Le cardinal Lacroix modeste malgré son ascension rapide

Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, venait de quitter la salle, après une longue conférence de presse pour commenter son élévation au rang de cardinal. La dame d'un certain âge, visiblement une religieuse, s'attardait dans le couloir, pianotant sur sa tablette électronique dernier cri. Qu'est-ce que vous pensez de cette nomination par le pape François? «Ça n'a pas été une surprise, on s'y attendait!»
<p>Le point de presse de Gérald Cyprien Lacroix a été très couru par la faune médiatique, lundi.</p>
<p>«Mon nom était sur la liste!» s'est exclamé Gérald Cyprien Lacroix, lundi, au cours d'un point de presse pour commenter son élévation au rang de cardinal. «Ça réveille brusquement! [...] J'ai été très surpris. Je ne m'attendais pas du tout à ça.»</p>
Pas une surprise? Pourtant, M. Lacroix venait tout juste de déclarer avoir été «réveillé brusquement» dimanche matin quand le chef de l'Église catholique romaine a divulgué «sans aucun avertissement ni préavis» les noms d'une vingtaine de nouveaux cardinaux. «Ça ne nous a pas trop surpris», insiste soeur Carmen Gravel, soulignant que monseigneur revient d'un séjour à Rome. «La rumeur courait.»
En fait, ce qui a pris de court le «très heureux» élu, c'est le secret qui a entouré les nominations. Contrairement à la coutume, Rome n'a pas contacté les futurs cardinaux avant d'annoncer la nouvelle aux croyants réunis à la place Saint-Pierre. «Mon nom était sur la liste!» s'est exclamé Gérald Lacroix, lundi, au cours du point de presse très couru par la faune médiatique. «Ça réveille brusquement! [...] J'ai été très surpris. Je ne m'attendais pas du tout à ça.»
Nommé évêque en 2009, archevêque deux ans plus tard, puis cardinal dimanche dernier, le principal intéressé reconnaît que son ascension a été fulgurante dans la hiérarchie catholique. «Je trouve ça rapide moi aussi.» M. Lacroix souligne d'ailleurs que cette nomination au Collège cardinalice à 56 ans est exceptionnelle et qu'il pourrait s'en «péter les bretelles».
Sauf que le pape a pris la peine d'écrire aux nouveaux élus pour les inviter à la modestie. «Le cardinalat n'est pas une promotion, ni un honneur, ni une décoration. C'est simplement un service qui exige d'élargir le regard et le coeur. [...] Je te demande, s'il te plaît, de recevoir cette désignation avec un coeur simple et humble. Et même si tu devais le faire avec joie et bonheur, fais en sorte que ce sentiment soit loin de toute expression de mondanité, de toute festivité étrangère à l'esprit évangélique d'austérité, de sobriété et de pauvreté.»
Lundi, Gérald Lacroix s'est donc retenu. Ce qui ne l'a pas empêché de se réjouir d'accéder à la «garde rapprochée» du chef de l'Église, de devenir un de ses conseillers. Et de faire partie du club sélect des 120 humains participant à l'élection des papes.
Mgr Lacroix endosse la vision «d'une Église qui vit ce qu'elle prêche» de son supérieur. Voilà qui ne signifie pas revenir sur les positions traditionnelles concernant l'avortement, l'homosexualité, le rôle des femmes ou l'euthanasie, avertit-il. Comprenons plutôt que l'Église doit s'ouvrir et faire sentir à tous qu'ils sont aimés, inclus.
Fin février, M. Lacroix, huitième cardinal québécois, s'envolera pour Rome pour participer à la cérémonie qui confirmera sa nomination. Il apprendra alors quelle église de la ville «sainte» lui sera assignée. Malgré ses nouvelles fonctions, il promet de demeurer à Québec, au Québec, où l'éclatement des familles, l'individualisme et le manque de respect pour la vie poseraient de grands défis. Il reçoit d'ailleurs son nouveau titre comme un soutien dans sa croisade pour une «nouvelle évangélisation».
Les évêques à l'Assemblée nationale
«La question de la liberté religieuse est fondamentale», a réitéré le nouveau cardinal de Québec, Gérald Lacroix, lundi, devant une salle bondée de journalistes et de collaborateurs de l'Église... dont cinq soeurs voilées. Chacun doit pouvoir exprimer ses croyances religieuses ouvertement, défendront donc les évêques du Québec devant la commission parlementaire qui étudie le projet de charte des valeurs du gouvernement du Parti québécois. «C'est un débat très important dans notre société.»
En gros, les évêques accepteraient certains «accommodements» pour quelques titulaires de pouvoirs de l'État, mais ne voudraient pas que l'interdiction du port de signes religieux soit imposée à tous les fonctionnaires. M. Lacroix se dit inquiet par la vivacité du débat entourant cette charte et se questionne sur sa nécessité : «Peut-être que nous essayons de faire une tempête dans un verre d'eau.»