indexées au coût de la vie.

«Bref, les familles des personnes qui décèdent au travail ou sur la route reçoivent davantage que les autres pour organiser les funérailles», résume Annie Saint-Pierre, directrice générale de la Corporation.

Devant la ministre

De passage en commission parlementaire sur le projet de loi 178 modifiant diverses dispositions législatives concernant la protection du consommateur, la Corporation n’a d’ailleurs pas manqué de demander de nouveau une hausse de la prestation à la ministre responsable de la protection du consommateur, Lise Thériault.

«Tous partis confondus, personne ne nous a dit que nous étions à côté de la «track»», a illustré Mme Saint-Pierre. 

La porte-parole de la ministre, Mme Clémence Beaulieu Gendron, a pour sa part confirmé au Soleil que Mme Thériault n’était pas froide par rapport à la différence importante entre la prestation de décès de la Régie des rentes et celles de la SAAQ ou de la CNESST.

«La Corporation nous a soumis cette problématique et c’est certain que la ministre trouve la situation particulière et qu’elle a l’intention de le porter à l’attention de ses collègues», a-t-elle expliqué.

«La Corporation vient de la sensibiliser à cela et elle verra s’il est possible de faire quelque chose pour combler cette différence», poursuit Mme Beaulieu Gendron.

Toutefois, une éventuelle mesure en ce sens ne fera pas partie du projet de loi 178 puisqu’elle nécessite des consultations particulières, indique la porte-parole de la ministre. «Si ça se réalisait, ce serait un travail d’équipe, car c’est aussi une question de fiscalité», termine-t-elle.